Uli Hoeness, banni du Paradis

Article publié le 25 mars 2014
Article publié le 25 mars 2014

Dans la vie, trois choses sont sûres : la naissance, la mort... et les impôts. Ces trois vérités font toute la différence entre la vallée de larmes terrestre et les paysages bucoliques du paradis. Même si, sur notre pauvre planète, quelques demi-dieux s'amusent à jouer des tours aux Parques... Immortelle et pourtant bien vivante légende du Bayern Munich, Uli Hoeness était l'un de ceux-là.

Jadis, dieu parmi les dieux du bal­lon rond, « Uli » ré­gnait avec gran­deur sur son peuple de foot­bal­leurs en maillot rouge. Il em­bau­chait et dé­bau­chait joueurs et en­traî­neurs avec une fi­nesse de ju­ge­ment qu'on di­sait sur­hu­maine. Les mythes grecs nous ont ap­pris com­ment les di­vi­ni­tés s'amusent à nous ba­la­der, pauvres mor­tels, au gré de leurs ca­prices. Avec l'ar­ri­vée d'Uli Hoeness à la tête du club ba­va­rois, les in­domp­tables de l'Al­lianz Arena n'ont plus ja­mais perdu un seul match d'im­por­tance. Lui por­tait sur le petit monde du foot un re­gard amusé. Joueur, il ra­flait déjà tous les titres. Pa­tron du FC Bayern, il conti­nuait son sans-faute. « Uli » n'ai­mait pas qu'on lui rap­pe­lle sa condi­tion de mor­tel, qu'il s'éver­tuait d'ailleurs à faire ou­blier.

Des­cente du pa­ra­dis fis­cal

Ces jours-ci, le Bayern vit un vé­ri­table « cré­pus­cule des Dieux ». Hoeness quitte ses fonc­tions de pré­sident du club, avec effet im­mé­diat. Il a dis­si­mulé, au bas mot, 120 mil­lions d'eu­ros au fisc al­le­mand. 

Cet ar­gent, Uli Hoeness l'avait gagné dans le com­merce de la sau­cisse, puis l'avait in­vesti en bourse, le plus sou­vent en omet­tant de le dé­cla­rer. Les di­vi­dendes furent en­fouis sous les vertes prai­ries du pa­ra­dis fis­cal hel­vète. La langue al­le­mande parle d'« oasis fis­cale », où tout n'est que luxu­riance et abon­dance, luxe, calme et vo­lupté. Ni­chées au mi­lieu d'in­fi­nies éten­dues de sable, elles font s'éva­po­rer l'ar­gent ac­cu­mulé, avec l'aide du dieu so­leil. Uli Hoeness s'est rendu compte trop tard que son oasis n'était qu'un mi­rage. La fis­ca­lité al­le­mande et sa lé­gis­la­tion sur les hauts re­ve­nus lui est res­tée étran­gère. Vul­gai­re­ment par­lant, il n'a pas payé ses im­pôts.

Cette oasis, que les Fran­çais ou les Po­lo­nais ap­pellent « pa­ra­dis fis­cal », Uli n'aura plus le loi­sir de la connaître. Le pa­ra­dis, c'est fini : le voici dé­sor­mais dans l'ombre, et pas celle d'un dat­tier. En plus, il n'aura même pas de télé pour suivre les matchs.