Turquie - Europe : une bonne année 2009 ?

Article publié le 20 janvier 2009
Article publié le 20 janvier 2009

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Bruxelles recevra le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, le 20 janvier. Après des progrès laborieux, 2009 pourrait être (encore) une année décisive pour les relations Turquie-UE. Depuis l’ouverture des négociations d’adhésion en 2005, seuls dix chapitres ont été discutés et, parmi eux, un seul est clos pour l’instant. Que nous promet 2009 ?

Chypre, la pomme de discorde

Tout est suspendu à la tournure que prendra le conflit avec Chypre en 2009. Tant que la Turquie ne reconnaît pas le gouvernement de Chypre et n’autorise pas les navires battant pavillon chypriote dans ses ports, l’UE bloque huit chapitres de négociations et menace de suspendre complètement la négociation en cas de statu quo. A contrario, si la situation se débloquait, la Turquie pourrait compter Chypre parmi ses partisans pour soutenir son adhésion. En cas de résolution du conflit avant juin 2009, les chypriotes turcs pourraient participer aux élections européennes. Le turc deviendrait alors une des langues officielles de l’UE.

Janvier - juin 2009 : présidence tchèque du Conseil européen

(LaRezistance/flickr)Depuis le 9 janvier 2009, la Turquie dispose d'un monsieur Europe, Egemen Bagis, ministre aux affaires européennes. Il pourra discuter avec Prague qui est certes réputé pour son euroscepticisme, surtout depuis le traité de Lisbonne, mais pas sur les questions d’élargissement. Le gouvernement tchèque s’est prononcé en faveur d’un élargissement de l’UE vers l’Europe du Sud-est, y compris vers la Turquie. Le 6 novembre 2008, le ministre tchèque des affaires étrangères, Karel Schwarzenberg a renforcé cette position en affirmant : « Il est connu que la République tchèque est un des membres de l’UE qui soutient le plus activement l’entrée de la Turquie dans l’UE ». Sur le site Middle East online, Schwarzenberg a même accusé les occidentaux d’avoir un « préjugé » contre la Turquie.

29 mars 2009 : élections régionales en Turquie

Les trois premiers mois de l’année sont focalisés sur les élections régionales qui vont permettre aux Turcs de renouveler leurs élus locaux sur l’ensemble du territoire. La bataille électorale bat déjà son plein sans que l’UE ne soit au cœur des préoccupations. Ce sont les questions de politique intérieure qui dominent le débat et l’élection va aussi servir de referendum sur l’action gouvernementale de l’AKP (le parti d’Erdogan pour la justice et le progrès). Il avait recueilli près de 47 % des voix en juillet 2007, en partie pour son engagement en faveur de l’UE. Le parti du gouvernement semble privilégier de son côté une stratégie de petits pas, pour se libérer de la pression de l’armée sur la politique intérieure.

Les relations Turquie/UE vont devoir attendre le vent de réforme à Ankara au moins jusqu’à la fin des élections régionales. Mais même à ce moment-là, il ne faut pas s’attendre à un accès de zèle réformateur. Depuis deux ans les réformes nécessaires pour entrer dans l’UE n’avancent plus guère, comme l’illustre le grand projet de constitution civile qui n’est pas près d’aboutir dans un futur proche.

4 - 7 juin 2009 : élections au Parlement européen

(Commission européenne)La campagne pour les élections européennes n’a pas encore vraiment commencé, mais on peut déjà dire qu’au moins en Allemagne, l’entrée de la Turquie ne sera pas un sujet phare. En 2005, la CDU avait empêché que la Turquie soit un sujet de débat. Le nouveau ministre/président de Bavière, Seehofer a renouvelé cette attitude en décembre 2008. En France et en Autriche, la question de l’élargissement pourrait être un sujet central pour certains partis. De même la Ligue du nord en Italie prévoit comme pour les élections précédentes de se positionner sur la Turquie et l’immigration.

Juillet - décembre 2009 : présidence suédoise de l’Union

Les Suédois font partie des meilleurs soutiens de l’entrée de la Turquie et ce, quel que soit leur parti. L’influence que cela aura sur les négociations en cours va essentiellement dépendre de l’évolution de la question chypriote jusque là. Si rien ne bouge de ce côté-là, la Suède prolongera au minimum le statu quo, en aucun cas, elle ne favorisera l’abandon complet des négociations. Sans aucun doute, c’est clairement un avantage stratégique pour la Turquie que son meilleur soutien ait la présidence de l’UE au deuxième semestre. Il n’y a pas que l’AKP qui avance par petits pas, en 2009, l’ensemble des relations Turquie - UE semble vouloir adopter ce rythme, jusqu’à preuve du contraire.