Turin dans les rues pour Paris. La communauté musulmane: "Not in my name" 

Article publié le 16 novembre 2015
Article publié le 16 novembre 2015

A 17h aujourd'hui 14 Novembre 2015, des centaines de personnes rassemblées sur la Piazza Castello ont exprimé leur solidarité avec les victimes du massacre à Paris. Parmi eux, des citoyens italiens, français, la communauté musulmane de Turin. Entre le silence, la peur, la solidarité et le désir de marquer les différences, voici le récit de l'événement.

Ils étaient des centaines à s’être rassemblées aujourd'hui à Piazza Castello pour montrer leur solidarité avec les victimes des attentats terroristes qui ont frappé Paris la nuit dernière. Jusqu'à présent, les victimes de cet horrible massacre seraient 128, les blessés plus de 300. La manifestation citoyenne a été organisée par la Ville de Turin, en signe de solidarité les bâtiments municipaux mettront les drapeaux en berne et la Mairie et la Mole Antonelliana hisseront le drapeau français, à 21h20 les lumières d'artiste de la ville [ndlt lumières de Noël] s’éteindront pendant 10 minutes, pour commémorer l'heure exacte du début du massacre.

 

La manifestation a démarré à 17h00, la foule se rassemble sur la Piazza Castello: silencieuse, calme, ordonnée. Les musiques des artistes de rue se taisent, le bruissement et les rumeurs de l’après-midi laissent place au silence. Les gens se déplacent lentement, un pied après l'autre, désormais, on n’entend  que le doux bruit des pas. Ils se regroupent tous autour de la scène, les seuls à être agités sont les journalistes qui se disputent les meilleurs emplacements pour immortaliser le maire Piero Fassino et le Président de la Région Sergio Chiamparino. Mais la foule ne se précipite pas, et même. Nul n’ose parler, les bras sont croisés sur les poitrines ou derrière les dos, les yeux étonnés, effrayés, ou sans expression. Il semble que chaque citoyen de la place se demande : "Pourquoi?". 

Désorientation

Ils cherchent des réponses, là, à Piazza Castello, mais personne ne semble en avoir. Les institutions, en la personne du maire de Turin, accompagné par le président de la Région, et par certains maires de la province de Turin et députés, essaient d’en donner. Certains passages des discours déclenchent des applaudissements, mais ce sont des mouvements presque assimilables à un automatisme lorsque l’orateur élève la voix. Ce ne sont pas des gestes libérateurs, il n’y a ni conviction ni croyance dans ces gestes. Les yeux des personnes présentes scrutent la scène à la recherche de réponses convaincantes, rassurantes. Mais tous sont désorientés, abasourdis. Même le temps semble prendre part au sentiment de tragédie générale, puisque sur la place au crépuscule, tombe un brouillard lourd et dense.

Si un mot pouvait décrire l'état d'esprit des centaines de personnes de la Piazza Castello à Turin, ce mot serait "désorientation". Tous sont à la recherche de la signification des événements de Paris, les yeux des présents le demandent à ces institutions sur la scène, mais personne n’est en mesure de le trouver. La confirmation de la non-réponse est l'épilogue de l'événement. Lorsque le maire annonce la fin, tous partent de la place, dans le silence, l'ordre, le calme, comme ils étaient arrivés. Certains jeunes Français, réunis en cercle, poings levés vers le ciel entonnent la Marseillaise.

La seule qui ne semble pas céder sous le poids de la peur et l'insécurité est cette petite fille. Brandissant fièrement une feuille de papier sur laquelle  elle a colorié le drapeau de la France, bleu, blanc et rouge, avec au centre la Tour Eiffel. Elle sourit, assise sur les épaules de son père, avec ses yeux rieurs, et son visage courageux. Elle connaît déjà le moyen de sortir de l'obscurité dans laquelle se sont retranchés ceux qui l'entourent. C’est la seule âme ouverte, à soi et au monde autour d'elle. Le reste autour d’elle n’est que silence lourd, sourd et impénétrable.

Les réactions de la communauté musulmane à Turin: «Pas en notre nom»

La synthèse de cet événement est confiée à Brahim Baya, porte-parole de l'Association Islamique des Alpes: "La communauté musulmane de Turin condamne les attentats à Paris qui représentent la barbarie, l'ignorance, l'incivilité et sont une offense à notre civilisation et à notre foi, l'Islam. "

Un groupe d'étudiantes serrent dans leurs mains des pancartes où l'on peut lire "#NotInMyName Paris". Ce sont-elles qui montrent la voie et la direction à suivre. Pas en leur nom, pas au nom de l'Islam. Khadija a les idées très claires, et clame son indentité et ses croyances: «Nous nous dissocions de toute forme de terrorisme, comme  communauté musulmane et en tant qu'individus, les musulmans ne sont pas des terroristes", paraphrasant un verset du Coran elle ajoute: "Celui qui tue un être humain tue toute une communauté, celui qui sauve un être humain, sauve toute une communauté ". Son homonyme, une amie de 16 ans, òui fait écho et ponctue avec un regard déterminé, "Nous sommes ici pour délivrer un message, le terrorisme des fanatiques terroristes condamne toute une religion, l'islam est une religion de paix."