Theresa May : la Grande-Bretagne pour tous alors ?

Article publié le 21 juillet 2016
Article publié le 21 juillet 2016

Depuis peu, le rythme effréné de la vie politique au Royaume-Uni révèle des structures mises à mal par le tourbillon du changement post-référendum. Le paysage politique actuel en Grande-Bretagne est pour le moins nébuleux, mais le chaos semble s'apaiser peu à peu. À l'heure de la première réunion officielle du cabinet de Theresa May, que peut-on attendre de son nouveau gouvernement ?

Mercredi soir dernier, Theresa May a pris ses fonctions de première ministre du Royaume-Uni, et a prononcé devant le 10 Downing Street un discours imprégné de la notion de justice sociale. Le texte aurait pu être écrit par Jeremy Corbyn. Mais alors, qu'envisage-t-elle vraiment pour la Grande-Bretagne ?

Premier speech de Theresa May devant le 10 Downing Street.

May a pris pour cible « l'injustice grandissante » qui infiltre la société, et elle souhaite construire une Grande-Bretagne qui « oeuvre, non pas pour une minorité de privilégiés, mais pour chacun d'entre nous ».

Coucou la gauche radicale

Quelques heures avant qu'Andrea Leadsom - seule candidate encore en lice pour devenir chef du Parti conservateur - n'annonce son retrait de la compétition, May a exposé les grandes lignes de ses projets pour le pays dans le cas où elle serait nommée première ministre. 

Bien qu'elle ne se soit pas étendue sur les politiques globales, elle a mis en avant un programme qui vise particulièrement les « travailleurs ordinaires » du Royaume-Uni, une expression qui est revenue à plusieurs reprises dans son discours. Son insistance sur l'union nationale et sur le rassemblement de la population souligne son engagement pour un conservatisme one-nation au sein d'une Grande-Bretagne unie.

Elle s'est montrée critique du capitalisme de connivence, système dans lequel les bénéfices bruts des entreprises prévalent sur les intérêts des travailleurs, et a proposé de modérer les salaires du patronat et d'inclure les consommateurs et les travailleurs dans les conseils d'administration. Il s'agit là d'une idée de la gauche radicale, selon laquelle les employés devraient avoir leur mot à dire de façon démocratique, et donc s'exprimer par le vote sur l'organisation de l'entreprise pour laquelle ils travaillent. Quelles que soient les limites de cette vision des choses, elle a abordé une notion radicale qui n'est pas suffisamment soutenue par l'opposition. Cette idée est défendue par l'économiste américain Richard D. Wolff, qui a fondé l'organisation à but non-lucratif Democracy at Work.

En ce qui concerne l'évasion fiscale, May a laissé transparaître une conception favorable à un taux d'imposition élevé : les grandes entreprises ne produisent pas de gros bénéfices par leur dur labeur, elles sont largement aidées par les biens et services publics mis en place grâce aux impôts - les infrastructures nationales telles que les routes et réseaux de transport, que les gouvernements britanniques ont construit avec les fonds publics.

Bye bye l'écologie

May pourra mettre en oeuvre ses projets de conservatisme one-nation - afin d'améliorer les conditions de vie de ceux qui ont le plus subi l'austérité et les réductions d'impôts pour les riches, imposées par ses prédécesseurs. Elle le pourra si et seulement si le personnel politique en fonction partage sa vision du Royaume-Uni.

La nouvelle première ministre a complètement remanié le cabinet dans le cadre de son nouveau gouvernement. Les deux principales victimes sont George Osborne (l'ancien Chancelier de l'Échiquier) et Michael Gove (l'ancien secrétaire d'État à la Justice). Les deux hommes politiques avaient conservé une place de premier plan dans les précédents gouvernements de David Cameron.

Pourtant, trois controverses majeures viennent assombrir les nouvelles nominations faites par May.

Tout d'abord, le choix de Boris Johnson comme secrétaire d'État des Affaires étrangères - qui en a déconcerté plus d'un, compte tenu de sa propension à jouer au bouffon et du  déferlement d'insultes qu'il a proférées à l'encontre de dirigeants étrangers tels que Hillary Clinton et Recep Tayyip Erdoğan.

Ensuite, Jeremy Hunt a conservé son poste de secrétaire d'État à la Santé. Après l'échec des négociations entre Hunt et l'Association des Médecins Britanniques sur la mise en place de nouveaux contrats pour les médecins internes - ce qui aurait eu pour effet d'augmenter les effectifs - Hunt a fait passer en force son projet de loi, déclenchant ainsi la première grève générale de toute l'histoire de la sécurité sociale britannique. La démonstration de pouvoir de Hunt a créé un fossé entre le gouvernement et les employés de la NHS (sécurité sociale, ndlr).

Enfin, l'une des premières décisions prises par May a été d'abolir le département de l'Énergie et du Changement climatique - qui fut de courte durée - créé sous le gouvernement travailliste en 2008, pour le fusionner avec un autre au sein du département des Affaires, de l'Énergie et de Stratégie industrielle. Il est probable que son abolition ait pour conséquence une certaine négligence des stratégies indispensables pour réduire l'impact du réchauffement climatique.

La première réunion officielle du nouveau cabinet vient d'avoir lieu, mais seul le temps nous dira si la justice sociale sera véritablement au centre des préoccupations du nouveau gouvernement de May.

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Cet article a été rédigé par notre équipe locale de cafébabel Aarhus. Toute appellation d'origine contrôlée