"Tout ce que vous avez toujours voulu faire en matière d'immigration ...

Article publié le 20 décembre 2015
Article publié le 20 décembre 2015

... mais que vous n'avez pas été capables de mettre en place". Beaucoup de bonnes intentions, quelques bons mots, mais pas d'actes concrets au sujet de la migration lors du dernier Conseil Européen. Pour le moment en tout cas.

Puisse Woody Allen pardonner nos péchés, sa célèbre maxime était absolument nécessaire. Le Conseil Européen aurait pu être une bonne occasion pour impulser quelque chose de plus qu’un simple rappel du besoin absolu d’intervention précise et concrète à propos des migrations ; mais les choses n’ont pas été si simples.

C’était clair dès le début, depuis les première heures de jeudi, lorsque le porte-parole Preben Aamann déclara : « Pas de décision juridique ce soir, seulement des décisions politiques » en parcourant les couloirs. Un message qui aurait pu aisément être interprété comme ceci : « Le consensus n’est pas suffisant pour prendre une décision convenable et contraignante pour tous ». Dès lors, pouvons-nous dire que ce conseil fut pure perte de temps ? Peut-être pas.

Tout le monde semble s’accorder sur le fait que l’immigration est une problématique qui pourrait s’avérer fatale à l’existence même de l’Espace Schengen ; ainsi, elle ne peut plus être repoussée. C’est aussi le constat qu’en a fait le président du Conseil, Donald Tusk : « Tous les dirigeants se sont mis d’accord pour protéger Schengen ». Mais si tout le monde est d’accord, pourquoi la quête d’un accord semble si difficile ?

Des gardes ou une répartition ?

La pomme de discorde est principalement défendue par la Chancelière allemande Angela Merkel et le Président français François Hollande ; elle consiste en la proposition d'une création d’un corps communautaire de garde-côtes, dans le but de protéger et de garder les frontières extérieures de la zone Schengen.

Cependant, il se peut que cette idée apparaisse comme une tentative à peine voilée d’acquérir plus de contrôle sur les pays qui connaissent un flux particulièrement important de migrants et qui sont souvent accusés de négligence et d’inefficacité dans la collecte de l’identité comme des demandes d’asile des migrants, comme la Grèce et l’Italie. En d’autres mots, une cession concrète de souveraineté des Etats concernés.

Celui qui s’en rend le plus compte est certainement le Premier Ministre italien Matteo Renzi, qui a déclaré à plusieurs reprises durant le Conseil qu’il pourrait considérer un tel accord si et seulement si l’engagement des pays de l’Europe du Nord était plus concrets en matière de répartition des migrants arrivant sur les rives méditerranéennes. 

En effet, selon M. Renzi, la décision de la Commission Européenne de lancer une procédure contre l’Italie pour ne pas avoir enregistré ou identifié 35 000 migrants entre juillet et novembre est « surréaliste ». Il demande principalement plus de coopération au niveau européen, en reconnaissant le rôle qui incombe à l’Italie en matière de gestion de crise. Les statistiques semblent être de son côté ; alors que selon lui l’Italie aurait respecté 50% de ses engagements de l’été sur la création de ‘hotspots’, les pourcentages de répartition et de renvois de migrants seraient plus que décourageants : seulement 0,2 et 0%.

La position de M. Renzi à propos du rôle de l’UE est sans appel : « L’Italie fait sa part du boulot, pas l’Europe ».

La réponse à cette déclaration est venue du Président français Hollande qui a déclaré : « Il y a un besoin urgent de mettre en place ce qui a été décidé, de protéger les frontières, et nous respecterons notre engagement sur la prise en charge de réfugiés et leur répartition ». Même son de cloche chez la Chancelière allemande qui soutient en premier lieu la nécessité d’un corps de garde-côtes commun pour protéger la zone Schengen, et ensuite appelle à l’accélération de la répartition et des renvois. Des positions antithétiques, en apparence tout du moins, en matière de timing des mesures à mettre en place, mais M. Renzi semble préférer la philosophie « no ticky, no washy » (sans accord préalable clair et détaillé, pas d’action possible) aux promesses vagues et incertaines.

« Stronger is better ».

En matière d’immigration, la position de Viktor Orbán n’est pas surprenante non plus. Le Premier Ministre hongrois a déclaré ne pas voir l’intervention en faveur de la protection des frontières européennes comme une invasion de souveraineté, mais plus comme une main tendue pour ces pays qui ne sont pas capables de tenir leur engagement sur l’immigration et la protection des frontières extérieures. Une protection qui n’a pas été efficace jusqu’à présent, et qui n’a aucune chance de l’être en vertu des accords actuels, a déclaré Orbán.

Mais il y a plus. Selon Orbán, la création d’une « deuxième ligne de défense » à la frontière de la Macédoine et de la Bulgarie avec la Grèce devrait être considérée.

Interrogé par Cafébabel, il a également souligné que la question de la répartition n’est définitivement pas liée à la création d’un corps commun de garde-côtes : « Il n’y a pas de telles préconditions pour nous ».

Ce qui ressort de ce Conseil Européen au sujet des migrants est d’une certaine manière positif, au moins sur le plan des intentions. Mais la musique change lorsque les actions concrètes sont évoquées. Il semble que le contrat soit prêt, mais sans les clauses cruciales qui font que tout le monde repartira chez soi, satisfait. La position du Premier Ministre italien Renzi est compréhensible, sous un certain angle, mais pressurer sur la répartition sans chercher de compromis pourrait irriter les pays d’Europe du Nord tels que l’Allemagne, qui s’oppose déjà à l’Italie sur certaines problématiques monétaires.

Sans oublier de mentionner le cas du premier Ministre grec Tsipras, qui a vu un nombre écrasant de 700 000 migrants arriver au cours des 6 derniers mois, mais n’a pas eu les mêmes exigences avec la même arrogance et obstination.

Alors, suivre la philosophie du « no ticky, no washy » ? Ou bien croire les promesses de la France et de l’Allemagne ? Il faudra attendre pour le savoir. Et les migrants n’auront qu’à revenir frapper à la porte du prochain Conseil Européen en février.