Titanic roumain : crise financière contre campagne électorale

Article publié le 29 novembre 2008
Article publié le 29 novembre 2008

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le gouvernement roumain veut sauver une économie chancelante. Mais dans le même temps, il cherche aussi à gagner des voix juste avant les élections législatives du 30 novembre. Le bateau coule et d’autres continuent à jouer du violon…

La crise financière a pointé son vilain nez aux Etats-Unis. L’Europe a regardé, curieuse et un peu inquiète, ce qui se passait de l’autre côté de l’Atlantique, et elle a attendu. A l’époque, à Bucarest, le président roumain, Traian Băsescu, expliquait avec la plus grande conviction : « La crise financière née aux Etats-Unis n’atteindra pas la Roumanie. » Après une rencontre avec le gouverneur de la Banque centrale de Bucarest, ce dernier l’aurait en effet assuré qu’il n’y avait aucune filiale de banques américaines sur le marché financier roumain, que le taux de croissance pour 2009 ne serait pas menacé et qu’il se situerait autour de 5 % à 7 % pour l’année à venir.

Roumanie, le calme et la tranquillité

(pixelconscious/flickr)Puis les premières banques européennes ont commencé à tomber. Les gouvernements ont tenté de sauver les instituts de finance à grands renforts d’argent. L’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et d’autres ont semblé se demander d’où tout cela venait. Bucarest est resté sans bouger, le danger se situant encore à quelque 2000 kilomètres. Ce n’est qu’en marge du sommet européen que le président et le premier ministre, Calin Popescu Tariceanu, ont reconnu que la crise financière épargnerait peut-être la Roumanie mais qu’une crise économique se profilait sans aucun doute à l’horizon, le premier signe en étant l’ajournement de l’investissement de l’entreprise Voestalpine en Roumanie.

Cependant qu’il apparaît de plus en plus clairement que la Roumanie va se trouver précipitée dans une crise économique, elle se voit directement confrontée au combat électoral. Alors que la corruption est le plus gros reproche que Bruxelles adresse aux hommes politiques roumains, le chef de l’Etat roumain choque en déclarant : « Nous devons la crise financière mondiale à la corruption. » Le premier ministre, lui, reste encore relativement tranquille.

Et du jour au lendemain, la crise

Et soudain, la crise est là. Le constructeur automobile Dacia, filiale roumaine du groupe Renault, arrête ses chaines de montage pendant six jours complets. Pour la première fois en 80 ans, le géant de l’acier Arcelor Mittal de Hunedoara arrête également de produire pour s’adapter à une demande qui baisse. Des milliers d’emplois sont menacés dans tout le pays. Les banques ne veulent plus consentir de crédits et si elles le font encore, c’est à des conditions de plus en plus impossibles.

Les hommes politiques roumains ne s’inquiètent toujours pas. Le président en appelle à tout l’appareil d’Etat pour réduire les dépenses. Dans les temps qui courent, il faut épargner. Pour le premier ministre, chef du gouvernement, Calin Popescu Tariceanu, l’économie roumaine peut être comparée au Titanic : elle est frappée mais, aux étages supérieurs, l’orchestre continue de jouer et tout le monde de danser.

Les parlementaires se réveillent alors. Ils pensent aux élections imminentes et veulent sauver l’économie. Les députés adoptent tout d’abord une augmentation de salaire de quasi 50 % pour le corps enseignant. Le premier ministre se déclarant désespéré, qualifie la loi de « suicide économique » et veut la bloquer par le biais d’une ordonnance gouvernementale. La vice-présidente du Bundestag, le Parlement allemand, Susanne Kastner (SPD), qualifie, elle, cette décision de populiste.

Dans l’intervalle, tous les syndicats roumains se déclarent en grève. Si les enseignants obtiennent une hausse de leurs salaires, eux aussi revendiquent davantage, et pourquoi pas 50 % comme les autres. La crise a apporté le chaos en Roumanie. Traian Băsescu profite immédiatement de l’occasion pour s’en prendre à son plus grand rival, le premier ministre Tariceanu. Il lui rétorque alors que l’Etat a assez d’argent pour les majorations de salaire des enseignants et que le gouvernement n’a qu’à répartir plus justement les deniers publics.

Juste un siège au Parlement

Après un jeu de passes passionnant entre le Parlement et la Cour constitutionnelle à propos de l’ordonnance gouvernementale, l’exécutif devrait concéder sa défaite. Les professeurs ne devraient recevoir que 28 % de majoration au maximum, et la même chose vaut pour les autres fonctionnaires. Compte tenu toutefois du fait que le premier ministre est lui-même candidat pour un poste de député, il s’est efforcé lui aussi de participer aux mesures démagogiques. Calin Popescu Tariceanu a annoncé que tout employeur qui embaucherait un chômeur percevrait de l’Etat une prime de 1000 euros par embauche. L’agriculture devrait recevoir davantage de subventions, en tout 250 millions d’euros. Le premier ministre organise ainsi pour le prochain gouvernement un budget que le Parlement n’a pas encore adopté.

Les élections parlementaires se dérouleront le 30 novembre. Pour la première fois, elles auront lieu au scrutin majoritaire. Ce ne sont d’ailleurs pas seulement les partis qui entrent en campagne électorale mais également d’innombrables candidats au poste de député. Que dans l’intervalle près de 30 000 personnes aient perdu leur travail ne semble inquiéter personne sur la haute scène politique. Le pronostic est sombre pour l’année à venir mais aucun homme politique ne cherche une sortie à la crise ; leur objectif immédiat est de conserver ou d’acquérir un siège au Parlement.