Trans-Love Energies : Death in Vegas, sept ans après

Article publié le 4 octobre 2011
Article publié le 4 octobre 2011
Les fans de Death in Vegas auront attendu le nouvel album pendant sept longues années: Richard Fearless était parti à New-York étudier la photographie, on avait perdu la trace du groupe. Finie la collaboration avec Tim Holmes, Richard se réapproprie sa créature : c’est lui qui est au mixage, lui aussi qui pose sa voix sur les mélodies éthérées de Trans-Love Energies. Welcome back.

Les salles de concerts annoncent encore le groupe avec une vieille photo où ils apparaissent tous les deux : Richard Fearless et Tim Holmes, l’ancien ingénieur son du groupe. Ce nom devenu mythique, Death in Vegas, est d’ailleurs associé à la musique qu’ils ont contribuée à créer, considérée par beaucoup comme historique : dans les années 1990, ils sont les premiers à fusionner musique électronique, dub, rock, psychédélique, soul et expérimentale, ce sont eux qui recrutent Liam Gallagher pour le mariage du siècle entre rock et électro : Scorpio Rising.

Mais Richard Fearless, de son vrai nom Maguire, est désormais seul et n’a besoin de personne, sinon de son groupe de jeunes mitrailleurs de guitares et de synthétiseurs. Pas besoin non plus d’interprète. Sur Trans-Love Energies seule Katie Stelmanis, chanteuse d’Austra, le rejoint sur deux titres. « Cet album est le mien en tout et pour tout, je me suis amélioré dans le mixage, il est le fruit d’une longue réflexion, l’écriture des textes y est plus complète. »

Londres-New York aller-retour

En 2004, lors de la tournée de Satan’s Circus (quatrième album du groupe, ndlr), Fearless est affecté par le décès du tourneur, il fait alors ses valises et déménage à New-York. Il étudie la photographie à l’université, s’inspire de Joel Meyerowitz, William Eggleston, Larry Clark. Il joue et chante dans un groupe de rock, Black Acid, mais surtout, accumule de la matière pour Death in Vegas : « Deux autres albums sont déjà prêts. »

Le premier concert de Death in Vegas depuis la séparation du groupe, il y a 7 ans.

Ne vous attendez pas à une bombe comme les deux albums précédents car ils sont incomparables. Mais Trans-Love Energies (Drone Records) est plus cohérent, tel un morceau unique qui alterne entre atmosphères planantes et moments d’euphorie, instants d’angoisse et rires compulsifs. Un album clairement dance. « Le son est éthéré, nocturne, toxique même, par moment », explique Fearless, qui a fait son retour sur scène pour la première fois à Paris, lors de la première journée du Festival Rock en Seine. Le concert est une tempête de basses qui font trembler les jambes, la voix de Fearless est imperceptible, seuls les classiques comme « Hands around my throat » enflamment le public parisien. La version album est nettement meilleure, en attendant de les écouter dans une salle de concert. L’impression, très personnelle, est qu’il reste encore beaucoup de mécanismes à roder. Et justement, à Rock en Seine, on s’étonne de l’absence de la talentueuse Katie Stelmanis sur scène, pourtant présente à Paris avec son groupe. Fearless chante également pour limiter au maximum le travail de pré-production, durant lequel il enregistre la voix des interprètes.

Contaminations photographiques

Mais en salle de presse, la question est récurrente : à quand les nouvelles collaborations ? Pensez-vous à de nouveaux partenaires pour les prochains albums ? Richard le promet : « Je veux travailler avec des femmes. J’ai écrit un morceau pour Beyoncé, maintenant je veux l’impliquer dans le projet. » Plus d’amour et de sensualité donc, déjà bien présents sur Trans-Love Energies, sur des titres comme « Your loft my acid » et « Witch Dance ». L’album démarre avec « Silver Time machine », une élégie dédiée aux rock stars du paradis. En réalité, la puissance musicale va crescendo, « it grows on you », dit Fearless. Ce n’est jamais soudain ni violent ni « in your face ». Soit des atmosphères capturées dans les montagnes Catskills, autour de New York, ou dans le désert de Kalahari, en Afrique du Sud, près de l’endroit où a grandi Maguire. « L’inspiration n’est pas que musicale », confirme Fearless. Pour transposer la photographie en musique, voyager est utile, tout comme changer de studio d’enregistrement : l’album a été conçu entre New-York, le Michigan et Londres. Le prochain studio ? « En Andalousie, pour faire des morceaux dance. »

Photo © Nicolas Joubard/Rock-en-Seine