Tous les Roumains ne sont pas des vampires, m. Cameron

Article publié le 11 janvier 2014
Article publié le 11 janvier 2014

La Grande-Bretagne, un empire qui a envahi d’autres îles, repousse dorénavant courageusement les immigrants hors de ses côtes. David Cameron a récemment adopté des lois visant directement les Bulgares et les Roumains qui ont inondé le marché du travail britannique. Et tente, au moins aux yeux du public, de les faire passer pour des vampires qui sucent les avantages des Britanniques.

Le men­songe le plus com­mun pro­pagé par les po­li­ti­ciens de droite re­vient à sou­li­gner le tort que causent les im­mi­grants à la so­ciété. Selon toute vrai­sem­blance, les im­mi­grants, ma­jo­ri­tai­re­ment clan­des­tins, prennent vos em­plois, peinent à s’in­té­grer et créent des ghet­tos où la vio­lence règne. La po­si­tion de David Ca­me­ron n’est pas ex­cep­tion­nelle – il s’ins­crit dans une longue li­gnée de di­ri­geants eu­ro­péens qui jouent sur le même dis­cours. Son gou­ver­ne­ment a hâ­ti­ve­ment fait pas­ser des lois qui em­pê­che­ront les chô­meurs clan­des­tins de per­ce­voir des al­lo­ca­tions s’ils vivent au Royaume-Uni de­puis moins de trois mois.

Le nou­veau rap­port an­nuel du Centre de Re­cherche en Éco­no­mie pré­voit que d’ici 2030, l’éco­no­mie bri­tan­nique aura dé­passé celle de l’Al­le­magne. Le rap­port sou­ligne ainsi, dans un jar­gon pé­nible, que : « [les pays aux] dé­mo­gra­phiques po­si­tives ac­com­pa­gnée d’une pour­suite de l’im­mi­gra­tion – et plu­tôt moins ex­po­sées aux pro­blèmes ren­con­trés par les autres éco­no­mies eu­ro­péennes de la zone euro – se com­binent avec les taxes re­la­ti­ve­ment basses des stan­dards eu­ro­péens pour [ainsi] en­cou­ra­ger une plus grande crois­sance que dans la plu­part des éco­no­mies oc­ci­den­tales ». Il s’agi­rait d’une amère sur­prise pour David Ca­me­ron et les autres po­pu­listes que l’im­mi­gra­tion aide en réa­lité à bâtir une éco­no­mie plus forte au lieu de la saper, comme ils es­saient de nous le faire croire.

« Tout ce que je veux, c'est prendre votre ar­gent ! »

Le Pre­mier mi­nistre bri­tan­nique a ré­cem­ment admis que la non-ap­pli­ca­tion des contrôles de flux mi­gra­toires des nou­veaux États membres eu­ro­péens tels que la Po­logne, lors de son en­trée dans l'UE en 2004, a été une « grosse er­reur » pour le Royaume-Uni. De­puis le 1er jan­vier, le mar­ché du tra­vail eu­ro­péen est ou­vert aux Bul­gares et aux Rou­mains. Ca­me­ron craint que le scé­na­rio de 2004 ne se ré­pète, lors­qu’au lieu des 13 000 Po­lo­nais at­ten­dus, 250 000 d’entre eux sont ar­ri­vés en l’es­pace d’un an. La dif­fé­rence est qu’en 2004, la Grande-Bre­tagne était le seul pays de l’Union eu­ro­péenne à ou­vrir ses fron­tières, alors que la nou­velle vague de mi­grants peut se dis­per­ser dans toute l’Union eu­ro­péenne.

Ce que les conser­va­teurs bri­tan­niques ne veulent pas com­prendre (ou plu­tôt ce sur le­quel ils mentent cy­ni­que­ment) est que les im­mi­grants sont dé­sor­mais es­sen­tiels pour le ra­jeu­nis­se­ment de la so­ciété. En d’autres termes, l’im­mi­gra­tion est le mo­teur de l’éco­no­mie. Les Po­lo­naises sont plus en­clines à en­fan­ter au Royaume-Uni qu’en Po­logne. La mi­gra­tion est en fait da­van­tage un pro­blème pour la Po­logne que pour la Grande-Bre­tagne de­puis que le pays voit par­tir de fu­tures gé­né­ra­tions de ci­toyens pro­duc­tifs. Contrai­re­ment au dis­cours du gou­ver­ne­ment, très peu de Po­lo­nais vivent des al­lo­ca­tions, la ma­jo­rité d’entre eux ayant déjà un em­ploi – seule­ment 20 000 Po­lo­nais étaient au chô­mage en 2011. Entre 2001 et 2011, les im­mi­grants étaient 45% moins sus­cep­tibles de ré­cla­mer des al­lo­ca­tions que les ci­toyens bri­tan­niques « na­tifs » de Grande-Bre­tagne.

Ce n’est pas la pre­mière fois que la crise éco­no­mique et so­ciale fo­mente la xé­no­pho­bie. Les gou­ver­ne­ments bri­tan­niques ont tou­jours eu ten­dance à per­ce­voir la mon­tée du na­tio­na­lisme, et à créer un en­nemi en consé­quence. Cette fois, le cou­pe­ret est tombé sur les Bul­gares et les Rou­mains. Ils sont dé­peints comme une masse en­ra­gée lor­gnant avi­de­ment sur les al­lo­ca­tions bri­tan­niques. Avec un re­gard tourné vers les élec­tions de 2015, David Ca­me­ron res­sent la peur du peuple bri­tan­nique et lui a donc donné un objet. En bran­dis­sant des slo­gans po­pu­listes, il s’im­pose comme le seul po­li­ti­cien ca­pable de dé­fendre les Bri­tan­niques contre l’in­si­dieuse vague d’im­mi­grants. Cette ten­dance mer­veilleu­se­ment ma­chia­vé­lique est digne d’un po­li­ti­cien mais pas d’un vé­ri­table homme d’État. Ca­me­ron re­doute le Parti pour l’In­dé­pen­dance du Royaume-Uni (UKIP, ndlr) – la for­ma­tion eu­ros­cep­tique qui, pa­ra­doxa­le­ment, pos­sède de fortes chances de suc­cès lors des pro­chaines élec­tions par­le­men­taires, en mai. Les en­ne­mis aident à bâtir un sen­ti­ment d’iden­tité lors­qu’il n’y en a pas. Et les im­mi­grants sont par­faits pour le job. Mais le de­voir d’un di­ri­geant est d’at­té­nuer le trouble so­cial, pas de l’exa­gé­rer. 

Le Pre­mier mi­nistre bri­tan­nique suit les pas de Ni­co­las Sar­kozy. Afin de s’em­pa­rer des votes du Front Na­tio­nal, l'an­cien pré­sident fran­çais avait dé­cidé de « sévir » contre les Roms, cher­chant à at­ti­ser la peur et le res­sen­ti­ment en­vers cette com­mu­nauté mar­gi­na­li­sée, à grands coups d’ex­pul­sions pu­bliques. Que son des­tin sonne comme un aver­tis­se­ment pour Ca­me­ron. Nous de­vons ré­flé­chir à ce qu’est de­ve­nue l’Union eu­ro­péenne. Elle com­mence à res­sem­bler à toutes les va­leurs op­po­sées à celles des pères fon­da­teurs – la xé­no­pho­bie, la mé­fiance et le « cha­cun pour soi ». M. Ca­me­ron est le vi­sage de cette nou­velle UE.