« Tous contre tous » ou « L'union fait la force » ?

Article publié le 18 octobre 2004
Publié par la communauté
Article publié le 18 octobre 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L'UE et ses membres comptent parmi les plus importantes sources d'aide au développement international. Mais en pratique, il reste quelques petites différences entre l'UE et les 25.

La Commission européenne dispose d'un peu plus de 10% du budget mondial du développement. Si l’on y ajoute les moyens des Etats membres, l’UE totalise 55% des ressources de l’aide au développement mondiale. L’originalité de la politique communautaire réside dans le fait que si elle est menée par l’Union, elle s’élabore avec 25 Etats qui poursuivent eux-mêmes leur propre politique d’aide au développement. L’aide des Etats de l'UE se disperse sur plus de 100 pays de par le monde. Et l’efficacité sur le terrain est souvent secondaire par rapport aux avantages politiques et économiques que cette aide apporte aux pays donateurs. Pour les pays en voie de développement bénéficiaires, cette multitude de mini-projets est souvent désastreuse et ingérable par la bureaucratie.

En comparaison, l'aide multilatérale de l'UE semble plus vertueuse. Les ressources mises à disposition ne doivent pas être remboursées, ce qui diffère de la façon d'agir des pays membres. L'Union européenne contrôle de façon plus efficace la distribution des ressources et la mise en oeuvre des projets que les Etats membres. Si les instruments de la politique de développement de l'UE se sont dès le départ montrés innovants, ils n’ont pas toujours été efficaces. Mais ont permis des progrès conceptuels. Grâce à des programmes financiers comme STABEX ou SYSMIN, les pays de la zone ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique, qui regroupe la plupart des anciennes colonies) ont à leur dispositions des aides financières importantes à long terme lorsqu’ils sont mis en difficulté par la baisse de leurs recettes d'exportations. C’est pourquoi l’on attribue à l’UE une politique de développement d’ « avant-garde ».

Déficits structurels

Tout ce qui brille n'est pourtant pas de l'or. Il y a d’une part le problème du manque de coordination. Dans des pays cibles « attractifs », une multitude de bureaux ministériels des pays membres – qui communiquent peu entre eux – mènent une politique de soutien à l’aune des retombées et du « prestige » qu’ils peuvent en retirer plutôt que des priorités du pays. Et la concurrence qu’ils se livrent entraîne dilution et recoupement des projets. Ce qui pourrait être considéré comme inévitable dans un système de coopération en matière de développement international est inacceptable dans un bloc politique régional tel que l'UE.

D’autre part, plus grave encore que ce problème de cohérence, il y a l’absence de résultats concrets. Exemple : les initiatives d’aide au développement en faveur de l’efficacité des marchés agricoles sont contrecarrées par la politique protectionniste de l'UE ; il en va de même en ce qui concerne l'industrie de la pêche. La contradiction constante entre les compétences énormes et bien souvent exclusives que détient l’Union en matière de relations économiques extérieures (commerce et tarifs douaniers) et la politique extérieure qui est soumise à une logique intergouvernementale complique la lisibilité et l’efficacité des politiques de développement.

Des obstacles bureaucratiques

Un autre problème réside dans la répartition des compétences au sein de la Commission. Plusieurs directions générales traitent des objectifs de la politique de développement, à côté des « Relations extérieures » et du « Commerce », et sous le contrôle du Commissaire en charge de la politique du développement. La direction générale de ce dernier ne s’est jamais distinguée par son efficacité : elle n’a toujours pas affecté plusieurs milliards d’euros de son budget alors qu’à plusieurs endroits dans le monde, des projets en cours sont interrompus faut de moyens.

Bilan mitigé

Ces graves dysfonctionnements au sein de la direction générale du développement sont la source du désespoir de nombreux partenaires porteurs de projet dans le monde, et conduisent à dresser un bilan ambivalent. La politique de développement de l'UE a indéniablement permis de grandes améliorations au niveau politique. Il suffit de penser aux instruments horizontaux novateurs et à la conditionnalité de l’aide en fonction du respect par le projet ou par ses porteurs de critères en matière de droits de l’homme ou de démocratie. L'UE a bien démontré sa capacité à gérer une politique de développement. Dès lors, il est d’autant plus regrettable que se soit développé un déficit « maison », déficit de coordination et de cohérence. Reste à espérer maintenant que les promesses de la nouvelle Commission se concrétiseront dans les faits.