Transgression et art de rue : le graffiti, du tag à l'art contemporain

Article publié le 24 novembre 2009
Article publié le 24 novembre 2009
Jusqu'au 29 novembre avait lieu à la Fondation Cartier, à Paris, une exposition peu commune. Son objet : mettre en scène le Street art, et notamment l'une de ses manifestations les moins évidentes à reproduire dans l'enceinte d'un lieu d'exposition : le graffiti.

Par Audrey Morel

« Né dans la rue – Graffiti » se proposait ainsi de mettre en lumière l'extraordinaire vitalité d'un mouvement artistique né dans les rues de New-York au début des années 1970, devenu rapidement un phénomène mondial.

Forme d'art omniprésente et en perpétuelle évolution, englobant aujourd'hui quantité d'idées, de techniques et de courants différents, le graffiti témoigne du dynamisme de la création artistique dans des milieux où on le regarde comme mode d'expression transgressif avant tout. C'est cette vision qui en fait de l'art : poser sa trace, son « blaze » sur tous les supports disponibles, du wagon de train aux murs des squats, en passant par tous les grands murs vides de sens que peut comporter une ville, partout dans le monde...

Et c'est ce phénomène que la Fondation Cartier a cherché à représenter, au travers de ses murs extérieurs, d'abord, entièrement mis à la disposition des graffeurs : sur la façade du bâtiment, ainsi, un gigantesque chrome de plusieurs mètres de hauteur attire le regard et pose question. À l'intérieur, ensuite, où le visiteur découvre toute l'histoire du mouvement, du tag posé dans les années 1970 dans le Bronx à la nouvelle génération d'artistes comme JonOne, West, Ghost, Wane, en passant par l'émergence du hip-hop et du break dance.

D'aucuns s'interrogent sur la pertinence de l'exposition : comment représenter dans un cadre prédéfini une forme d'art qui ne peut trouver son sens que réalisé dans l'urgence, dans la rue ? Une partie de l'exposition, où les visiteurs, parmi lesquels, évidemment, on trouve de nombreux amateurs du genre, permet de répondre à cette question. Un couloir et les sanitaires sont laissés aux mains des graffiteurs, qui, sous l'œil de la caméra de surveillance, peuvent laisser une trace de leur passage. On trouve des noms venus de toutes les villes de France, et même du monde entier... Maigre reflet, cependant du grand frisson que ressentent les graffeurs qui, dans les rues, risquent leur vie pour poser leurs graffs. En témoigne les récits de jeunes qui ont vu leurs potes disparaître sous un train ou chuter du haut d'un immeuble en pleine réalisation d'une peinture.

Glauque, diront certains... C'est un élément clé du graff : on le trouve dans les lieux peu réjouissants : entrepôts, banlieues et ruelles sombres... C'est aussi ce qui fait son charme : celui qui sort de l'exposition ne prendra plus jamais le train en trouvant déprimants les alentours de la gare : ils recèlent l'une des formes les plus représentatives de l'art contemporain.

© Photos personnelles