Theresa May fait exactement la même chose que Cameron

Article publié le 28 octobre 2016
Article publié le 28 octobre 2016

Quand elle a remplacé David Cameron au 10 Downing Street, elle s'est moquée de son prédécesseur en critiquant sa politique. Avec aplomb, Theresa May a affirmé qu'elle ferait les choses différemment. Mais après 4 mois passés au sommet de l'État, il apparaît désormais que les deux Tories sont exactement fait du même bois. 

Lorsque Theresa May s'est installée au 10, Downing Street, succédant à David Cameron, elle prônait la rupture. 108 jours après son investiture, je ne vois pas vraiment la différence. Les deux ont laissé une minorité de leur parti fixer leur agenda politique. À leur place. Quand les députés se sont rebellés contre Cameron à propos de l'Union européenne, ce dernier a accepté l'idée d'un référendum dans lequel il n'a jamais cru. Mais qui lui a coûté son poste. 

Les actualités de la semaine montrent que May ne fait pas mieux. L'enregistrement d'un de ses discours tenu à la Goldman Sachs a récemment refait surface. Un discours dans lequel ses vrais sentiments à l'endroit du Brexit - avant le référendum - ont été révélés. Alors Secrétaire d'État à l'Intérieur, May indique vouloir que la Grande-Bretagne joue un rôle moteur en Europe, et craindre qu'un Brexit pousse les entreprises à quitter le pays. 

Ce n'est pourtant pas ce qu'elle a laissé paraître, lors du discours donné à l'occasion du Congrès du Parti conservateur, en septembrer dernier. La première ministre avait alors soutenu un « Brexit dur » (hard Brexit en VO, ndlr) - rompant presque tout lien avec le marché unique européen. Pourquoi ce revirement soudain ? May a-t-elle changé d'avis sur le Brexit ? J'en doute. Il est plus probable que May ait changé de discours pour convenir à la minorité encombrante et eurosceptique - les fameux Leavers -  du Parti conservateur. Autrement dit, elle ne montre aucun leadership sur la route qui mène au Brexit. 

La comparaison avec Cameron ne s'arrête pas à l'incapacité de guider convenablement le parti des Tories. Autre exemple : la diplomatie de Cameron ne l'a mené nulle part. Réprimander publiquement des personnalités majeures de la politique européenne ne l'a pas vraiment aidé, non plus, à atteindre ses objectifs. Jusqu'ici, la rhétorique de sa successeur envers l'UE n'a pas été plus amicale. À l'inverse, elle a été encore moins productive au regard des récentes négociations sur le Brexit. 

L'hostilité envers leurs partenaires européens les a toujours conduits à prendre de la distance. Les propos « musclés » de Cameron ne lui ont jamais donné le poids nécessaire dans les grands rendez-vous européens. Même si l'UE a besoin de la Grande-Bretagne, le Brexit a pourtant montré que la politique pouvait prendre le dessus sur l'économie. Angela Merkel, elle, n'a pas hésité à secouer l'économie allemande pour se permettre de faire une déclaration ferme envers la Russie.

Quoiqu'il en soit, il est évident que les négociations sur le Brexit ne vont pas être aisées. C'est pourquoi, le dirigeant de l'Association des Banquiers Britanniques, Anthony Browne, a décidé de s'exprimer dans The ObserverCraignant que l'UE prive les entreprises installées au Royaume-Uni de leur « passeport unique » (la libre circulation des services dans l'Union européenne), il a signalé que les banques n'attendraient pas que l'incertitude se dissipe. « Les banques espèrent le mieux mais sont obligées de prévoir le pire », écrit-il. « Elles sont à deux doigts d'opter pour la délocalisation. Beaucoup de petites banques prévoient d'organiser leur départ avant Noël. On s'attend à ce que de plus grandes banques organisent le leur dans le premier trimestre de l'année prochaine. »

La Grande-Bretagne dépend trop largement de la City, la grande place financière de Londres. Il ne fait aucun doute que l'économie britannique a besoin d'être plus équilibrée, mais c'est un défi à long terme. La vérité, c'est que la finance se trouve être l'industrie la plus importante de Grande-Bretagne. Perdre un gros fragment d'un secteur si intégré est évidemment une mauvaise nouvelle.

Comment May a-t-elle riposté à la menace de délocalisation des principales banques du pays ? En tombant dans le même piège tendu à David Cameron en début d'année. Quand la HSBC a menacé de partir, le gouvernement Cameron s'est mobilisé pour négocier un deal et la convaincre de rester à Londres. Le gouvernement a accepté d'assouplir la régulation bancaire, sans ne rien recevoir d'autre en retour que le maintien d'une entreprise déja installée au Royaume-Uni. Super !

Cette politique, que continue de poursuivre Theresa May, nous promet le même destin que celui du mandat de Cameron, à savoir prendre un désir malsain à contenter les grandes entreprises. À preuve, la première ministre cherche encore à diminuer de moitié l'impôt sur les sociétés pour garder les entreprises qui souhaitent investir au Royaume-Uni. Il est très inquiétant de constater qu'avant même que les négociations sur le Brexit aient débuté, le gouvernement anglais soit déja en train de préparer ce type d'avantages en faveur des entreprises. Après tout, le ministre des Finances de Cameron, George Osborne a déja réduit le taux d'impôt sur les sociétés de 28% à 20%. 

On cite souvent l'Irlande pour juger du succès de cette politique. C'est vrai, réduire les taux d'impôts a fait des merveilles dans ce pays. De nombreuses entreprises étrangères (Facebook et consorts) se sont implantées à Dublin justement pour profiter de cette environnement fiscal. 

C'est justement ce qui a poussé le gouverment britannique a envisager la « stratégie irlandaise ». Mais ça ne marchera pas. Réduire de moitié le taux d'imposition sur les sociétés est le plan B du gouvernement car même en cas de Brexit - et donc d'exclusion du Royaume-Uni du marché unique - la tactique permettrait quand même d'attirer les entreprises étrangères.

Mais il y a une faille énorme dans ce raisonnement. Si la Grande-Bretagne devait être exclue du marché unique, les entreprises ne viendraient pas. Une imposition à 10% ne bénéficierait qu'aux grandes entreprises. Cela ne ferait que conduire à une explosion des sociétés dites « boîtes-aux-lettres », qui ne paient que peu d'impôts, ne contribuent qu'à peine au Trésor Public et ne créent aucun emploi. 

Devenir un paradis fiscal ne permettra pas de reprendre les choses en main. Bien au contraire. Cela va surtout corrompre la société, en donnant plus de droits spécifiques aux grandes entreprises. De plus, la perte de revenus devra bien être compensée par autre chose, très certainement aux dépens des citoyens britanniques. Les cadeaux d'Osborne aux entreprises ont été financés par des coupes budgétaires dans le service public. Il n'est pas difficile de deviner où Theresa May ira chercher l'argent pour financer de nouvelles baisses d'imposition. Devenir un paradis fiscal pour les entreprises coûte cher. Encore une fois, ce sont les citoyens qui règleront l'addition. 

Un « Brexit dur » transformerait la Grande-Bretagne en « paradis fiscal offshore géant, avec des salaires à prix cassés et la fin du service public », selon les termes du Chancelier de l'opposition John McDonnell. En d'autres termes, la Grande-Bretagne deviendrait un nirvana néo-libéral. 

Theresa May est faite de la même étoffe que David Cameron. Cela n'est pas vraiment surprenant si l'on se souvient du rôle central qu'elle a joué dans le gouvernement de Cameron, en tant que Secrétaire d'État à l'Intérieur. Un grand changement de politique était très peu probable. 

Ce qui est remarquable, c'est que May imite aussi le style de Cameron. Elle préfère suivre la minorité de son parti, plutôt que mener une politique correspondant à ses idées. Cette stratégie n'a pas souri à David Cameron. Il n'y a aucune raison qu'elle fonctionne pour Theresa May.