Tu n'auras peut-être pas ton Ecosse indépendante, Sir Connery

Article publié le 29 juillet 2014
Article publié le 29 juillet 2014

Les en­quêtes l'annoncent : les sé­ces­sion­nistes écos­sais doivent ten­ter le tout pour le tout jus­qu’à la tenue du ré­fé­ren­dum d’au­to­dé­ter­mi­na­tion le 18 sep­tembre 2014, afin de convaincre les in­dé­cis. 20% des fu­turs vo­tants hé­sitent en­core à re­cons­truire in­té­gra­le­ment le mur d’Ha­drien dans la Grande-Bre­tagne du XXIème siècle. 

« L’op­por­tu­nité est trop belle pour ne pas la sai­sir», ha­ran­guait ré­cem­ment le cé­lèbre ac­teur Sean Connery dans une tri­bune pu­bliée dans l’heb­do­ma­daire New Statesman. L’an­cien agent se­cret le plus bri­tan­nique de la fic­tion en­cou­ra­geait à voter en sep­tembre 2014 pour l’in­dé­pen­dance d’« un des pays les plus connus au monde » afin de sus­ci­ter « un in­té­rêt re­nou­velé à l'égard de notre culture et de notre po­li­tique ». « Il n’y a rien de plus créa­tif que la créa­tion d’une na­tion », af­fir­mait-il.

OÙ SONT LES DOUTES ?

Pour­tant, mal­gré le push du sir, aucun son­dage ne donne la vic­toire aux par­ti­sans du « Yes Scot­land » de­puis le mois d’août de l’an­née der­nière, où une en­quête de­man­dée par le gou­ver­nant Parti Na­tio­nal Écos­sais (PNA) – qui a créé en collaboration avec le gou­ver­ne­ment de Londres, les termes de cette consul­ta­tion – don­nait la vic­toire aux in­dé­pen­dan­tistes pour un seul point de dif­fé­rence. Au­jour­d’hui, tous les son­dages montrent une avance de dix points en fa­veur du « non », sou­tenu par la plate-forme « Bet­ter To­ge­ther », bien que le pour­cen­tage d’in­dé­cis se situe entre 21 et 27%. Ainsi, cette marge per­met aux sé­pa­ra­tiste de ne pas s’avouer vain­cus, et oblige les unio­nistes à res­ter sur leurs gardes.

C'est la troi­sième fois en 35 ans que la so­ciété écos­saise est ap­pe­lée à se pro­non­cer sur ses re­la­tions avec le Royaume Uni. En 1979, un pyr­rhique « oui » n’avait pas at­teint la ma­jo­rité né­ces­saire pour rou­vrir le Par­lement écos­sais, fermé dès l’union à l’An­gle­terre en 1707. Il sera rouvert suite au ré­fé­ren­dum de 1997, promu par le gou­ver­ne­ment tra­vailliste de Tony Blair.

Les en­jeux du ré­fé­ren­dum de 2014 sont, quant à eux, bien plus im­por­tants. En effet, une Ecosse in­dé­pen­dante de­vra ou­vrir des né­go­cia­tions avec West­mins­ter sur bien des su­jets : la pro­priété des ré­serves pé­tro­lières en mer du Nord, le main­tien de la livre ou la place de l’ar­se­nal nu­cléaire bri­tan­nique –basé en­tiè­re­ment dans les eaux ter­ri­to­riales de l’Écosse– qui confère au Royaume Uni une place de choix dans la di­plo­ma­tie in­ter­na­tio­nale.

La ba­taille est li­vrée sur le ter­rain des émo­tions ainsi que sur les ré­seaux so­ciaux.  Dans leur der­nière vidéo de cam­pagne, les par­ti­sans du « oui » vendent ainsi l’es­poir d’une Écosse in­dé­pen­dante, ca­pable d’ac­cueillir les pro­grès des nou­velles gé­né­ra­tions. De leur côté, les unionistes ap­pellent à la fra­ter­nité entre bri­tan­niques der­rière le mes­sage : « nous sommes l’équipe GB ».

LA PRE­MIÈRE CONSTI­TU­TION ÉCRITE

En tout cas, les au­to­ri­tés écos­saises conti­nuent à suivre leur feuille de route. Pour le mo­ment, elles ont déjà pré­senté en avant-première le brouillon d’une Consti­tu­tion écrite dans le but de sus­ci­ter la par­ti­ci­pa­tion au sein du pro­ces­sus d’in­dé­pen­dance. Le texte, sou­mis à des amen­de­ments des ci­toyens, dé­clare le peuple écos­sais sou­ve­rain bien qu’il garde Éli­sa­beth II comme chef d’État. Par ailleurs, le brouillon ga­ran­tit la su­pré­ma­tie de la lé­gis­la­tion eu­ro­péenne et énonce ex­pli­ci­te­ment un en­ga­ge­ment pour la pro­tec­tion de l'en­vi­ron­ne­ment (le Parti Vert écos­sais est le seul allié du PNA à la Chambre d’Édim­bourg qui dé­fend éga­le­ment l’in­dé­pen­dance). 

Ce­pen­dant, tout ceci reste de la fic­tion à l'heure ac­tuelle. Et pour cause, il n’y a qu’un atlas qui re­con­naisse l’in­dé­pen­dance de l’Écosse pour le mo­ment : la carte des do­maines d’in­ter­net. Le 16 juillet  a été an­noncée l’im­mi­nente mise en vente de la ter­mi­nai­son .scot. En sep­tembre, les Ecos­sais confir­me­ront si, dans ce cas, le règne nu­mé­rique est en­core une fois en avance sur la réa­lité ou si, au contraire, le ré­seau n’a fait qu’exal­ter une rê­ve­rie ro­man­tique.