The Enemy Within, Autopsie d'une tragédie grecque

Article publié le 22 avril 2014
Article publié le 22 avril 2014

Le film de Tsem­be­ro­pu­los qui a ré­cem­ment reçu une men­tion au fes­ti­val L’Eu­rope au­tour de l’Eu­rope,  traite aux premiers abords d'un drame dans une Athènes en crise. Mais c'est bel et bien l'histoire d'un pays schizophrène que The Enemy Within dépeint. Rencontre avec le réalisateur.

L’his­toire de Ko­stas (Ma­no­lis Ma­vro­ma­ta­kis) est celle d’un homme mûr, avec une fa­mille et une vie nor­male, qui dé­couvre sou­dai­ne­ment qu’il ne sait plus qui il est vrai­ment. Tout com­mence lors d’une nuit dra­ma­tique : des vo­leurs s’in­tro­duisent chez lui et « mas­sacrent son âme », pour laisser le héros en proie à la rage intérieure. Ko­stas, se vengera, jusqu'au bout. Pendant ce temps-là, en ar­rière-plan, c'est une Athènes vio­lente et sans loi qui défile.

The Enemy Wi­thin (O Εχθρός Μου en grec ) est un film à la fois cru et dé­li­cat. En rentrant dans l'intimité d'une famille grecque « barbarisée », il dé­peint la triste réalité d'un pays englué dans une grande crise so­ciale et éco­no­mique. Le spectateur se retrouve ca­ta­pul­té vers les États-Unis d’Eu­rope dans lequels les métropolitains sont plus que jamais confron­tés à l’im­mi­gra­tion, au ra­cisme et aux dif­fi­cul­tés du quo­ti­dien.

« J'avais une grande rage en moi »

Pourtant, de l'avis du réalisateur, « ce n’est pas un film sur le ra­cisme, mais plu­tôt une ques­tion ou­verte ». C’est ainsi que Yor­gos Tsem­be­ro­po­los a, dans un fran­çais ap­proxi­ma­tif, ré­pondu aux ques­tions des jour­na­listes et du pu­blic, pré­sents dans la salle de pro­jec­tion du ci­néma pa­ri­sien L'En­tre­pôt, à l’oc­ca­sion de la neu­vième édi­tion du fes­ti­val L’Eu­rope au­tour de l’Eu­rope. Même si le film n’a pas gagné le Prix Sau­vage dé­cerné à Jan Troell pour The Last Sen­tence, le cinéaste est tou­te­fois ren­tré en Grèce avec la men­tion spé­ciale du jury.

Bien que le film s'appuie sur aucun faits réels, il en a tout l'air. Yor­gos nous explique que « lorsque le scé­na­rio a été écrit, quatre ans au­pa­ra­vant, nous nous sommes pré­sen­tés pour ob­te­nir des fi­nan­ce­ments, il y avait tel­le­ment d’his­toire si­mi­laires qui cir­cu­laient. En re­vanche, lorsque le film est sorti, j’as­sis­tais aux dis­cus­sions et le pu­blic me confir­mait que l’his­toire était très per­ti­nente, dans la mesure où elle correspondait à ce qu'il se pas­sait rééllement en Grèce ». 

The Enemy Within raconte l’émer­gence d’une so­ciété en fuite qui com­mence à se faire jus­tice elle-même, dans une so­li­tude profonde, ag­gra­vée par une crise qui accentue la dis­cri­mi­na­tion, l’in­to­lé­rance tantôt envers ceux qui incarnent la différence, tantôt envers ceux qui la cultivent. Où al­lons-nous ? Le film ne le dit pas.

Bande-annonce de The Enemy Within

D'où ve­nait le be­soin de tour­ner ce film ? « Je ne sais pas », répond Yorgos en réfléchissant. Avant de poursuivre : « ce que je peux main­te­nant dire c’est que j’avais une grande rage en moi… » Une rage synonyme de puissance créatrice tant le film est brut.