Titus Andronicus de Shakespeare au festival Fringe d'Édimbourg

Article publié le 12 août 2015
Article publié le 12 août 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Une production dynamique et viscérale de la plus violente pièce de Shakespeare, Titus Andronicus, est présentée au festival Fringe d'Édimbourg par la seule compagnie  de théâtre de Shakespeare entièrement féminine du Royaume-Uni, les Smooth Faced Gentlemen. Reportage.

Il s'agit d'une production dynamique, déjà présentée au festival Fringe en 2013, de la première tragédie du Barde, légèrement imparfaite, sur une musique de fond et des effets sonores utilisés avec parcimonie mais efficacité. Grâce à la dynamique pleine d'énergie, nous sommes immédiatement plongés dans le combat et les querelles intestines de la succession contestée à l'Empire Romain entre les frères Bassianus et Saturninus à la mort de leur père.  La position d'empereur est offerte au  général Titus Andronicus (Ariane barnes),  de retour après des années de guerre contre les Goths avec des prisonniers dont  la reine des Goths Tamora, ses deux fils et Aaron le Maure.

Titus est généreux et offre  la position à Saturninus, qui est à l'évidence vantard, égocentrique et provoque délibérément la pagaille. Pour commencer, il déclare Lavinia, la fille de titus, reine mais elle est déjà fiancée à Bassianus qui est furieux de cette proposition. Saturnius déclare alors Tamora, la reine des Goths vaincue, comme son impératrice, elle est apparemment heureuse de cette décision. Elle avait supplié  Titus de laisser en vie son fils aîné, Alarbus, mais il a dû être mis à mort selon la coutume.

 Aussi Saturninus est plus que satisfait de son choix,  qui le confronte à la duplicité et au complot puisque Tamora est déterminée à se venger, après sa vaine demande pour la vie de son fils devant tous les romains. À cause de cette humiliation, elle déteste tous les Romains ainsi que l'Empire. La pléthore de violence (avec des pinceaux/ des rouleaux comme poignards), les intentions contrastées et souvent confuses, les actions dans l'acte d'ouverture de la pièce ouvrent la voie à encore plus de carnage.

Des complots s'ensuivent entre Tamora et Aaron, son amant secret (interprété par Anita-Joy Uwajeh), et les fils querelleurs de Tamora, Chiron et Demetrius, tuent Bassianus et violent et défigurent Lavinia, la fille de Titus. Les fils de Titus sont accusés et condamnés à mort. Titus semble alors perdre la raison mais il finit par trouver les coupables du viol  et des tortures de Lavinia et tous les responsables sont punis.

L'énergie vivante et une émotion authentique m'ont conduite au bord des larmes par moment, mais aussi m'ont fait rire - oui, il y a aussi de l'humour! Le mouvement m'a particulièrement frappée, la chorégraphie présentant une souplesse et une beauté sensuelle comme dans la danse. La lumière, les mouvements assurés des pieds, accentuent l'horreur et la nature destructive des émotions humaines les plus sombres, créant des masques dramatiques, qui simultanément révèlent ou se détachent de l'action. J'ai noté l'utilisation intelligente de l'éclairage, le jeu des ombres et les performances remarquables de toutes les actrices.

L'action se situe à l'époque lointaine de l'Empire romain, mais viscéralement elle est dans le présent car on ne voit pas de toge sur scène et l'esthétisme de cette production est dominé par les anachronismes. La revanche, pourtant rejetée, dans les actes auto-destructeurs de l'humanité, est encore aujourd'hui d'actualité.

Si vous n'avez pas peur d'une bonne dose de sang (de peinture rouge) ni d'une foule de malheurs, je vous recommande cette production.

Titus Andronicus, de William Shakespeare, par les Smooth Faced Gentlemen (une production exclusivement féminine) au festival Fringe d'Édimbourg, Pleasance Dome, King Dome du 5 au 31 août (sauf les 13 et 20 août).

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