Travailleurs de tous pays, unissez-vous!

Article publié le 29 novembre 2014
Article publié le 29 novembre 2014

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

J'ai été conçue dans la chaleur de la fin du communisme en Hongrie, en août 1989. Juste après que le mouvement 'Pan-european picnic' [ndt - mouvement pacifiste austro-hongrois] ait ouvert le Rideau de Fer pour trois heures et juste avant que le gouvernement hongrois ait déclaré qu'il n'empêcherait pas les milliers d'Allemands de l'Est de fuir vers l'Autriche.

Alors que le nouveau régime a toujours été naturel pour moi, la chute du Rideau de Fer était un symbole très fort pour mes parents. En quelques mois l'histoire telle qu'ils l'avaient apprises avait complètement changé, ce qui était difficilement compréhensible. Avec la chute du Rideau de Fer, les jeunes adultes, comme ma mère à cette époque, durent abattre leurs propres murs qui s'étaient formés dans leur for intérieur - ces murs invisibles construits par la génération précédente.

Pour ma grand-mère, qui a toujours été une fervente communiste, il était difficile de réaliser ce qu'il se passait, et en tant que professeur d'histoire, il lui était presque impossible de s'adapter aux changements dans l'histoire hongroise. Elle était heureuse sous le régime communiste, elle a pu étudier à l'université indépendamment du fait qu'elle soit issue d'une famille pauvre, elle a pu réaliser son rêve d'être professeur et elle a eut la possibilité d'habiter dans un appartement à Zugló, où elle vit toujours. Elle ne savait donc pas quoi attendre de ce futur incertain. Quoi qu'il en soit, comme toute ma famille, elle était heureuse de la disparition du Rideau de Fer car nous avions des parents et des amis qui vivaient isolés derrière le mur de Berlin.

Le lac Balaton, où ma famille avait l'habitude d'aller en été, n'était plus le même après les événements de 1989. Ce n'était plus l'endroit de rencontre entre les Allemands de l'Est et de l'Ouest. Les plages n'étaient plus remplies de mots allemands et le système d'échanges autour du lac avait aussi disparu. 

Avant les Allemands de l'Est venaient toujours avec quelques produits de qualité à vendre (comme des chaussures en peau de salamandre ou des barbecues), même quand l’État faisait quelques restrictions pour éviter qu'ils aient trop "d'argent de poche" pour leurs vacances. Les vacanciers hongrois passaient un marché avec les employées des auberges afin qu'elles leur gardent les journaux d'Europe de l'Ouest qui devaient être jetés. Certains Hongrois vivaient mieux avant la chute du Rideau de Fer car ils vendaient des produits allemands en Hongrie et exportaient en Allemagne des pulls de modèles norvégiens, fabriqués en Hongrie.

L'année de la chute du Rideau de Fer est aussi celle d'un événement encore plus important pour les Hongrois : la révolution contre la dictature du Ceausescu (du 23 au 25 décembre 1989). C'était un enjeu important pour notre pays car la Transylvanie a fait partie de l'empire Austro-hongrois jusqu'à sa désintégration en 1918. C'est pour cela que beaucoup d'Hongrois ont toujours un fort sentiment envers cette région. La Roumanie a été le seul pays derrière le Rideau de Fer où la transition entre les deux régimes fut violente et où les anciens dirigeants communistes furent exécutés.  Beaucoup de gens, dont des amis de lycée de ma mère, sont allés en Roumanie pour relater la situation grâce à une chaîne de télévision alternative appelée la Boite Noire. C'était dangereux car ils étaient au courant que les membres de la Sécurité Roumaine tiraient sur les révolutionnaires. A ce moment-là presque tous les soldats russes avaient quittés la Hongrie même si nous pouvions toujours trouver des traces de leur présence un peu partout. C'est comme cela que la ville fantôme de Szentkirályszabadja s'est formée. Les soldats russes et ukrainiens vivaient dans des lotissements vides construits dans les années 60 et 70.

Avant il y avait une garderie, une école primaire, un lycée, un gymnase, un théâtre, un cinéma et plein d'autres endroits où vivre, mais après 1989, les soldats et leurs familles ont quitté la ville pour retourner dans leurs pays. En 1990 les bâtiments étaient presque vides. Peu après les cambriolages ont commencé. Aujourd'hui Szentkirályszabadja n'est qu'une ville morte en ruine avec des bâtiments sinistres que les adolescents et les curieux visitent en espérant quelques expériences excitantes.

Derrière le Rideau : 25 ans d'ouverture des frontières.

Il y a 25 ans le Rideau de Fer tombait. Il y a 10 ans, 10 anciens pays communistes ont rejoint l'Union Européenne. Mais que sait-on  réellement sur nos voisins de l'autre côté de la frontière?  Envoyez vos témoignages à berlin(at)cafebabel.com pour faire parti de notre équipe ou de nos reporters !