UE/Afrique : «je t’aime, moi non plus»

Article publié le 15 novembre 2007
Article publié le 15 novembre 2007
Le deuxième sommet entre l’Union européenne et l’Afrique prévu pour les 8 et 9 décembre prochains aura-t-il finalement lieu ? C’est en tout cas ce sur quoi travail le Portugal, à la tête de l’UE jusqu’à la fin de l’année 2007. Déjà, Lisbonne avait été le principalement initiateur de la première rencontre officielle entre l’Union européenne et l’Afrique en 2000 au Caire (Egypte).
En haut de la liste européenne : contrer la présence économique grandissante de la Chine sur le continent africain.

La pomme de discorde qui met en péril le sommet se situe entre le Zimbabwe et la Grande-Bretagne. Depuis 2003, Tony Blair a toujours refusé d’assister à un quelconque évènement officiel où serait invité Robert Mugabe, président du Zimbabwe. Désormais à la tête du gouvernement britannique, Gordon Brown semble adopter la même technique que son prédécesseur : menacer de boycotter le sommet de décembre si Mugabe y fait acte de  présence.

Solidarité panafricaine malgré tout

Et même si de nombreux dirigeants africains s’opposent à la gouvernance autoritaire du président Mugabe –  à 83 ans, plus vieux dirigeants du continent noir  - la plupart n’accepte pas les critiques venues d’Europe et seraient près à tout annuler par solidarité. C’est le cas du président Zambien, Levy Mwanawasa qui avait comparé la crise économique de son voisin et une inflation record de plus de 8 000% au « naufrage du Titanic ». M. Mwanawasa refuserait l’invitation européenne si Robert Mugabe n’y était pas également convié. « Gordon Brown a peut-être raison quand il soulève les problèmes de l’absence de droits et de répression d’Etat au Zimbabwe, mais le calendrier et la méthodologie étaient mauvais » confirme Takura Zhangazha, analyste politique indépendant zimbabwéen à l’AFP (http://www.avmaroc.com/actualite/sommet-afrique-a106850.html). Mais «  quand un leader occidental fait un tel commentaire sur un Etat africain, cela à forcément des retombées. » La question est alors posée : le premier ministre britannique changera-t-il d’attitude d’ici au mois de décembre ? « C’est bien que Mugabe participe au sommet si l’intention est de le confronter à ses violations des règles de droit et à son manque de bonne gouvernance au Zimbabwe » juge l’analyste politique Takavafira Zhou de l’Université d’Harare. La chancelière allemande Angela Merkel s’est quant à elle prononcer pour cette solution afin de « soulever toutes les critiques » sur « le désastre » au Zimbabwe.

« 80% de chômage et une espérance de vie de 37 ans »

En effet malgré les menaces de boycott et les sanctions qui visent déjà le Zimbabwe notamment sur les aides économiques et les restrictions concernant les déplacements à l’étanger – Mugabe est officiellement interdit de séjour sur le territoire européen – l’attitude du gouvernement zimbabwéen n’a pas changé d’un iota. Et Gordon Brown de constater malgré lui que la situation au Zimbabwe empire.  «  Quatre million de personnes ont quitté le pays, quatre autre millions survivent grâce à l’aide à alimentaire à cause de la famine […] 80% de chômage et une espérance de vie de 37 ans. » (Source BBC world. http://news.bbc.co.uk/1/hi/world/africa/7005957.stm) Pourtant des sujets vitaux sont inscrits au programme de ce sommet : l’aide au développement, les conséquences du changement climatique ou encore l’aide militaire européenne au Darfour (Source AngolaPress. http://www.angolapress-angop.ao/noticia-f.asp?ID=569591). Encore une nième dispute qui gangrène la relation très « je t’aime moi non plus » entre Europe et Afrique.

Le Zimbabwe en quelques dates :

1885-1886 : colonisation du Zimbabwe par la Grande-Bretagne avec à sa tête Cecil Rhodes qui donnera ensuite son nom à cette région, la Rhodésie (composée alors de la Zambie au nord et du Zimbabwe au sud).1980 : Robert Mugabe, chef de l’aile radicale du Mouvement nationaliste, élu à la tête du gouvernement à la suite des premières élections libres. Exode d’une partie de la minorité blanche qui contrôle toujours l’essentiel des richesses des pays.1987 : instauration d’un régime présidentiel. Mugabe est reconduit dans ses fonctions en 1990, 1996, 2002 et exerce un pouvoir de plus en plus autoritaire.2000 : radicalisation de la réforme agraire (expropriation des fermiers blancs et recours à la violence) qui conduit à une grave crise économique.2003 : le Zimbabwe quitte le Commonwealth.

-Johara BOUKABOUS

Crédit photo : Tim Waters/FlickR