UN BURN-OUT EN GUISE DE PROMOTION!

Article publié le 2 décembre 2015
Article publié le 2 décembre 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Comme médecin de famille à temps partiel en plus d’être médecin d’urgence, je traite quantité de patients anxieux et déprimés : les maux du siècle paraît-il… alors je respire, retrousse les manches et plonge dans le suivi serré que ces patients nécessitent. 

Par Saideh Khadir

Depuis un moment, une histoire relatée par quelques-uns d’entre eux me rend fort perplexe tant elle se répète.

 D’aucuns la classeraient encore dans cette catégorie « anxio-dépressive ». J’ai pourtant tendance à en douter. Je vous raconte. Typiquement, une bonne tête, jeune, naturellement énergique, ayant cumulé les réussites se présente au bureau anéanti. La personne finit par décrire à quel point elle se sent totalement écrasée au travail comme par une « machine ». Je ne peux alors m’empêcher de penser au Charlie Chaplin des « Temps modernes ».

Cette personne explique performer et exceller au point de battre les records dans l’entreprise pour devenir souvent le meilleur vendeur ou gestionnaire. Elle aura grugé dans ses soirées et week-ends, sur son intimité et sa famille pour assumer la charge de travail toujours plus imposante. Et finalement, son supérieur, comme possédé, lui demande : « d’en faire plus ». Leur tête et leur corps les arrêtent souvent suite à l’ultime commentaire managérial du type : « tu es capable de plus, Juliette »…

juste au moment où elle vient d’accomplir des exploits de productivité ou de battre des records de vente, alors elle craque ! D’emblée, ce comportement de cadre semble contre-intuitif et presque fou. Mais il faut croire qu’il existe bel et bien en 2011 parmi nombre de jeunes universitaires sortis de nos écoles commerciales.

Le profit l’emporte sur l’éthique et le bon sens. Henry Mintzberg, expert montréalais de renommée mondiale, met bien en garde dans son dernier livre (Managers not MBA’s) contre ces écoles de MBA où l’enseignement de la productivité dénuée de sens éthique est destructrice, soutient-il, tout en proposant des voies alternatives.

Ne serait-il pas le moment de trouver le remède qui traitera la machine plutôt que les individus ? Plutôt que de prescrire des pilules à nos patients, pourrait- on arrêter cette dérive de l’intelligence dans nos bureaux ?

Aujourd’hui, je traite ces éclopés de la vie en bureau individuellement. Mais cette pratique a de sérieuses limites. Je répare des dégâts parfaitement prévisibles. Ce qu’on peut prédire, ne pourrait-on pas le prévenir? Au temps de la TB pendant qu’on opérait un malade à l’hôpital Sacré-coeur, deux cents personnes s’infectaient à Montréal !

On a fini par contrôler la TB quand on a commencé à la prévenir. Aujourd’hui, pendant que je tire une brave femme hors du naufrage de son burn-out, des centaines y glissent poussés par le vent managérial soufflant dans les tours à bureau qui entourent ma salle d’urgence du centre-ville. 

SK MD