TheGiornalisti : "Commençons à être sincères"

Article publié le 2 novembre 2015
Article publié le 2 novembre 2015

Après Vol.1 (2011, Bombica) et Vecchio (2012, Bombica), avec leur nouvel album FuoriCampo (2014, Foolica) TheGiornalisti s'impose comme un groupe de référence dans le paysage de l'alternatif italien. Cafébabel Turin les a rencontrés dans les coulisses du CAP10100 deux heures avant leur concert.

Dites TheGiornalisti et l'on pense immédiatement au son des années 1980. Tommaso Paradiso, meneur et guitariste du groupe, réfute : "Le but n'est pas de créer un son des années 1980, 1990, ou 2000, mais d'écrire de belles chansons". Cannette de bière à la main, cardigan et bomber sur les épaules, Tommaso erre comme un électron instable dans les coulisses du CAP10100 à Turin.

Sous son regard, Marco Primavera, Marco Antonio Musella et Gabriele Blandamura (respectivement batteur, guitariste et bassiste) sont assis sur le canapé, face au magnétophone. Pendant qu'ils répondent aux questions, Tommaso se perd de temps à autre dans ses pensées, il médite, cherche le mot juste pour finalement mettre les points sur les i. En fait, quand on écoute leur nouvel album Fuori Campo, difficile de ne pas percevoir des accents des années 1980 : une allégresse de synthé et de clavier avec les guitares qui, pour une fois au moins, ne jouent pas les premiers rôles sur scène. Marco Antonio, agacé, fait son autocritique : "Dans Vol.1 et Vecchio nous nous étions "emprisonnés" dans le riff et les arrangements pénibles qui souvent couvraient la chanson au lieu de l'exalter : il y a eu une évolution de notre son".

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L'éternel retour

Plus qu'une évolution, l'historique musical de ce groupe originaire du centre de Rome, semble être un éternel retour nietzschéen. "Je me souviens des chansons de Battisti partout, quand j'allais en vacances avec mon père près du Mont Terminillo" raconte Marco. Tommaso ajoute avoir été élevé au "pain et à la chanson italienne", de Claudio Baglioni à Lucio Dalla, en passant pas Antonello Venditti. Marco Antonio se souvient de son premier contact avec la musique, le piano : "J'essayais de jouer les musiques de Disney". Puis le changement de route au lycée pendant lequel, comme se rappelle Tommaso, ne pensait uniquement à "jouer du Oasis".

Ce sont les années pendant lesquelles les membres de TheGiornalisti se connaissent déjà mais jouent dans des groupes différents. "À un moment on en a eu marre de faire tout le temps les mêmes choses. On était tous attachés à une façon de faire qu'on héritait de notre adolescence. On avait besoin d'y mettre un point et de repartir de zéro" explique Marco Antonio. Du reste, "c'est toujours une question de stimulation" ajoute Tommaso. Voilà comment arrivent Vol.1 (2011, Boombica) et Vecchio (2012, Boombica) avec lesquels TheGiornalisti s'insère de plein pieds dans le flux indie chanté en italien. Ou en fait, peut-être pas du tout.

TheGiornalisti Promiscuità (Fuoricampo, 2014)

Que des interprètes

Indie ? "Le terme ne nous plaît pas". Alternatif ?"C'est uniquement une question de débouchés sur le marché". Mainstream"Peut-être". La pensée musicale estampillée TheGiornalisti pourrait se résumer ainsi. "Tous les groupes alternative voudraient être mainstream, nous inclus" affirme Marco. Effectivement, il n'y a pas de valeur intrinsèque à être mainstream. "Il faut commencer à être un peu plus sincères hein..." le reprend soudain Tommaso. 

Puis, Tommaso justement, cherche à mieux expliquer ce qui pourrait à première vue être perçue comme une réplique arrogante : "Les concours de chansons à la télé ont tout détruit.  Aujourd'hui la stratégie pour vendre un disque n'est plus de d'aller chercher un artiste mais de construire le chouchou du plublic avant même qu'il ait créé quelque chose. Les artistes mainstream aujourd'hui ne sont rien d'autre que des interprètes, et nous ne parlons évidemment pas de Mina... C'est justement pour cela que de la même façon que Brunori Sas, Dente, i FASK et beaucoup d'autres, nous nous considérons comme faisant partie d'un mouvement vaste que mise sur le retour de l'auteur-compositeur-interprète. Mais pour le réaliser on ne peut pas compter sur la grande distribution".

TheGiornalisti Proteggi questo tuo ragazzo (Fuoricampo, 2014)

Italianité

S'il existe un vrai mouvement d'auteur-compositeur-interprète alternatif, on le doit beaucoup à l'emploi de la langue italienne de la part des groupes musicaux les plus jeunes. Marco cite une chanson comme étant le point de non retour pour leur génération : "L'étincelle a été I tuoi capelli sono fili scoperti, de Vasco Brondi (alias Le luci della centrale elettrica, nda) : ça a fait bouger les choses". Grabriele précise la façon dont depuis ce moment, "l'alternatif même s'est transformé : de la manie pour le son, on est passé à l'attention pour la chanson dans son ensemble".

Des artistes de référence, jusqu'à la conception d'eux-mêmes dans le paysage musical, le thème de l'italianité semble être omniprésent quand on parle avec TheGiornalisti. Je leur demande sur quel grande scène européenne ils voudraient jouer. Ils n'ont pas d'idée. Gabriele rigole : "fais-nous des propositions !", puis, après avoir réfléchi un instant, il relance : "Au FestivalBar !". On éclate tous de rire, mais Gabriele insiste : Mais seulement si c'est Amadeus qui présente !". "Il faudrait faire un Mi AMI, mais encore plus grand que d'habitude", dit Tommaso d'un air pensif. De son coté, Marco Antonio n'a pas de doute : Donnez-moi le stade Olympique de Rome".

Mais quels sont les ingrédients pour devenir auteur-compositeur-interprète en 2015 ? "Tout est une question de crédibilité. Tu dois chanter ce que tu es avant tout, ton vécu. Je n'ai jamais cru à l'esthétique en elle-même", décrète Tommaso. Je lui fais remarquer que leurs chansons sont aussi caractérisées par une forte suspension presque aérienne (il suffit d'écouter Proteggi questo tuo ragazzo). Lui n'y voit pas de contradiction, au contraire : "Ce sont les grandes oeuvres d'art qui nous laissent en suspend".

Le mélange entre crédibilité et suspension semble désormais être leur marque de fabrique. Mais selon Tommaso "cela n'aurait pas de sens de rester sur le même son. Ce serait marrant de faire un autre disque comme Fuori Campo". De la même façon il semble difficile de revenir en arrière. "Nous sommes en train de préparer quelque chose de plus moderne..." révèle-t-il.

Expérimental ? "Non, macché ! quelque chose d'absolument pop : enecore et toujours des Chansons italiennes avec un "c" majuscule".

Publié par la rédaction locale de cafébabel Torino.