Tout se passe dans le métro

Article publié le 30 mars 2008
Publié par la communauté
Article publié le 30 mars 2008
Dans une ville de presque 3,5 millions d’habitants, l’amour s’épanoui de manières très différentes que nous suivons ici à la trace. Vous avez découvert un aspect sexy de Berlin? Alors faites le nous partager. par Sergio Marx Elle est là, assise juste en face de moi.
Ses cheveux blonds noués derrière la tête font ressortir les traits de son clair visage alors qu'un soupçon de rouge donne à ses lèvres la couleur d'un fruit désirable. Jambes croisées, air distrait, on échange un court sourire. Toute son allure m'attire. Je voudrais l'aborder, lancer la discussion, je réfléchis, prends mon courage à deux mains quand tout à coup : « Alexanderplatz, terminus, tout le monde descend ! ». La voilà qui soudain se lève, sort de la rame et se fait emporter par une foule compacte et hostile. Je tente de la suivre, trop tard, elle a déjà disparu. Mon extase fut donc de courte durée. Tant pis ! Continuons le train-train quotidien, je devais aller où déjà ? Ah oui, la fac !

Vorher-Nachher: So soll es mit dem Nachbarn klappen. Grafik: BVG

Mais que cela ne tienne ! Pour remédier à ces tristes rencontres manquées, la BVG (la compagnie de transports publics berlinoise) mène une campagne juste et noble. Qui l'eût cru? Sur son austère site web de service public cette compagnie propose le service 'Augenblicke'. Vous avez vu la femme de votre vie sur la ligne U5 ? Un homme irrésistible sur le quai à Potsdamer Platz ? Laissez lui un petit message sur le site, il ou elle se reconnaîtra peut-être et ... qui sait ?

En plus du site, la BVG a aussi posé quelques affiches dans les rames de son réseau. Elles représentent deux jeunes gens assis l'un près de l'autre, la légende varie d'un 'Je n'ai pas osé' à un simple 'Je suis là' et laisse entrevoir un déroulement heureux : sur l'affiche les deux jeunes finissent par boire un verre ensemble voire par s'embrasser fougueusement. Ne vous inquiétez pas, loin de moi l'idée de soutenir une campagne détournant la jeunesse du droit chemin et des bonnes mœurs : ces affiches n'ont pas que les jeunes pour cible, elles mettent aussi en scène des personnes plus âgées qu'elles encouragent à échanger quelques mots. Un peu de convivialité dans les transports en commun ne peut pas faire de mal.

Nous voulons de la proximité

Et c'est bien là un paradoxe de notre société, on a toutes les facilités pour entrer en contact avec quelqu'un à l'autre bout du monde depuis qu'internet et le téléphone portable se sont généralisés mais il nous est toujours aussi difficile d'avoir une sensation de proximité avec ceux qui nous entourent. Les voisins se parlent de moins en moins et on ne connaît plus l'épicière depuis qu'elle change tous les six mois. Par contre, on surfe de plus en plus sur meetic pour y trouver l'âme sœur. (Cafebabel en parle d'ailleurs ici (link:http://www.cafebabel.com/fr/article.asp?T=T&Id=6007)).

Il nous reste donc une sensation de manque d'échange avec son prochain et la BVG essaye d'y remédier par ses affiches : allez-y, tapez la causette ! Selon la compagnie, le site internet atteint des résultats remarquables : depuis le début de l’initiative lors de la Saint Valentin 2007, le site a reçu 1,4 million de visites. On ne sait malheureusement pas combien de couples se sont ensuite formés. « Nous avons demandé à plusieurs reprises aux couples de se manifester, malheureusement sans succès » déclare un représentant de la BVG.

Mais ces chiffres ont déjà de quoi faire taire ceux qui ne voient dans leur voisin qu'une vulgaire sardine de plus dans la boîte de conserve ambulante. On continue à vouloir se rencontrer dans la vie de tous les jours, mais les circonstances ne le permettent pas toujours. Le charme de cette initiative réside donc bien là : rester dans l'air du temps en utilisant les nouvelles technologies mais les transposer à l'image romantique du métro, à ces couloirs que l’on parcourt tel un labyrinthe, à ces stations silencieuses où le temps se perd, à ces rames qui nous emportent et où parfois les regards se croisent...

Oui, bon, c'est pas tout ça, mais je crois que ma blonde reste introuvable!