Turbo, le rock hongrois : « Pink Floyd a révolutionné la musique psychédélique »

Article publié le 6 octobre 2011
Article publié le 6 octobre 2011
En matière de rock psychédélique, le groupe Turbo est le leader de la scène hongroise. Le bassiste Jero et le chanteur Balázs Tanka revisitent les classiques et remettent en question les tendances et les clichés musicaux.

Au commencement, ils n’étaient que trois musiciens qui jouaient ensemble pour le plaisir, en dehors des heures de travail. Partis de rien, les membres du groupe hongrois Turbo n’avaient pourtant pas la fibre commerciale dans le sang. « Nous avons débuté comme n’importe quel autre groupe : nous aimions simplement nous retrouver et jouer ensemble, pour le plaisir. Nous n’avions pas d’objectif à proprement parler », explique le chanteur Balázs Tanka. Ce n’est qu’en découvrant l’engouement du public pour leur musique que le groupe a commencé à donner des concerts en 2006. Le succès remporté par leur chanson One More Time ne présageait que du bon, et c’est ce qui arriva : après un premier album Vol. 1 (2009), élu meilleur album de l’année par les auditeurs de RadioCafé, Turbo est élu meilleur groupe de rock aux Fonogram Awards (équivalent hongrois des Grammys)

Respecter les codes des genres n’a pas de sens

Depuis la sortie de leur deuxième album, Lost Measure, en mai dernier, l’aura du groupe a franchi les frontières de la Hongrie. Leurs tournées les a mené jusqu’en Serbie et en Bulgarie (une première pour le groupe), où ils ont pu jouer aux côtés du joueur de blues bulgare Vasko Krupkata. Le groupe déclare qu’il pourrait être encore plus connu, sans vouloir s’engager pour autant dans la voie du succès. « La plupart des gens sont persuadés que nous sommes déjà bien ancré dans le monde de la musique, et je me suis toujours demandé pourquoi », déclare Jéro, bassiste du groupe. À l’heure actuelle, les musiciens du groupe continuent à exercer leur métier, et ne comptent pas sur la scène pour gagner leur vie. « Pour nous, jouer n’est pas vital, et nous nous épargnons cette pression. »

Il y en a même un qui porte une charlotte.

La musique est souvent considérée comme une série de genres et de sous-genres. Pour Turbo, la classification se mesure autrement : au-delà des genres, la musique est bonne ou mauvaise en soi. La bonne musique est universelle et se suffit à elle-même. Le son reste bon, indépendamment de l’endroit où vous l’écoutez. « Les gens qui refusent d’écouter certains genres sont tout simplement stupides », insiste Jero. « Si un rap est unique, tout le monde entre directement dans le rythme, sans s’en rendre compte. Seuls les chroniqueurs musicaux s’intéressent aux genres. Les jeunes préfèrent écouter des types de musique extrêmement hybrides. » Pour le groupe, il est clair que les gens choisissent d’écouter de nouveaux genres uniquement pour compenser une personnalité qu’ils n’ont pas. « Écouter un genre de musique uniquement parce que les autres ne la connaissent pas est également stupide. Autant écouter du Fasy en avance rapide (Adam Fasy est un musicien hongrois connu pour ses fameuses musiques de mariage) », ajoute Balazs.

Les gens ont oublié les Beatles

La conversation se poursuit sur leurs influences et leurs modèles. « La nouvelle génération ne connaît plus les Beatles », déplore Jero, qui découvrait le groupe à l’âge de 9 ans. « Ils ne vont plus rechercher les anciens albums, parce qu’ils ont été relégués au fond des placards ». Pink Floyd est un autre groupe qui a marqué les membres de Turbo. « Ils ont révolutionné la musique psychédélique. Il n’y a pas si longtemps, je me suis repassé leur album Dark Side of the Moon (1973), je ne pouvais plus m’arrêter de l’écouter. La plupart des créations de ce groupe sont encore avant-gardistes aujourd’hui. »

En juillet dernier, le magazine hebdomadaire Magyar NarancsL’orange hongroise ») soulignait que tous les terrains du rock avait d'ores et déjà été conquis, ce que confirme Jero. « Nous ne vantons pas d’être plus malin que les autres », ajoute-t-il. « Au fond, tout le monde se sert des mêmes notes, et les mêmes motifs reviennent inévitablement. Le plus important, c’est la manière dont sont agencés ces éléments préexistants. Et sur ce terrain, Turbo excèle. » Le groupe tente de reproduire la musique de ses modèles, qu’il considère aussi novateurs qu’originaux, et ce de manière ambivalente. « Selon David, notre guitariste, le manque de goût est une maladie récurrente en Hongrie, mais il n’y a pas de quoi s’en faire. Et c’est ce que nous faisons. Nous avons de la chance de nous être trouvés, et d’être libre de créer la musique qui nous plaît. Des opportunités tel que le festival hongrois Sziget nous permettent même de nous représenter sur scène. »

Ne manquez pas Turbo au Barba Negra à Budapest, le 15 octobre prochain. Et lisez le babelblog officiel de Budapest. 

Photos : (cc) Mark Viszlay/ official myspace page et texte, official facebook page for Turbo's label, mamazone