The Broken Circle Breakdown : belge et beau

Article publié le 19 octobre 2012
Article publié le 19 octobre 2012
Face à la maladie, la mort, ou n'importe quel coup dur d'ailleurs, chacun cherche du réconfort là où il peut. La foi pour certains, la musique pour d'autres... deux pistes que le réalisateur, Felix Van Groeningen, explore dans The Broken Circle Breakdown, dramatique sans les écueils du mélo. Et dans lequel le souci esthétique a une place de choix. Un régal pour les oreilles et pour les yeux.

C’est un vendredi après-midi, les cours ont été suspendus et j’en profite pour m’offrir le plaisir d’une séance de cinéma en solitaire – j’adore, une fois sortie de la salle, flotter encore quelques instants, voire quelques heures, dans l’ambiance du film sans avoir à en parler, c’est peut-être ma manière à moi de dire au revoir à ces personnages que j’ai accompagnés les deux heures qu’ont duré la séance et à qui, mine de rien, je me suis déjà attachée. Ce fut particulièrement vrai ce vendredi après The Broken Circle Breakdown, le nouveau film du réalisateur flamand Felix Van Groeningen que la critique avait déjà encensé il y a 3 ans pour sa Merditude des choses.

Élise tient un salon de tatouage à Gand, Didier est joueur de banjo dans un groupe de bluegrass. Il est passionné par l’Amérique, et si ce n’est pour la grisaille typiquement belge, on pourrait très bien se croire en plein milieu de la campagne de l’Alabama. Leur vie est faite de petits et grands bonheurs : les soirées entre amis autour du feu à jouer de la musique et à chanter, l’harmonie avec la nature, puis l’arrivée de la petite Maybelle, qui, bien qu’elle n’était pas prévue au programme, les comble de joie. Mais c’était sans compter sur la maladie qui s’installe insidieusement dans le petit corps de Maybelle et vient bouleverser leur existence et leur conception des choses. Comment Didier, athée convaincu, expliquera-t-il à sa fille qui pleure la mort d’un oiseau que rien n’attend plus ce petit être qui un instant plus tôt virevoltait encore dans le ciel, et comment, dans ces conditions, parviendra-t-il à vivre avec son chagrin et sa douleur ? Comment Élise, catholique non pratiquante, pourra-t-elle continuer à chercher du réconfort dans sa foi avec à ses côtés un mari qui méprise la religion ? Autant de questions abordées par le film sans toutefois y donner de réponses universelles ni porter de jugement de valeur : à nous, spectateurs, de trouver celles qui correspondent à notre vécu, et de tenter d’imaginer comment nous réagirions dans pareille situation.

Si l’impression générale au sortir de la salle reste celle d’un film triste et bouleversant, on ne passe pas les deux heures le nez dans son mouchoir pour autant, loin de là. Le réalisateur nous balade avec brio entre la vie actuelle des protagonistes, qui gèrent la situation du mieux qu’ils peuvent, et leur vie « d’avant », si bien que chaque coup dur est contrebalancé par un épisode heureux, une anecdote qui fait sourire et met du baume au cœur avant d’affronter la suite des évènements. Le tout est plongé dans une atmosphère très country, rythmée par des airs entêtants ainsi que dans un univers où le plaisir de jouer et d’être ensemble prime sur le reste et donne le courage d’avancer. À cela s’ajoute le talent des acteurs principaux, Veerle Baetens et Johan Heldenbergh, qui incarnent à merveille leur personnage, dans toute leur sensibilité et leurs contradictions.

Si vous avez vu La Guerre est déclarée, que cela ne vous empêche pas d’aller voir The Broken Circle Breakdown. Les similitudes entre les deux sont bien entendu inévitables. Dans les deux cas, le scénario est inspiré du drame personnel des co-auteurs ou réalisateurs : Johan Heldenbergh a d’abord adapté le sien au théâtre avant de se tourner vers le grand écran, quant à Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm, ils jouent tous deux leur propre rôle. Mais ce n’est pas du remâché. Le traitement est tout à fait différent, l’ambiance et les questions soulevées aussi.

Si vous attendiez une bonne raison de découvrir le cinéma du plat pays, eh bien n’attendez plus. Quant à ceux qui sont déjà acquis à la cause, ils ne pourront être qu’enchantés par ce quatrième long-métrage du réalisateur qui en plus de confirmer son talent, réaffirme le génie du cinéma belge, en toute modestie. Bien sûr.

The Broken Circle Breakdown, dans toutes les salles deBelgique depuis le 10 octobre

Photos : © courtoisie du site officiel et de la page Facebook officielle du film Vidéo (cc) moulinvsnavaro/YouTube