Trident Juncture: le Risque pour la Méditerranée et les ciels d’Europe

Article publié le 11 novembre 2015
Article publié le 11 novembre 2015

Les équilibres de la géopolitique mondiale sont toujours plus fragiles et incertains. L’Otan a autorisé  l’opération Trident Juncture 2015, un des exercices militaires les plus imposants à ce jour. Il implique directement les espaces aériens, terrestres et maritimes du Portugal, de l’Espagne et de l’Italie et éveille quelques inquiétudes et protestations. Mais en quoi consiste Trident Junctue?

Trois pays « d’accueil », l’Espagne, l’Italie et le Portugal, 36 milles militaires de 30 nations alliées, 190 avions et 60 navires. Est-ce les prémisses de la troisième guerre mondiale ? Non, il s’agit de Trident Juncture 2015 qui a débuté le 3 octobre dernier et durera jusqu’au 6 novembre. le plus grand exercice militaire inter-forces, jamais organisé par l’Otan depuis 2002 ; en l’occurrence les opérations militaires anglo-américaines en Iraq. D’après l’US Army Europe, il s’agit même du plus imposant en Europe après la Chute du Mur de Berlin. 

La vidéo sur la mission de simulation  Trident Juncture 2015, publiée par l' OTAN.

Le scénario

La mission est un exercice assisté (suscitant l’inquiétude de certains)  au cours duquel se déroule une simulation en condition réelle menée depuis deux semaines. Le scénario est complètement inventé pour l’occasion et rebaptisé « Sorotan » par l’union, de l’« Otan » et « Sor », Sud en norvégien – il prend place dans une région imaginaire, fortement instable Cerasia, sous pression politique, militaire et civile. La cause principale du conflit est l’approvisionnement en eau, qui manque.

Tout se complique lorsqu’une Nation envahit un Pays frontalier plus petit  et menace d’en envahir un second. La crise implique les principaux acteurs mondiaux et est aggravée par les conflits ethniques et religieux. En réponse, le Conseil de Sécurité de l’Onu autorise une intervention de l’OTAN  pour protéger les états menacés et la navigation libre. Trident Juncture 2015 est donc la simulation de cette mission. Science-fiction ? ¨Pas vraiment selon l’organisation internationale parce que « la manœuvre mettra à l’épreuve une force opérationnelle inter-forces et à un haut niveau de rapidité », particulièrement par rapport aux défis provenant du Sud et de l’Est.

Et l’Italie ? Ou mieux, la Sicile et la Sardaigne ?

En Sicile la mission concerne un endroit précis : l’aéroport de Trapani-Birgi et plus particulièrement la base militaire du 37ème Stormo. Ici le 19 octobre une grande cérémonie avec la présence de la presse et des hauts commandants des forces armées italiennes et internationales a inauguré l’exercice.

D’après les chiffres fournis par l’Aéronautique Militaire, pendant que nous écrivons, les exercices impliqueraient près de 500 militaires italiens, 200 étrangers, et 31 avions dont des avions de chasse F16 grecs, polonais et canadiens, des Amx, des Eurofighters, des Tornado italiens ainsi qu’un C130 à reconnaissance canadienne. 

Et la population civile ? Dès le 15 juin dernier, les sénateurs du PD (Parti  démocrate n.d.r) Orrù, Fabbri, Sollo, Sposetti et Cucca avaient présenté une question parlementaire à la ministre de la Défense Robera Pinotti en exprimant leurs inquiétudes concernant les risques à Trapani et la mise en œuvre de l’escale, lourdement pénalisée à l’occasion de l’intervention en Lybie en 2011. Question à laquelle la ministre a répondu le 19 juin par des déclarations rassurantes sur l’absence de risques pour la sécurité du personnel, de la population locale et de la protection environnementale du territoire. Ni sur la mise en œuvre des vols civils. Comme l’assure par ailleurs l’aéronautique Militaire, l’aéroport servira uniquement de base logistique et toutes les manœuvres seront loin des biens à caractère civil et consisteront principalement à des activités de simulation et de reconnaissance en mer, entre la Sardaigne et l’Italie.

La Sardaigne a justement mis à disposition la base militaire de Decimomannu, le 28 octobre une délégation composée de sénateurs sardes Emilio Floris (du parti Forza Italia), Silvio Lai (du Parti démocrate) et Luciano Uras (du parti Gauche, Ecologie et Liberté) ont visité la base militaire de Teulada, théâtre des manœuvres et faisant l’objet de protestations de la part des pacifistes qui ont convoqué une manifestation qui se déroulera le 3 novembre. « On nous a expliqué que depuis l’année dernière, il n’y a plus de tirs avec des navires, mais que ceux sont surtout des activités de simulation qui sont menées – a expliqué Uras à l’agence de presse Ansa. Flois ajoute que l’Otan « a exclu l’utilisation de projectiles qui contiennent des substances comme du thorium, du phosphore et de l’uranium appauvri ».

"Nous voulons le droit de vivre en bonne santé là où nous sommes nés "

Mais les déclarations rassurantes ne convainquent pas tout le monde. Cela fait des semaines que la mobilisation sicilienne continue contre les manœuvres. En attendant la manifestation du 31 octobre de Marsala, fixée par une coordination provinciale de citoyens et associations et la Coordination régionale comités No Muos, différentes initiatives ludiques ont été organisées, des conférences flash mob à Catane et à Palerme. Des chauffeurs de bus ont été mis à disposition pour rejoindre le rendez-vous au front de mer Boeo depuis toute l’ile. Une mobilisation pour demander, comme on peut lire dans le communiqué, « le droit de vivre en bonne santé et sereinement aux endroits où nous sommes nés et pour dire non à la guerre, à l’Otan, aux dévastations environnementales, aux dommages pour la santé et à la militarisation de la Sicile ».

Au cours de ces derniers jours un épisode singulier se serait justement déroulé. Deux hélicoptères militaires américains auraient atterri au sein du parc archéologique de Selinunte à cause d’une avarie concernant un rotor d’un des deux véhicules. Les militaires assistés par le personnel incrédule du parc et des gendarmes ont cherché la base de Sigonella pour un abordage plus sûr. Selon les revendications de la coordination provinciale contre la guerre et l’Otan,  il s’agirait de l’énième preuve des effets négatifs de la militarisation de la Sicile.

 « le MUOS de Niscemi, la base de Sigonella, les installation de radio de télécommunication, les installations radar, les emplacements pour les guerres électroniques présents à Lampedusa », revendiquent les activistes, « ont au fil des ans généré une augmentation du risque d’apparition de tumeurs, de pollution sonore, des phénomènes d’extinction animale et végétales, des malformations fœtales », conclut le communiqué.

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Publié par la rédaction locale  di cafébabel Palerme.