Trichet et la BCE: quel est le sexe des anges ? Pardon, de l’argent ?

Article publié le 10 décembre 2008
Article publié le 10 décembre 2008
Trichet est passé au Parlement et la commission européenne cette semaine pour expliquer sa baisse des taux d’intérêts de la BCE au 2,5%. Le rôle de la Banque Centrale Européenne est de moins en moins important.
Depuis trois mois Jean Claude Trichet, à la tête de la Banque Centrale Européenne, a baissé le taux directeur de la Banque de presque 2 points, passant du 4,25% au 2,5%, et le français n’écarte pas qu’en janvier on le baisse encore d’un quart de point. Par contre, au temps où Marx cartonne dans les librairies et Keynes dans les couloirs ministériels, ce monsieur ne semble plus intéresser en tant que gardien des essences de la politique monétaire et de la stabilité économique.

Si les liquidités ne se transfèrent pas à l’économie réelle la crise va empirer

Pendant ses deux heures de travail avec les europarlementaires, lundi, on a pu sentir que les hommes politiques de toutes tendances idéologiques aspirent à ce que la BCE fasse quelque chose de plus que de tourner en rond à réfléchir sur le sexe de l’argent; pardon, le prix, je veux dire. Cette crise est en train de briser pas mal de certitudes du dogme monétariste que défend la BCE et Trichet : bien que le prix de l’argent soit en baisse depuis 3 mois, l’inflation reste contenue. Ceci pousse l’eurodéputé libéral Gay Mitchell à tenir la baisse des taux de la BCE pour trop timide, surtout en comparaison aux taux de la Banque d’Angleterre et de la Réserve Fédérale nord-américaine, plus bas que l’européen. D’autant plus que l’on constate que cette baisse ne touche pas les foyers : “Ne devriez-vous pas faire pression sur banques pour qu’elles appliquent de meilleurs taux à leurs clients ?”, insiste ce député envers Trichet.

Trichet partage cette préoccupation et affirme sans complexe que “si la liquidité monétaire ne se transfère pas à l’économie réelle, la crise deviendra plus grave encore”. Pourtant, il refuse la comparaison avec les taux aux États Unis et au Royaume Uni, en rajoutant que même s’il n’y avait pas eu de crise financière “on aurait vécu également un ralentissement de l’économie après tant d’années de croissance rapide et un choc pétrolier tel qu’on l’a eu”. Donc, définitivement, pas de baisse des taux avant janvier 2009.

Les laissés pour compte

Dans cette crise, il y a des pays qui souffrent plus que d’autres. Depuis les rangs du Parti Socialiste Européen on réclame une évolution dans le rôle de la BCE pour qu’elle ne se limite pas tout simplement à surveiller la stabilité des prix, et pour qu’elle se lance dans une “réflexion sur le modèle de développement de l’Europe ”. Face à la perte de capitaux massive dans les pays de l’Est, Trichet admet qu’en “temps de crise les capitaux ont tendance à retourner dans leur quartiers d’hiver”, sans oublier de souligner que ceci arrive pour “tous les types de capitaux” ; insinuation que les capitaux humains qualifiés exportés par les pays de l’st pourraient être tentés de rentrer chez eux contribuant ainsi à la récupération de ces États membres de l’Est.

Finalement, que faire de l’Islande qui veut à présent entrer dans l’Eurozone sans appartenir à l’UE ? Le responsable de la BCE insiste qu’il ne se prononcera pas sur les pays qui ne sont pas dans l’UE. Ceci dit, cette technique de l’autruche peut mener l’UE dans des mauvais carrefours. L’Islande, lorsqu’il y a deux mois se trouvait au bord de la faillite, demanda de l’aide d’abord à la France et à l’Allemagne. Celles-ci la lui refusèrent, jetant ce petit pays des geysers dans les bras de la Russie la plus machiavélique de tous les temps récents. Si on continue de ne pas nous mêler des problèmes des autres, personne ne viendra nous aider quand on aura besoin. (Fotos: Buste de Karl Marx, http://www.flickr.com/photos/benleto/; le reste, de la BCE)