Un héritage communiste particulier

Article publié le 4 juillet 2009
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Article publié le 4 juillet 2009
À la suite de la Seconde Guerre mondiale, la Pologne, comme d’autres pays d’Europe de l’Est, a été sous le joug communiste. L’influence stalinienne y a été moins forte qu’ailleurs, cependant les restes de cette période sont encore visibles aujourd’hui, notamment dans le paysage agricole. La Pologne a été rayée de la carte en 1795, partagée entre la Prusse, l’Autriche et l’URSS.
C’est suite à la Première Guerre mondiale, en 1920, qu’elle retrouve son indépendance, mais pour une courte durée. Envahie sans déclaration de guerre par les troupes allemandes le 1er septembre 1939, puis par les troupes soviétiques à partir du 17 septembre, la Pologne est une nouvelle fois divisée : entre l'Allemagne à l’Ouest et l'URSS à l’Est.

Naissance de la Pologne communiste

L’Allemagne vaincue en 1945, les conférences de Yalta et de Potsdam fixent les frontières de la Pologne contemporaine, suivant la ligne Curzon à l'Est et la ligne Oder-Neisse à l'Ouest. L’Union Soviétique libère ainsi la Pologne tout en lui confisquant 30% de son territoire et en lui imposant un système totalitaire. Les communistes promulguent une loi de réforme agraire pour gagner le soutien des paysans. À la sortie de la guerre, les fermes sont petites et familiales ou de grande taille et possédées par la noblesse polonaise. Les terres et les biens (à partir de 50 ou 100 hectares suivant les régions) ont été expropriés sans indemnisation par les Soviétiques. Les propriétaires spoliés n’ont pas d’autre choix que de quitter la commune. En parallèle, les paysans déplacés de l’Est du pays alors occupé par l’URSS récupèrent des exploitations de familles allemandes émigrées ou chassées de l’Ouest.

Le paysage agricole polonais sous l'influence communiste

Les transformations agricoles à la sortie de la guerre sont nombreuses, mais elles profitent surtout à l’Etat, qui s’approprie 40 à 70% de la superficie agricole à l’Ouest du pays. Les terres sont mises en commun et les agriculteurs polonais ne sont plus que des exécutants de l’Etat. Les autorités choisissent l’oppression : falsification des élections en 1947, répression contre les militants paysans, soumission des plus riches à des livraisons obligatoires de produits agricoles à 50% du prix réel.

De 1956 à 1970, la collectivisation forcée est progressivement abandonnée, mais les fermes d’Etat continuent de bénéficier en priorité des investissements agricoles (80% pour 20% des terres). De 1971 à 1980, pour s’engager sur la voie de la modernisation, la Pologne s’ouvre aux investissements étrangers, accorde des prêts bonifiés aux agriculteurs, subventionne les prix agricoles et abandonne les taxes sur les intrants. En revanche, l’Etat maintient son contrôle sur les structures rurales. Il en résulte des déséquilibres économiques très profonds. Durant les années 80, le pays vit une grave crise économique, avec une inflation très forte. En parallèle, la Pologne voit la montée de popularité de Solidarnosc, premier syndicat indépendant. En 1989, en parallèle à la chute du mur de Berlin, le gouvernement polonais sous influence communiste démissionne à l’avantage du pouvoir démocratique.La politique agricole totalitaire des Soviétiques se fixait deux objectifs qu’ils n’ont pas su concilier : sur le plan idéologique, collectiviser les terres pour contrôler la paysannerie et la production alimentaire, sur le plan technique, produire plus pour satisfaire les besoins de la classe ouvrière.

En 20 ans à Varsovie, capitale du pays, le paysage a changé. De grands buildings en verre très récents et des centres commerciaux forment désormais le centre de la ville. Des affiches publicitaires de dizaine de mètres de long et de large ornent chaque bâtiment. Cette mutation n’a cependant pas pu effacer tous les héritages du passé. Le Palais de la Culture, un bâtiment imposant de plusieurs centaines de mètres, cadeau de Staline à la Pologne, reste le symbole de cette ville totalement détruite pendant la guerre...

Des opinions divergentes, 20 ans après la chute du communisme

Cette année 2009 est importante, la Pologne fête les 20 ans de la chute du communisme. Des photos à la gloire des personnes militantes pour une Pologne indépendante et démocratique décorent la ville. Cependant, alors que la population des villes semble d’accord pour condamner l’époque communiste, les avis sont plus partagés à la campagne…

M. Rozmus est agriculteur en Varmie-Mazurie, une région au Nord de la Pologne. Cette région appartenait à l’Allemagne au cours de la Seconde Guerre Mondiale. Quand la région a été récupérée par les Soviétiques, 80 % des terres ont été nationalisées. Le village a gardé une allure toute particulière : il n’y a pas de maisons individuelles, comme nous avons l’habitude d’en voir à la campagne, mais plutôt de petits immeubles où logeaient les ouvriers agricoles qui travaillaient sur les terres de l’Etat. M. Rozmus a une grosse exploitation de 500 hectare. Il nous raconte qu’il s’est bien débrouillé quand les terres ont été redistribuées. Il a pu en acheter très rapidement, ce qui n’a pas été le cas de tous les agriculteurs polonais. Certains attendaient des aides de l’Etat pour pouvoir acheter des terres, mais pendant ce temps lui les vendait aux gros capitaux étrangers. Les agriculteurs polonais n’avaient pas accès aux terres de leur pays et ils n’y ont toujours pas accès car les prix restent inabordables. Finalement la situation n’a pas tellement changé pour certains agriculteurs polonais qui ne sont toujours pas propriétaires des terres qu’ils travaillent.

M. Rozmus nous raconte qu’il ne regrette pas du tout l’époque communiste. Il n’y avait aucune démocratie, aucune liberté de penser, de s’exprimer. On pouvait être emprisonné si l’on avait un avis différent de celui du gouvernement. En plus, il n’y avait pas d’équipements et de machines et même si les gens avaient de l’argent, ils ne pouvaient pas acheter car les magasins fournissaient très peu de matériels.

Cependant les avis sont partagés sur le souvenir de cette époque. Nous avons rencontré une famille qui dirige une coopérative agricole. Ils sont 10 agriculteurs à avoir regroupé leur terre pour travailler en commun. Les machines appartiennent à la coopérative et chacun peut en disposer comme il le veut. Trois agriculteurs sont élus pour prendre les grandes décisions. Ils nous racontent qu’ils ont gardé le modèle communiste parce que changer la structure des exploitations demandait trop de travail. Ils affirment également regretter cette période. Ils disent qu’ils gagnaient davantage, qu’ils étaient moins angoissés et qu’ils étaient sûrs d’avoir quelque chose à la fin du mois. Le gouvernement s’occupait de tout pour eux et ils avaient l’impression de gagner leur vie, ce qui n’est plus le cas actuellement. Même si les avis divergent beaucoup à propos du communisme, presque tous les agriculteurs se retrouvent sur l’entrée de la Pologne dans l’UE. Les agriculteurs polonais que nous avons rencontrés ne sont pas réfractaires à l’ouverture des frontières et à l’idée d’Europe. Cependant, ils condamnent tous la façon dont est menée la politique agricole européenne : des aides injustement réparties, un travail administratif démesuré, un désintérêt envers les agriculteurs polonais, peu d’aide à l’installation, mais surtout peu de suivi et aucune cohérence entre les contraintes imposées par l’UE et les avantages qu’en tirent les agriculteurs sur le terrain. Ils sont sceptiques quant au devenir de la Pologne agricole. Selon eux, s’ils ne sont pas plus soutenus par l’Europe ou par leur propre gouvernement, le secteur primaire est amené à disparaître définitivement.

Une évidence : Oui pour l'Europe ! mais pas celle-là...

Certains disent même que la Pologne n’était pas prête à rentrer dans l’UE et que le pays n’a fait que passer d’une dépendance à l’Est à une dépendance à l’Ouest…