Troisième festival européen d'auto-stop: le Portugal sur le pouce

Article publié le 30 avril 2010
Article publié le 30 avril 2010

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

En août 2010, les auto-stoppeurs venus des quatre coins d'Europe pourront participer à la troisième édition du Festival Européen d'Auto-stop. Après Paris et Odessa, départ cette année de Barcelone avec pour destination, armés d'un pouce, d'un bout de carton et d'un grand sourire, Lisbonne !

©Pourquoi fait-on de l'auto-stop? « Pour discuter avec les gens de l'endroit où je vais », selon Daan, un jeune Belge de vingt-cinq ans. « Parce que c'est un défi de faire face aux barrières sociales et de parler à un inconnu », répond Anja, une Polonaise de 23 ans. Et aussi parce que quand ils réussissent, les auto-stoppeurs ont le plaisir de découvrir un monde où l'entraide n'est pas qu'un vain mot.

Le 1er août 2010, des centaines d'auto-stoppeurs venus de toute l'Europe participeront au Festival Européen d'Autostop. Ils se réuniront d'abord à Barcelone pour crier aux quatre vents qu'ils veulent changer le monde, en particulier le monde du voyage. Après l'évènement promotionnel et une fois les conducteurs espagnols avertis, les voyageurs en quête d'aventure se placeront au bord des autoroutes pour traverser la Péninsule Ibérique et arriver ensemble au lever du jour au Portugal, près de Lisbonne. À partir du 6 août, ils camperont, échangeront des histoires et des expériences pendant cinq jours, fiers de faire partie de la première communauté d'auto-stoppeurs d'Europe.

« Nous sommes une grande famille »

La France et les Etats Baltes sont les paradis de l'auto-stop en Europe« Nous sommes une grande famille » affirme sans détour Benjamin, un Allemand de 24 ans. Il a participé aux deux éditions antérieures du Festival et il s'occupe dès qu'il peut d'une tâche d'organisation: « On vit tous aux quatre coins de l'Europe et nous nous voyons seulement deux fois par an. Le festival est ouvert et la coordination se déroule de façon décentralisée à travers de notre site web, où le lieu, les actions publicitaires, le lieu où l'on va dormir,... sont approuvés à la majorité ». Le festival ne compte ni budget ni équipe d'organisation. Tout le monde peut être organisateur volontaire: chacun pense à une tâche à réaliser, s'en occupe, et informe les autres qu'elle est terminée. C'est aussi simple que cela. Les 13 et 14 mars, une poignée de ces motivés s'est retrouvée à Berlin pour lancer les préparatifs. Quant à Robin, un Hollandais de 32 ans, il a lancé Random Roads, une revue en ligne où chacun peut partager ses histoires. L'idée de l'organisation est de l'imprimer et de l'offrir aux conducteurs en guise de remerciement.

Le reste de la « famille » se compose de voyageurs ponctuels et presque nomades, hippies et hackers, enthousiastes de l'auto-stop et de l'auto-organisation, amoureux des réseaux d'hospitalité et de communauté via Internet qui veulent se voir de temps en temps pour promouvoir leurs valeurs communes. Quelquefois même les conducteurs, qui sont les véritables stars, puisque sans eux l'évènement ne serait pas possible, se joignent au festival à la fin du trajet. C'est la troisième édition de ce curieux festival. La première année, la rencontre a eu lieu à Paris et s'appelait 8-8-8, en référence à la date à laquelle elle s'était déroulée. Les participants ont réussi à camper trois jours sur le Champ de Mars, face à la Tour Eiffel. Pour le deuxième festival, le 7-8-9, la ville choisit fut Odessa, en Ukraine, qui est l'un des seuls pays européens où les citoyens de l'Union Européenne comme de Russie peuvent entrer sans avoir besoin d'un visa spécial. Une centaine de personnes ont réussi à arriver au point de rencontre, un parc près de la mer Noire.

À prévoir et à éviter

La culture de l'auto-stop est de plus en plus reprise par le principe du covoiturage, une manière de se déplacer à bas prix et de moins polluerMême si ces auto-stoppeurs européens se déplacent avec confiance, ils préviennent quand même qu'il est nécessaire de faire quelques préparatifs avant de commencer le voyage, comme bien préparer sa route avant de partir et emmener une carte routière incluant les stations service. Un sac à dos plutôt léger avec un équipement de camping n'est jamais de trop, ainsi que des vêtements de couleurs vives pour attirer l'attention. Cependant, le plus important est la disponibilité personnelle, la bonne humeur et la patience: « Les conducteurs qui s'arrêtent pour m'emmener sont seulement ceux qui veulent bien m'aider, avoue Eva, jeune Tchèque de 27 ans. Ainsi, je rencontre toujours les gens les plus aimables ». Cependant, il faut garder une attitude attentive, comme dans n'importe quelle situation de communication avec des inconnus, et ne pas monter en voiture avec quelqu'un qui n'inspire pas confiance, reconnaît-elle. Voyager à deux peut rendre les attentes plus amusantes car dans certains cas, il faut attendre plusieurs heures ou même une journée entière avant qu'une voiture qui va dans votre direction ait des sièges disponibles et du temps pour parler avec vous.

En Europe: Mecque et mauvais élèves de l'auto-stop

L'Espagne a la réputation d'être un pays difficile pour l'auto-stoppeur, avec de longues attentes et une certaine méfiance des conducteurs: « Si tu ne parles pas espagnol, il est très difficile qu'ils te prennent, moi ce sont seulement des étrangers qui m'ont emmené », témoigne Félix, un auto-stoppeur français de 21 ans habitué des routes ibériques. Cependant, d'autres admettent que, à part les hautes températures, ils n'ont pas rencontré de problème majeur par le passé pour voyager jusqu'au Portugal. Dans la communauté d'auto-stoppeurs, la France et les États Baltes reviennent souvent comme les pays les plus agréables, on dit que les gens là-bas sont toujours prêts à t'aider, ou, au moins, à te lancer un sourire pour rendre plus joyeuse ton attente. L'Allemagne est réputée pour ses autoroutes rapides et les conducteurs Polonais sont admirés parce qu'il leur semble tout à fait évident qu'un siège libre dans leur voiture est disponible pour qui en a besoin. Se déplacer en auto-stop n'est pas évident en Espagne. Et après ? C'est justement ce qui rend l'évènement intéressant. Voyager en auto-stop doit être avant tout une aventure et rappelle que voyager à la force du pouce, contrairement aux trajets en avion, est parmi les expériences de dialogue culturel les plus riches.

Photos: cartel: Festival européen d'auto-stop; ©robokow /Flickr