Un designer de mode audacieux soutient les droits LGBT

Article publié le 1 mai 2015
Article publié le 1 mai 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

CaféBabel Bruxelles a eu l'opportunité de parler avec Kristof Buntix, un designer de mode belge, et militant pour les droits homosexuels. Il a partagé avec nous ses pensées et ses impressions sur la prochaine Gay Pride à Bruxelles.

Kristof Buntix est un designer de mode belge basé à Bruxelles. Il a récemment publié un livre couvrant une bonne partie de son travail de ces dernières années, dont les photos de sa collection de sous-vêtements appelée « Pour la Russie, avec amour » en réaction aux lois anti-gays russes.

CaféBabel : Bonjour Kristof, merci de nous rencontrer. Pouvez-vous nous expliquer votre évolution en tant que designer ? Comment avez-vous commencé ? Depuis combien de temps êtes-vous designer ?

Kristof Buntix : Je l'ai longtemps étudié. J'ai commencé quand j'avais 21 ou 22 ans. Je pense que j'ai commencé en 1997 et puis je me suis tourné vers la publicité. J'ai travaillé dans une grosse agence de pub avant de revenir vers le design. J'ai beaucoup étudié et ai fait quelques stages dans de grosses maisons de design à l'étranger mais aussi ici, à Bruxelles.

A partir de 2007 ou 2008, j'ai commencé à faire mes propres trucs moi-même, avec mon propre nom, et ça marche plutôt bien. J'ai eu beaucoup de bonnes critiques dans la presse et de bons retours de la part du public. Aujourd'hui je cherche à me rapprocher des grosses manufactures pour qu'elles s'occupent de la production, de la distribution et de la vente afin que je me concentre sur la création de nouveaux designs et de nouveaux concepts. Exactement ce que j'ai fait avec cette firme hollandaise pour ma nouvelle collection de sous-vêtements qui sort cet automne.

CaféBabel : Vous nous avez dit que vous êtes un militant de la cause homosexuelle. Faites-vous parti d'un groupe ? Pensez-vous que la communauté gay en Belgique doit toujours faire face aux discriminations ?

Kristof Buntix : Je suis un militant. J'organisais des réunions une fois par mois pour un groupe gay pendant plusieurs années ici à Bruxelles. Oui je pense qu'il y a toujours des discriminations, par exemple si vous marchez dans Bruxelles je suis sûr que personne marchant à Bruxelles n'a vu d'hommes homosexuels se tenir la main dans la rue. C'est parce que c'est dangereux ! Certaines personnes vous cracheront dessus ou chercheront à se battre avec vous si vous marchez main dans la main ou si vous êtes manifestement gay.

Il y a toujours de la discrimination, mais tout le monde pense et croit que ce n'est plus un problème, que c'est accepté, que nous pouvons nous marier et que nous avons un premier ministre gay et c'est vrai. Mais je vous mets au défi de marcher main dans la main avec deux hommes sur le boulevard Ansbach car vous aurez sûrement des problèmes.

Aujourd'hui nous dépendons de la maison Arc-en-ciel [Rainbow House] pour défendre nos droits, qui est subventionnée par le gouvernement. Il serait probablement mieux pour les droits homosexuels d'avoir quelque chose de plus autonome plutôt que de dépendre d'un financement gouvernemental.

CaféBabel : Avez-vous déjà assisté à une Gay Pride ?

Kristof Buntix  : Oui, j'ai participé à la Gay Pride dès ses débuts. J'étais un étudiant à Leuven, membre d'un groupe gay et nous sommes venus à Bruxelles pour participer au défilé. C'était sympa et elle a beaucoup évolué au fil des ans. Je pense qu'aujourd'hui c'est plus une fête de rue pour tout le monde, ce n'est plus tellement gay. Je veux dire c'est une grosse fête de rue où vous y voyez tout le monde : hommes, femmes, enfants, familles. Je ne vois plus trop ça comme une célébration de la fierté homosexuelle.

CaféBabel : Comment la scène gay de Bruxelles a-t-elle évolué ces 20 dernières années ?

Kristof Buntix : Elle a beaucoup changé. Il y a 20 ans les fenêtres étaient couvertes et vous deviez sonner à la porte pour pouvoir rentrer. Cela existe toujours dans quelques endroits mais maintenant c'est un peu plus ouvert. Vous avez la « rue gay », comme on l'appelle, dans le centre ville. Heureusement c'est juste à côté d'un commissariat, alors les gens restent dans la rue et boivent un verre. Alors oui, c'est beaucoup plus ouvert qu'avant.

CaféBabel : Quel est le rôle des réseaux sociaux et pensez-vous que ces outils vont aider à améliorer la situation ?

Kristof Buntix : Les réseaux sociaux aident, oui c'est sûr, je le pense. Facebook est très pro-gay je pense, au moins sur mon profil. Je ne sais pas ce que les autres montrent sur leur page ou sur leur mur.

De plus, les réseaux sociaux aident les homosexuels à évoluer dans leur vie. Beaucoup de jeunes ne vont plus dans les bars. Maintenant vous avez une application qui s'appelle Grindr. Il y a beaucoup d'applications qui permettent de savoir s'il y a une personne gay autour de vous et de vous connecter à elle. Donc ils ne vont plus dans les bars, ce qui est bien dommage car ce charme spécial me manque, et rencontrer des personnes dans la vie réelle plutôt que par des applications me manque aussi.

CaféBabel : Donc vous avez une nouvelle collection qui sort bientôt. D'où vous vient votre inspiration ?

Kristof Buntix : J'ai pensé à cette idée en mai de l'année dernière, et j'ai pensé qu'il y avait beaucoup de guerres dans le monde et les événements à Paris n'avaient pas encore eu lieux [l'attentat contre le journal Charlie Hebdo en janvier 2015, ndlt]. Je voulais dire qu'il y avait beaucoup d'agression dans le monde mais que l'on ne devait pas l'amener à la maison ou dans la chambre, c'est pour cela que c'est très symbolique, vous savez « Faites l'amour pas la guerre. ».

De même s'il y a de la violence dans le monde, gardez le calme chez vous et dans votre chambre. Voilà mon message.

Mieux connaître Kristof Buntix à travers ses cinq sens.

Son préféré : « The Key, the Secret » d'Urban Cookie Collection.

Goût préféré : à ce moment précis, je suis en train de penser à des pancakes avec du sirop.

Tissu préféré : la soie, évidemment.

Vue préférée : quelque part sur une terrasse, dans un pays exotique, avec un palmier et une plage sans personne dessus. J'adore ça.

Odeur préférée : celle des souvenirs.