Ue/Ukraine : Le gaz ou les droits de l'Homme ?

Article publié le 15 mai 2013
Article publié le 15 mai 2013
Par Antoine Patoz Le 26 décembre 2004, Viktor Iouchtchenko remporte le « troisième tours » des élections présidentielles en Ukraine : C'est l'accomplissement de la révolution orange. Viktor Ianoukovitch, accusé d'avoir truqué les élections, est obligé de s'avouer vaincu. Tout les espoirs sont permis pour l'Ukraine. Neuf ans plus tard, le ciel s'est assombri.
Ianoukovitch est de retour au affaire : La démocratie connait des jours difficiles. Il paraissait évident en 2004 que l'Ukraine serait sous le peu le nouvel état membre de l'Ue. Presque dix ans après la situation a bien changé.

Il faut se rendre à l’évidence Ianoukovitch n'a rien d'un grand démocrate. En 2004 le président d'alors avait du annulé le second tour de l'élection présidentielle à cause d'irrégularités lors du scrutin. Ianoukovitch et son parti étaient clairement montrés du doigt. Huit ans après :  "Les élections parlementaires de 2012 en Ukraine ont été marquées par un manque de  conditions équitables, du fait de l'abus des ressources administratives, d'une absence de transparence du financement de la campagne et des partis politiques et d'une couverture médiatique déséquilibrée" a souligné le rapport préliminaire conjoint de la mission d'observation de l'OSCE/BIDDH.

Un autre problème soulevé est celui de la justice. Le président Barroso et la commission ont appelé l'Ukraine « à prendre des mesures concrètes visant à régler le problème de la justice sélectives ». Le cas le plus emblématique est bien évidemment celui de l'ancienne premier ministre Ioulia Tymochenko, condamnée à sept ans d'emprisonnement pour abus de pouvoir dans le cadre de contrats gaziers signés entre l'Ukraine et la Russie en 2009. La cours européenne de justice (CEDH) a rendu le 30 avril son jugement, qui confirme le caractère illégale de l'arrestation et de la détention de l'opposante ukrainienne et par conséquent elle demande sa libération. Demande restée sans effet jusqu'à présent. Pire Madame Tymochenko vient d’être mise en examen pour tentative d'assassinat.

Le jugement de la CEDH «confirme les inquiétudes exprimées avec constance par l’UE concernant les procédures arbitraires dans le cas de Ioulia Timochenko», écrivent dans un communiqué la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, et le commissaire chargé de la Politique de voisinage, Stefan Füle. Et ils enfoncent le clou : «Nous appelons les autorités ukrainiennes à reconsidérer en profondeur la situation de Mme Timochenko, la dirigeante de l’un des partis d’opposition les plus importants du pays, toujours détenue après un procès qui n’avait pas respecté les procédures adéquates, transparentes et indépendantes.» Mais cet avis n'est pas partagé par tous les pays membres. Par exemple le premier ministre estonien Ansip a déclaré ( après une visite à Kiev il est vrai) que les relations Ukraine/Europe ne devrait pas se cacher derrières « une seule dame ». Certains diplomates, sous couvert d'anonymat, rappellent que Tymochenko n'est pas un ange.

Le processus d'adhésion de l’Ukraine est pour l'instant suspendu, l'Ue attend des efforts de la part de Kiev. La Lituanie, qui présidera l'Union le 1er juillet, est d'accord pour laisser un peu de temps à l’Ukraine pour se mettre au norme. Il ne faut pas oublier que l'Ukraine est un partenaire important de l'Union : En 2012, le volume total des échanges entre l'Ukraine et l'Ue était supérieur à 38 milliards d'euros, dont presque 24 milliards d'exportations européennes vers l'Ukraine et 14,4 milliards d'exportations ukrainiennes vers l'Europe. L'Ue a besoin de l'Ukraine.

D'autant plus que l’Ukraine pourrait permettre à l’Europe d’être indépendante énergiquement. C'est dans ce sens que vont aller les accords qui devraient signés entre Bruxelles et Kiev. Le but étant évidemment de diminuer la russso-dependance dans le domaine du Gaz. Mais Ianoukovitch va devoir choisir entre le puissant voisin russe avec qui il a signé des accords de coopération et l'Ue avec qui il souhaite mettre en place une zone de libre échange. Il semble à l'heure actuelle vouloir couper le ponts avec l'encombrant grand frère russe qui contrôle à son gout d'un peu trop près sa production de gaz.

Par ailleurs il ne faut pas perdre de vue qu'il est possible que l’Ukraine décline l'offre. La crise est passée par la. L'Europe est moins attractive qu'en 2004. Le quotidien polonais Rzecspospolita écrit, en pensant à son voisin ukrainien : «  La crise de la zone euro n’a pas seulement eu lieu en raison des escroqueries des autorités grecques ou des investissements imprudents des banques espagnoles, mais aussi à cause des erreurs dans la structure de l’union monétaire créée par les Allemands et les Français. Mais aujourd’hui, seuls les pays les plus faibles d’Europe sont censés payer pour l’échec de l’euro. Et cela donne aussi à penser aux Etats candidats. »

L'Europe se retrouve une fois encore à devoir choisir entre ses idéaux et les impératifs économiques. Il est possible que le charisme de Tymochenko règle la question puisque qu'il parait impossible qu'Ukraine rentre dans l'Ue tant que l'opposante est sous les barreaux.