Ukraine : Le Sida tue mais les cliniques ferment

Article publié le 22 juillet 2010
Article publié le 22 juillet 2010
Les spécialistes réunis lors de la 18e conférence mondiale sur le Sida lancent l’alerte : le virus se répond à vitesse grand V à travers l’Europe de l’est. Mais en Ukraine, un des pays au plus grand taux de contamination, l'un des principaux centre de soin pour les victimes du virus est en phase d'être remplacé... Par un hôtel de luxe !

L’épidémie du Sida se répand en Europe de l’est. Les Nations Unies estiment maintenant le nombre des contaminés à 1,5 millions. L’Unicef a débuté la conférence mondiale sur le Sida, qui se déroule du 18 au 23 septembre, par ce constat : dans aucune autre région du monde, le virus ne se propage aussi rapidement6. Le pays le plus gravement touché est l’Ukraine. 1,6% de la population de ce pays (15.000 nouveaux cas déclarés en 2008), situé entre les Carpates et la Crimée, est contaminée par le virus, estime l’Organisation mondiale de la santé. A titre de comparaison, environ 0,1% de la population allemande est concernée. Rien qu’à Odessa, 150.000 personnes sont contaminées par le VIH.

Des organisations d’aide telles que le « Réseau ukrainien des personnes contaminées par le VIH » appellent le gouvernement à prendre ce problème au sérieux – mais ce dernier ne bouge guère. Au contraire, l’un des plus grands centres de thérapie contre le Sida doit fermer ses portes. Quelques 1.000 patients de Kiev sont soignés dans la clinique Lavra. L’hôpital est le plus reconnu d’Ukraine en ce qui concerne le traitement des patients atteints du virus.

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La clinique a été ouverte en 2002 par l’ancien Secrétaire général de l’ONU Kofi Annan. Le centre de thérapie se situe à côté d’un monastère, la Laure des Grottes de Kiev, et doit faire place à un hôtel de luxe. « Nous n’avons reçu aucune explication quant à la décision du gouvernement », nous dit Dimitry Sherembey, porte-parole des Réseaux ukrainiens des personnes touchées par le VIH. « Nous avons appris que le bâtiment sera transformé en hôtel VIP pour les visiteurs du monastère ».

Un porte-parole de Mykola Asarov, Premier ministre ukrainien, a affirmé la semaine passée que le gouvernement envisage de « délocaliser » la clinique. Le Ministère de la santé serait à la recherche d’un autre bâtiment.

L'ambassadrice de la conférence mondiale sur le Sida 2010

Des personnes contaminées par le VIH ont manifesté la semaine dernière à Kiev, Odessa et Sébastopol contre la fermeture programmée de la clinique, sous le slogan « Acheter des hôpitaux est cher ». Des patients de la clinique Lavra se sont assis sur des matelas devant le bâtiment du gouvernement à Kiev en signe de protestation.

Katja et Maxim, tous deux séropositifs et soignés à la clinique Lavra, faisaient partie des manifestants. « Quand le virus a été dépisté, j’ai perdu mon travail », nous raconte Katja. Personne n’a pu l’aider dans sa province, c’est pourquoi elle est venue à Kiev. Beaucoup de personnes contaminées par le VIH doivent faire face à l’exclusion et à la discrimination en Ukraine. « C’est particulièrement terrible dans les petites villes, nous explique Maxim. Les gens se voient refuser le traitement, ils sont tout simplement ignorés ».

En plus de la prostitution et de la consommation de drogues, l’ignorance est la principale cause de cette croissance rapide du taux de VIH en Ukraine. L’Agence allemande de coopération technique pour le développement (GTZ) a par conséquent mis en place une campagne d’information à travers le pays. Des affiches publicitaires ont entre autres été installées à Kiev pour attirer l’attention sur ce problème. Reste à savoir si cette campagne atteindra non seulement la population, mais aussi ses politiciens. Une médecin de la clinique Lavra a déclaré la semaine dernière à propos des média ukrainiens : « Parmi nos patients, nous avons des gens très influents. Ils font tout pour dissimuler leur état ».

L'auteur de cet article, André Eichhofer, est correspondant pour le réseau de correspondants en Europe de l'estn-ost.

Photos : Une, campagne de prévention sur le Sida ©vergessen-ist-ansteckend.de; Annie Lennox ©IAS/Steve Forrest/Workers' Photos; Video ©EUXTV/youtube