Un financement made in China

Article publié le 26 octobre 2011
Article publié le 26 octobre 2011
Par Elodie Lamer Photo: Davide Martinotti Alors qu’au moment d’écrire ces lignes se tient un sommet décisif pour l’avenir de la zone Euro, la plupart des dirigeants européens sont au moins d’accord sur un point : la Grèce ne pourra pas honorer la totalité de sa dette.
Les leaders se sont donc donnés pour priorité d’éviter la contagion qui est susceptible de frapper premièrement l’Italie, vers qui tous les regards sont tournés ce soir. Mais la solution pourrait être ailleurs, non pas parmi les vingt-sept mais au sein du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), c'est-à-dire les pays émergents. C’est en tout cas ce que rapporte le quotidien chinois DailyChina. La nouvelle s’est d’ailleurs répandue comme une trainée de poudre dans les médias européens. Mais cette nouvelle, une bonne nouvelle?

En début de journée, le quotidien chinois DailyChina rapportait que la Chine, ainsi que d’autres pays émergents, se montrait favorable à participer au Fonds de secours européen via le Fonds Monétaire International. Plus tard dans la journée, le Parisien renchérissait en annonçant la visite à Pékin ce vendredi du chef du Fonds européen de stabilité financière (FESF), Klaus Regling. Il se rendra ensuite à Tokyo pendant le week-end. Le quotidien français rapporte que le Japon, qui a déjà investi 2,68 milliards d'euros dans ce fonds, se dit prêt à investir davantage si toutefois les Européens conviennent d’un accord susceptible de calmer les marchés. Plus tard encore, l’AFP rapportait que la Russie abondait également dans ce sens en proposant de booster le fond de renflouement via le FMI.

Le ministre brésilien des Finances Guido Mantega, quant à lui, n’envisage pas de racheter une partie de la dette, estimant que les pays européens « doivent trouver en Europe les solutions aux problèmes européens. » Il précise toutefois que son pays pourrait accepter d’apporter un soutien financier.

La solidarité européenne rayonnerait-elle mondialement ? Pas si sûr, ces pays pourraient même être plutôt égoïstement charitables ou charitablement intéressés. C’est selon.

Solidarité à l'échelle mondiale?

En effet, les pays émergents ont des intérêts propres liés à l’avenir de l’Euro. La Chine en particulier. L’Union européenne est son premier partenaire commercial, devant les Etats-Unis. Dès lors, une chute de la demande européenne pèserait lourd sur son économie. Et, effet boule de neige oblige, cela se répercuterait également sur l’Inde et le Brésil avec qui elle a tissé des liens économiques très étroits. La Chine possède également 7% de la dette européenne. Elle a racheté une partie de la dette de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne. Si les raisons sont économiques, elles n’en sont pas moins politiques. A environ dix jours du sommet du G20 qui doit se tenir à Cannes les 3 et 4 novembre prochains, un financement du BRICS pourrait leur conférer une plus grande influence au sein du système financier mondial. En d’autres termes, cela leur permettrait d’asseoir leur statut de nouvelle puissance économique et politique avec laquelle il faut compter et démontrer internationalement que l’économie mondiale a changé. Cela montrerait également que le projet européen a échoué.