Un costume vert trois-pièces pour l'Europe

Article publié le 25 octobre 2011
Article publié le 25 octobre 2011
Par Bouzid Abider Photo: Jan Peters Le drapeau de l'Europe est bleu, son avenir, lui, sera vert.
Ainsi en a décidé l’Union européenne en 2007, à travers ce qui est communément appelé le Projet 20-20-20 : une part de 20% des énergies renouvelables dans la consommation énergétique globale de l'Union, 20% de dioxyde de carbone émis dans l'air de moins, et 20% d'efficacité énergétique de gagnée ; le tout à l'horizon 2020.

Cet objectif fait partie des projets phares portés par la commission européenne, aux côtés de celui coulé dans le marbre du traité de Lisbonne, visant à faire de l'économie européenne, l'économie de connaissance la plus compétitive au monde. On sait aujourd'hui que le second restera un vœu pieux ; ou du moins, un projet remis aux calendes grecques. La crise de la dette à laquelle face actuellement l’Europe, ne laisse aux gouvernements européens qu'une marge de manœuvres restreinte dans allocation de leurs revenus. Les moyens financiers dont ils disposeront à court et moyen termes, ne leur permettront pas d'investir massivement dans la recherche et développement. Naviguant à vue depuis pratiquement trois ans, les dirigeants européens se contentent de vaquer au plus urgent, à commencer par veiller à l'équilibre des comptes courants, au moyen d’une austérité budgétaire préjudiciable aux investissements.

Fukushima a brouillé les schémas

Ne reste donc à la commission pour sauver la face, que son projet de tailler au continent un costume vert trois pièces. Le débat sur la sortie du nucléaire, venu dans le sillage de la catastrophe de Fukushima survenue au Japon il y a quelques mois, a remis les énergies renouvelables au centre des orientations énergétiques européennes pour les prochaines décennies. L’expérience de Fukushima a battu en brèche le mythe du risque zéro longtemps défendu par les partisans de l’énergie nucléaire. Si la catastrophe de Tchernobyl (1986), dont le souvenir est encore présent dans toutes les mémoires, pouvait être mise sur le compte de la négligence et de la défaillance technologique de l’industrie nucléaire soviétique, on ne peut pas dire autant de celle de Fukushima. C’est pourquoi la fiabilité de l’énergie nucléaire n’a jamais été aussi décriée qu’aujourd’hui.

L’Allemagne qui dépend à hauteur de 22% des dix-sept centrales nucléaires installées sur son territoire dans sa consommation énergétique, s’est mise en tête des pays qui veulent tourner le dos à l’atome. Le rendez-vous est pris pour 2022, même si la facture à payer risque d’être salée. Le divorce risque de coûter à la première économie de l’UE, selon les estimations des experts, jusqu’à 30 milliards d’euros. Les producteurs d’électricité allemands E.ON et RWE, seront les plus touchés. Avant elle, l’Autriche fait figure de pionnier dans ce domaine, la décision de sortie du nucléaire datant de 1978. En 1999, la clause a été même inscrite dans sa constitution autrichienne. La Suède a été le second pays européen à décider de quitter le bateau nucléaire en 1980 ; viennent après l’Italie en 1987 et la Belgique en 1999. Le dernier pays à avoir tourné la page du nucléaire est la Suisse, cette année. L’Espagne qui ne s’est pas encore laissé tenter par un divorce pur et simple, a voté des lois interdisant la construction de nouvelles centrales. Seule la France s’accroche encore bec et ongles à son model énergétique dominé par l’atome aux quatre cinquièmes de sa production d’électricité.

La Suède championne sur gazon

La sortie du nucléaire étant actée dans beaucoup de pays européens, il faudra trouver des sources de substitution propres. Certains pays ont déjà avancé de façon remarquable sur cette voie. C’est le cas de la Suède, qui avec une part de 39,8% des énergies renouvelables dans sa consommation d’énergie finale en 2005, fait figure de championne continentale sur gazon. En 2020, le royaume scandinave vise les 50%, ce qui lui assurera d’être à l’abri d’un renchérissement déjà annoncé, des cours de pétrole et de gaz. Son voisin finlandais ne sera pas loin derrière, avec une part prévue de 38% des énergies vertes, contre 28,5% en 2005. Dans le même intervalle de temps, l’Autriche passera de 23,5% à 34%, le Danemark de 17% à 30%, le Portugal de 20,5% à 31%, et la Roumanie de 17,8% à 24%. Ces pays, malgré la taille relativement moins importante de leurs économies en comparaison à l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni, pourront dormir sur leurs deux oreilles ; leur sécurité énergétique dépendra de moins en moins des énergies fossiles.

Concernant le club des cinq premières économies du continent, c’est la France qui montre le plus d’ambitions. Elle vise de porter la part des énergies renouvelables à 23% à l’horizon 2020, contre 10,5% en 2005. En chiffres absolus, c’est plutôt l’Allemagne qui sera premier producteur d’énergies vertes sur le vieux continent, même si en pourcentage, cette production représentera 18% seulement de sa consommation énergétique globales. L’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni visent respectivement 20%, 17% et 15%.

Le Benelux à la traie

A la traine jusqu’ici, la Belgique (2,2% en 2005), les Pays-Bas (2,4%), l’Irlande (3,1%), le Luxembourg (0,9%), vont devoir mettre les bouchées doubles pour rattraper leurs retards et se mettre dans la moyenne européenne. En valeur relative, les trois pays du Benelux feront beaucoup moins que les trois pays baltes qui ont rejoint l’UE en 2004 : Lettonie (40% en 2020), l’Estonie (25%) et la Lituanie (23%).

Les énergies renouvelables ne sont pas seulement perçues comme un moyen de renforcer la sécurité énergétique de l’Union, mais aussi comme un gisement de croissance et de création d’emploi. Les écologistes européens, particulièrement en Allemagne et les pays nordiques, ont réussi à marquer de leur empreinte les politiques de développement aux deux niveaux national et communautaire, en orientant les investissements vers les filières éolienne, solaire et à un degré moindre vers les bio-carburants. Néanmoins, des résistances au changement existent encore dans certains pays où les lobbies pétrolier et nucléaire ont un soutien politique.