Tunisie : à fond la migration 

Article publié le 13 octobre 2014
Article publié le 13 octobre 2014

La Tunisie est aujourd’hui le seul pays de la région Euromed à paraître relativement stable après le Printemps arabe. Le pays est regardé comme un porteur d’espoir dans la région. Mais la Tunisie fait aussi face à de grands problèmes économiques et beaucoup de jeunes veulent maintenant immigrer vers l’Europe. Pour ça, ils sont même prêts à payer une petite fortune.

Pour beaucoup de jeunes tunisiens, un visa de travail pour l’Union européenne sonne comme un rêve, ce qui devient compréhensible quand on considère que le taux de chômage du pays est actuellement à 38% chez les diplômés. Ce rêve se rapproche de la réalité pour ceux qui disposent d’un bon diplôme en Informatique, Sciences de L’ingénieur ou Médecine et qui, en plus de cela, parlent une ou plusieurs langues européennes. En effet, ces diplômés tunisiens sont très prisés par les pays européens. Ceci s’explique par la bonne qualité de l’éducation supérieure en Tunisie ainsi que par le manque en Europe de personnel qualifié dans ces domaines, surtout en Informatique. En particulier les membres de la classe moyenne supérieure tunisienne ont presque tous un membre de la famille vivant à Paris ou Francfort

Les espoirs de la jeunesse tunisienne

Cette émigration s’est peu à peu transformée en un réel business. Au cours de ces dernières années, plusieurs agences spécialisées dans la préparation et la traduction des dossiers, ont vu le jour. Une employée de l’agence Getusion explique que les jeunes se rueraient sur ce type de services. Le fondateur de l’agence – un Tunisien qui a lui-même vécu en Allemagne pendant plusieurs années – aurait donc mis le doigt sur un marché prestigieux. 

Après tout, émigrer n’est pas facile pour quelqu’un qui ne possède pas de passeport européen, et c’est normal de vouloir être bien préparé. Un grand nombre de demandes proviennent de jeunes tunisiens qui aimeraient effectuer une partie de leurs études ou un stage dans Union européenne. Les pays les plus populaires sont évidemment la France, mais aussi l’Allemagne, la Belgique ou encore les pays scandinaves. 

Partenariat de mobilité avec la Tunisie

Cette année, l’UE a conclu un partenariat de mobilité avec la Tunisie. Le document a été finalisé en mars 2014 et prévoit un allégement de la procédure de demande de visa. Soit un dispositif qui irait de pair avec une meilleure reconnaissance des diplômes et des expériences d’emploi. De plus, il vise à mieux informer les citoyens tunisiens sur les possibilités d’études et d’emploi en Europe. En parallèle, l’UE s’engage, dans le cadre de ce partenariat, à faire avancer l’intégration des citoyens tunisiens dans l’UE ainsi que de renforcer le rôle des collectivités tunisiennes en tant qu’acteurs de développement au sein de l’Union. 

Il y a toutefois, comme souvent, un pendant négatif. À côté des aspects positifs de la facilitation de l’émigration légale, la lutte contre l’immigration illégale entraîne le renforcement des frontières et des négociations ont d’ores et déjà débuté concernant le renvoi de groupes d’immigrés illégaux. 

Par conséquent, certaines voix critiques accusent ainsi l’UE d’externaliser sa politique d’asile et d’immigration et d’étendre les conséquences de ces politiques aux autres pays voisins. Le fait pour l’UE de sélectionner le personnel qualifié de ses pays voisins et de faire ses choix dans le seul souci d’avantager ses pays membres reste une attitude contestée. Ainsi, le rêve de migration est majoritairement rendu accessible aux classes aisées tunisiennes. La misère des migrants illégaux, quant à elle, ne suscite pas l’intérêt nécessaire pour trouver les solutions adéquates.