Tous unis contre la corruption

Article publié le 29 décembre 2014
Article publié le 29 décembre 2014

"Parlez de la mafia. Palez-en à la radio, à la télévision, dans les journaux, mais continuez d'en parler." P. Borsellino

Le 9 décembre 2014, journée internationale de la lutte contre la corruption, Bruxelles a fait honneur aux mots de Borsellino en se mobilisant contre le crime organisé.

À l'occasion de la journée internationale de la lutte contre la corruption,  le 9 décembre dernier, Libera Bruxelles a organisé un événement ouvert à tous les intéressés, sous le nom "International Anti-Corruption Day. Zero Corruption - 100% Development". Cet événement marque le premier anniversaire de l'ouverture de Libera à Bruxelles, où l'association s'était implantée en décembre 2013.

Parmi les personnes présentes à cette soirée se trouvait Don Luigi Ciotti, président et fondateur de Libera, venu à Bruxelles dans le cadre d'une conférence au Parlement européen pour présenter les priorités de l'Europe contre la corruption et le crime organisé.

La longue lutte contre le crime organisé

Suite à une brève présentation du travail et des objectifs de l'association Libera par l'un de ses membres, Don Ciotti a souligné l'importance et la nécessité d'une action commune pour vaincre le crime organisé. "La première fois que j'ai parlé de ce problème aux institutions bruxelloises, c'était il y a vingt ans,  lors d'une assemblée de la Commission européenne où l'on m'a imparti un temps de parole de sept minutes" a-t'il expliqué. Il avait terminé le discours en question en proposant à la Commission de prendre conscience du problème de la mafia, ce qui s'est ensuite traduit par un plan d'action au niveau européen. À l'époque, 96% des délégués présents considéraient qu'il s'agissait d'un problème propre à l'Italie, étant donné qu'il ne semblait pas y avoir de situations imputables au crime organisé dans les autres pays.

Aujourd'hui, vingt ans plus tard, vingt ans de contributions à Bruxelles sur les thèmes de l'illégalité, de la corruption et du blanchissement d'argent, ont amené, lentement mais toujours activement, à une prise de conscience de ces problèmes. L'Union Européenne a d'ailleurs reconnu que le problème de la mafia touche l'ensemble des pays d'Europe, en particulier dans le contexte actuel de crise économique, puisque des sommes importantes sont blanchies en Europe, et il est nécessaire d'en être averti et d'agir pour y mettre fin. Le Parlement européen, attentif à ce problème, a finalement approuvé une résolution prévoyant la confiscation des avoirs d'origine criminelle; cette résolution représente une avancée importante dans la lutte contre la mafia, même si, selon Don Ciotti, le plus gros reste à faire.

Unis contre la mafia

Le vrai problème qu'a ensuite pointé Ciotti, et l'aspect le plus dérangeant de cette affaire,  est le trop grand nombre de personnes qui sont témoins ce qu'il se passe, mais ne font rien pour y mettre fin. Pendant des siècles, on a parlé de Camorra, Ndrangheta, Cosa Nostra. En 1877, par exemple, un journal du diocèse de Palerme a publié un article dénonçant la présence de la mafia, en nommant directement les personnes impliquées, qui faisaient toutes parties de la haute société. De même, en 1900, Don Luigi Sturzo a décrit la mafia comme une force qui étend ses tentacules dans la justice, la police, l'administration et la politique, et qui "a un pied en Sicile mais agit également à Rome, pénètre dans les cabinets des ministères, les couloirs de Montecitorio, viole des secrets, soustrait des documents, force les hommes les plus honnêtes à perpétuer des actes violents et immoraux". Il a aussi prédit que ce phénomène ne se limiterait pas à Rome, mais franchirait les Alpes et finirait par se répandre dans toute l'Europe.

L'heure est venue de dire non à ce phénomène, et de joindre nos forces pour former une force politique, culturelle et sociale luttant contre la mafia. Comme l'a dit Don Ciotti, en parlant des coopératives et des associations créées avec les biens confisqués à la mafia, des volontaires qui dédient leur temps libre à faire en sorte que se diffuse une culture basée sur la légalité et la justice, et des multiples projets organisés par Libera : "Identifions les belles choses qui en émergent, soutenons-les et encourageons-les : c'est nous, tous ensemble, qui vaincrons."

Combattre la corruption à l'échelle nationale et européenne

Le discours passionné de Don Ciotti a été suivi par une table ronde sur le thème de "la lutte contre la corruption à l'échelle nationale et européenne", animée par le journaliste Méabh Mc Mahon (France24). Au début de la discussion, Libera et le Groupe Abel ont présenté la campagne Riparte il Futuro, dont l'objectif principal est d'engager une lutte indépendante de tout parti politique afin de combattre le crime organisé et la corruption avec de nouvelles méthodes. De nombreux députés représentant diverses tendances politiques ont rejoint cette campagne, qui a été récemment reconnue avec la formation d'un groupe contre la corruption et le crime organisé au Parlement européen - ce qui était l'un des objectifs présentés par Riparte il Futuro lors des élections européennes. Riparte il Futuro  compte également sur la mise en place d'une journée officielle de l'Europe, le 21 mars, pour commémorer les victimes de la mafia, car, comme l'ont rappelé maintes fois les partisans de Libera, il n'y a pas de futur sans mémoire. Une autre de leurs priorités est l'adoption d'une directive européenne visant à protéger les "Whistleblowers", ceux qui dénoncent les cas de corruption, et leur prêter assistance.

En luttant contre la corruption en Europe, il est bel et bien possible d'obtenir les résultats attendus. Cependant, comme l'a souligné Olivier Hoedeman (Observatoire de l'Europe industrielle), il est important de prendre les mesures nécessaires contre les formes légalisées de la corruption, comme le lobbying. L'Union Européenne a fait beaucoup de progrès dans la lutte contre la corruption, mais, selon Hoedeman, des lois plus strictes sont nécessaires et doivent être mises en œuvre en Europe.

Pour conclure la table ronde, Gudrun Van de Walle, professeur à l'Université de Gand, a présenté le problème sous un angle plus académique, en se focalisant principalement sur le crime organisé en Belgique. La présentation a permis de mettre en évidence les grandes similarités entre la Belgique et l'Italie sur le sujet, et de prouver que la mafia existe partout, et qu'aujourd'hui plus que jamais, nous n'avons pas d'excuse pour ne pas la combattre.

La soirée s'est terminée sur une note plaisante avec un assortiment de vins et de nourritures produits sur les terres confisquées à la mafia, accompagné par un concert du GAM « Groupe d'Action Musicale ».