UE versus USA : la démocratie en cash s'il vous plaît

Article publié le 4 décembre 2012
Article publié le 4 décembre 2012
L’économie, les banques, les crédits et les budgets : le fondement de tout cela devrait être avant tout une chose : la démocratie européenne ! Mais comment fonctionne-t-elle au juste ? Cinquième et dernière partie de notre observation transatlantique de la crise.

Depuis longtemps, l’Union européenne s’occupe principalement de décrets économiques compliqués. Le cap est donné par des hommes politiques élus et c’est la Commission qui peaufine les détails techniques. Ce système se heurte de plus en plus à ses limites. L’Union doit recevoir l’influence des États souverains dans des secteurs-clés : mettre en place les réformes du droit budgétaire, le droit d’augmenter les impôts, de créer des systèmes sociaux ou de contrôler le système des finances national. C’est pourquoi une légitimité fortement démocratique des institutions de l’UE est de plus en plus importante.Les USA ont eux aussi eu pendant longtemps un État central relativement faible, qui se concentrait sur des compétences essentielles. Même après les réformes sociales de Roosevelt et la mise en place de l’État-providence, les États de l’Union américaine ont conservé de grandes libertés, qu’ils exercent encore aujourd’hui.

Et en Europe, ça ne pourrait pas être un peu plus direct ?

Le grand problème en Europe, c’est que la plupart des citoyens européens n’ont pas le sentiment de pouvoir influencer la politique de l’UE. Jusqu’ici, la plupart du temps, le Parlement européen a semblé plutôt incolore et impuissant. C’est pourquoi, d’ici aux prochaines élections européennes de 2014, les partis veulent présenter pour la première fois des candidats à l’échelle européenne, qui briguent non seulement un poste au Parlement, mais aussi celui de président de la Commission. Si tel était effectivement le cas, cela pourrait être une avancée pour la démocratie européenne.

Dans le même temps, les élections au sein des États membres se jouent toujours sur des thèmes nationaux. Rares sont les électeurs qui sont conscients que ces mêmes ministres et chefs d’État sont aussi des responsables de premier plan dans la politique européenne.

On réfléchit actuellement à de grandes phases d’intégration, avec lesquelles chaque État pris isolément doit être accord. C’est de là que vient la crise diplomatique des rencontres au sommet des chefs d’État et de gouvernement ces dernières années, qui se cristallise au point que l’observateur a parfois l’impression de se retrouver brusquement projeté dans l’Europe toujours finissante et dansante du 19ème siècle.

Martin Schultz, François Hollande et Angela Merkel.

Mais sur le long terme, une politique aussi opaque ne peut fonctionner au 21ème siècle qu’avec des limites, ce n’est pas sans raison que les voix qui demandent plus de la transparence et de la participation, ainsi qu’une responsabilité politique plus claire se font entendre de plus en plus vigoureusement.

Voilà ce que l’Europe peut aujourd’hui apprendre de l’Amérique : trouver une voie qui mène à la résolution de la crise

C’est pourquoi il est de plus en plus important d’avoir une union réellement démocratique. Avec un Parlement directement élu et une chambre nationale, un gouvernement élu et un président directement élu. Ces institutions pourraient – ainsi que le veut l’Europe – agir avec une légitimité démocratique plus grande. Grâce à une telle réforme on affirme clairement quel acteur (État-nation ou UE) décide de quelle politique et les citoyens pourraient discuter de ceux-ci, les critiquer, y participer et surtout élire ou ne pas réélire les porteurs de décisions. Il ne s’agit pas d’un super-État européen, mais des bases démocratiques de l’Union déjà existante.

De son côté, l’Amérique a eu dès le début une démocratie dynamique à la base, qui commence à l’échelle de la commune et irrigue de sa vitalité les États jusqu’aux élections au Congrès et aux présidentielles. C’est cette chose publique démocratique vivante, au bout du compte, qui a permis aux États-Unis de surmonter avec succès, mieux que les autres, toutes les crises de ces derniers siècles.

Voilà ce que l’Europe peut aujourd’hui apprendre de l’Amérique : trouver une voie qui mène à la résolution de la crise actuelle, c’est possible, elle est même déjà en grande partie tracée. L’Europe doit seulement clarifier deux points : déterminer si cette voie doit être empruntée collectivement, et réaffirmer qu’il est important de l’emprunter avec le peuple de façon démocratique.

Si les Européens choisissent cette voie, ils réussiront, eux aussi. Et alors les historiens dans 200 ans pourront peut-être regarder en arrière, comme nous l’avons fait dans cette série, et voir à notre époque l’heure de la naissance des États-Unis d’Europe.

Vous trouverez ici la première, la deuxième, la troisième et la quatrième partie de la série.

Photos : ©Adrien Lecoärer/http://plcrr.com/; Texte (cc)European Parliament/flickr