Tsunami Grillo : l'Italie aux mains de l'a-politique

Article publié le 26 février 2013
Article publié le 26 février 2013
Tandis que le PD de Bersani et le PDL de Berlusconi sont en train de se battre pour la majorité au Parlement, les résultats qui en ont ému plus d’un ne symbolisent pas seulement ce qu’a brillamment qualifié Capezzone (le porte parole sans saveur du PLD, ndlr) de « miracle de Berlusconi » mais plutôt l’échappée belle (et populiste) de Grillo.
Des résultats dont la (noble) intention était peut-être de montrer les dents face la politique à la papa de cette pauvre little Italy, mais dont la triste vérité révèle à coup sûr l’énorme risque qu’a pris l’électeur en votant pour le Mouvement 5 étoiles.

« Le risque de devenir ingouvernable », voilà la formule plein d’euphémismes utilisée par La Repubblica pour exprimer en quelques mots les élections grotesques du Bel Paese qui n’aideront sûrement pas le pays à se débarrasser des blagues éculées sur son Cavaliere, ses plaisirs nocturnes avec des filles bien équipées ou son improbable sens de l’humour. Souvenez-vous : quel était son fait d’arme le plus classieux ? Sa saillie pro-Mussolinienne en pleines commémorations de la Shoah ? Le joueur de foot italien, Mario Balotelli, grassement offert aux supporters du Milan AC ? Ou la promesse intenable d’abroger la taxe d’habitation de millions d’Italiens, qui sont tout de go aller réclamer leur argent à la banque.

Vaffanculo

Détendez-vous. Certes, l’ombre de Berlusconi plane encore en plus de la gueule de bois des jeunes italiens aujourd’hui, mais le truc le plus étonnant dans ce scrutin c’est quand même la défaite de Monti. Les Italiens viennent on ne peut plus clairement de démontrer qu’un gouvernement technocratique ce n’est plus automatique. Mieux, ils viennent carrément de voter en faveur de l’exact opposé du Professore à savoir le symbole même de la corruption. Mais pas seulement. Ils se sont même offerts le luxe de se payer « un vote symbolique » dont la conséquence - imprévue – présente un énorme risque pour le pays tout entier. L’Italie n’a pas pu résister à la figure d’une espèce de guru antipolitique ni au charme de slogans aussi racoleurs que vulgaires, préférant glisser vers un « vaffanculo-day » pensé comme unique solution à la crise. Le principal enseignement de ce psychodrame collectif, c’est ce fameux « Tsunami Grillo » soit un non-parti (qui va bien être obligé d’en devenir un) qui, en l’espace de quelques années, a réussi à fédérer 20% d’électeurs avec une campagne non-conventionnelle c’est à dire sans apparitions télévisées mais une présence impressionnante sur Internet.

Sur les réseaux sociaux, les Italiens dressent quant à eux des listes de destinations vers lesquelles s’expatrier, régalent en jeux de mots et utilisent une attitude des plus arrogantes envers celui qui a encore voté pour Berlusconi. Un théâtre de l’absurde qui prend à chaque fois la forme d’une « chasse à l’électeur » suivant laquelle le traitre doit être cloué au pilori.

Le ministre de l’Intérieur a précisé que 75% des Italiens ont voté. 6% de moins qu’en 2008. Tout le monde paraît déçu, mais c’est à se demander s’il n’aurait pas été préférable que certains restent sur le canapé pour rester connectés à Facebook.

Photo : (cc)20centesimi/ flickr