True Detective et Utopia : quand les séries TV deviennent des chefs d’œuvre  

Article publié le 11 février 2015
Article publié le 11 février 2015

Breaking Bad, la série révélation du réalisateur et scénariste Vince Gilligan, apparue sur nos écrans en 2008, est à l’origine de l’essor des séries TV. Ainsi, au cours des dernières années, le succès de ce format, qui n’est certes pas récent, a connu une croissance exponentielle.

Soyons clairs : cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu de séries TV dignes d’être mentionnées par le passé, mais l’offre des émissions de télévision semble s’être multipliée ces dix dernières années tant du point de vue numérique que de la différenciation du produit. 

Mais il y autre chose qui frappe particulièrement : la grande qualité de chacune de ces productions, qui leur a permis de passer du statut de passe-temps pour ceux qui cherchent à s’évader facilement des études ou du travail à celui de véritables bijoux du petit écran. En en visionnant certaines, j’ai réalisé que leur niveau technique était tel qu’elles n’avaient rien à envier aux productions cinématographiques. Et, alors que le spectateur commence à apprécier un produit agréable grâce à une intrigue qui se prolonge dans le temps et l’accompagne pendant plusieurs mois, ce même produit parvient à offrir ce que nous cherchons d’habitude dans un bon film d’auteur : mise en scène, scénario, bande originale et images remarquables. 

Deux productions m’ont franchement marqué, deux productions très différentes mais réunies par le soin tout particulier apporté aux détails : True Detective et Utopia.

True Detective

                                                                                      

La série, œuvre du scénariste Nic Pizzolatto, a été lancée sur les écrans en janvier 2014 par la chaîne HBO. Inutile de dire que True Detective a été largement salué aussi bien par la critique que par le public. La diffusion du dernier épisode a même fait sauter le streaming du site de la HBO en raison de la forte demande. Et, oui, ce produit en vaut la peine, vraiment. Mais, pour les fans du très bon Matthew McConaughey, nous vous rappelons qu’il s’agit d’une série anthologique et c’est pour cette raison que le lieu et les personnages changeront à chaque saison. 

Parfois angoissante, de temps à temps macabre et malsaine, l’histoire se caractérise par les paysages tantôt fascinants tantôt désolés. Nous nous trouvons dans les marécages du sud profond des États-Unis, en Louisiane, entre plans d’eau et basse végétation. Une nature où les fils sont agriculteurs, de vrais rustres sudistes ayant une passion pour les armes et les rapports incestueux, style redneck. À partir de cette trame de fond, le réalisateur construit un thriller de malade qui démarre sur un homicide aux traits inquiétants : un mélange de violence et de rites religieux, de bois de cerf et de signes tribaux, d’arbres majestueux et de dépravation humaine.

True Detective - Trailer officiel (2014)

En réalité, l’histoire se déroule en 2012 : les deux enquêteurs doivent remonter dans le temps pour raconter à deux agents fédéraux ce qu’il s’est passé en 1995. Autrement dit, l’histoire est comme une suite de flashbacks qui viennent fragmenter l’intrigue. 

Les deux enquêteurs, deux personnages controversés et opposés, nous embarquent dans les méandres les plus obscures de l’esprit humain, entre digressions philosophiques et alcoolisme. Toute la série est en fait une succession d’images et d’histoires sur la nature humaine et sur son destin inexorable. Le mélange de True Detective est étrange : le réalisateur nous offre à la fois des moments d’une grande introspection et d’une véritable tristesse sociale. En plus du talent incroyable de Matthew McConaughey, dont la sagesse  se perd dans les histoires troubles de sa vie, deux mots sont magiques : « Yellow king » et « Carcosa ». Les deux pièces manquantes, le point final du récit. En réalité, quelque chose ne fonctionne pas, il demeure une impression d’inachevé. La violence crue semble l’emporter sur la logique du final de cette série-chef d’œuvre, mais ça n’en fait pas forcément un défaut. Les images et la bande originale de qualité font le reste. Il n’y a donc plus qu’à espérer l’arrivée d’une deuxième saison tout aussi prenante, tournée cette fois en Californie

Utopia

« Où est Jessica Hyde ? » : voilà la question qui vous sera posée pendant tout le premier épisode, au point que, vous aussi, vous vous demanderez : « Où est Jessica Hyde ? Et surtout, qui est-elle ? » 

Le niveau est élevé, très élevé. Nous quittons la sombre Louisiane de Pizzolatto pour le Royaume-Uni de 2013. Dennis Kelly confectionne un jouet, un Rubik’s cube sous tous les angles. Pour le spectateur, il n’y a plus qu’à jouer avec, chercher à résoudre le casse-tête en admirant les couleurs et la perfection des lignes. Le défi n’est pas facile à relever, les 12 épisodes divisés en deux saisons sont denses, très denses : les noms et les personnages se mélangent entre passé et présent jusqu’à ce que les petits carrés cessent de se déplacer pour former des faces de même couleur, et tout semble alors avoir du sens.

Notons que les couleurs semblent vivre dans une photographie intense, vives et brillantes, presque pénibles. Mais ce n’est pas Wes Anderson, certainement pas. Il n’y a rien d’innocent et d’enfantin dans ce jeu. Uniquement deux assassins professionnels, un sac jaune et une organisation, le Réseau, qui complote (ou non ?) dans le dos de la population mondiale, au-dessus du pouvoir politique contrôlé par cette même organisation. En résumé : les cartes sont nombreuses.

Utopia - Trailer officiel (2013)

Quatre garçons partagent sur un forum leur passion pour une bande-dessinée : The Utopia Experiments. Quatre garçons quelconques qui, du jour au lendemain, se retrouvent à se battre contre quelque chose de bien plus grand qu’eux. Et ils ne savent pas ce dont il s’agit. Autrement dit, le manuscrit, qui donne son nom à la série TV, contient quelque chose que même eux peinent à comprendre. Janus. Mister Rabbit. Voilà quelques noms qui vous accompagneront tout au long de l’histoire. 

Et puis, la musique. Au jaune canari, couleur favorite du réalisateur, vient s’opposer une bande originale spasmodique et anxiogène, comme si l’intrigue ne suffisait pas. Une musique électronique, marquée de soupirs, qui pourraient presque redonner vie aux cadavres laissés çà et là par celui qui deviendra votre serial killer préféré : Arby.

Extrait de la bande originale : Evils Prevails - Cristobal Tapia de Veer (2013)

En bref, si vous êtes accros aux complots, Utopia ne vous décevra pas. Néanmoins, Channel4 a, pour l’instant, décidé de ne pas renouveler la série pour une troisième saison, ce qui n’as pas suscité beaucoup de ressentiment. Mais notre conseil, c’est de vous plonger tout de même dans les pages macabres de The Utopia Experiments. 

Et faites attention au Réseau.