The Lobster, la dictature de la solitude amoureuse

Article publié le 2 novembre 2015
Article publié le 2 novembre 2015

Dans un monde irréel où il ne fait pas bon d’être célibataire, le personnage principal de The Lobster, un homme dans la fleur de l’âge abandonné par sa femme, finit par devoir emménager à l’Hotel, une structure où les célibataires sont transférés de force. Ils disposent de 45 jours pour parvenir à trouver l’âme-sœur, sous peine d’être transformés en animaux.

Le réalisateur grec Yorgos Lanthimos nous dévoile cette dystopie délirante, teintée d’horreur et amèrement familière pour le spectateur. Un film irrégulier, à l’image d’un Wes Anderson noir, où le personnage principal cherche éperdument une once de bonheur. Dans une société qui exige une vie à deux, une minorité de résistants, surnommés « Les Solitaires », subsiste. Ils ne parviennent toutefois pas à être véritablement libres, en raison de cette opposition constante : la dictature du couple et la dictature de l’Un. Si la société condamne qui s’adonne aux plaisirs solitaires, « les Solitaires », eux, punissent les flirts, l’amour, l’entraide. Les fins sont contraires, néanmoins, les moyens, la contrainte et la violence (physique et psychologique) sont les mêmes. La pensée dominante et l’opposition entrent ainsi dans la même trame de pouvoir.

jenpincepourtoi.com

L’absurdité et la froideur avec lesquelles les gérants de l’Hotel classent le cœur et l’âme de chaque client sont frappantes. Le noyau central du couple devient la « caractéristique distinctive », en d’autres termes l’élément de compatibilité qui permettra de faire (re)naître la flamme : avoir une belle voix, une faible myopie, ou savoir jouer de la guitare.

La situation est risible, mais en regardant d’un peu plus près, nous ne sommes pas si loin des critères de recherche utilisés par les sites de rencontre ou encore par les sites pornographiques. Le sociologue Zygmunt Bauman s’est intéressé à cet aspect de notre société, que Lanthimos a choisi de caricaturer afin d’en souligner les contradictions. « Les êtres humains sont classés selon des caractéristiques bien définies, comme la taille, les origines, la corpulence, la pilosité », constate le sociologue. « Ainsi, ils peuvent façonner leur partenaire, à partir d’éléments dont vont dépendre, selon eux, la qualité et le plaisir du rapport sexuel. L’être humain disparaît alors : au milieu de tous les arbres, on ne voit plus la forêt. »

La dystopie des rapports humains

Un film intense, inattendu et de surcroit engagé. L’amour et l’érotisme triompheront-ils dans ce monde paradoxal, qui ressemblerait presque au nôtre ? Le plus intéressant, c'est que je suis sortie de la salle du cinéma convaincue que la fin du film avait une signification bien précise. C’est seulement en discutant avec la personne m'ayant accompagnée, qui avait une interprétation de la fin totalement différente, que je me suis rendu compte que la réponse n’était pas donnée d’avance. À vous de trouver la vôtre.

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Cet article a été rédigé par la rédaction locale de cafébabel Firenze. Toute appellation d'origine contrôlée.