Terrorisme : une intervention militaire contre Daesh est-elle la solution ? 

Article publié le 18 février 2015
Article publié le 18 février 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Alors que plus d'une quarantaine de chef d'Etat défilait ensemble dans la capitale française suite à la tuerie de Charlie Hebdo pour défendre les valeurs républicaines contre le terrorisme, on peut s'interroger sur les solutions réelles qui s'offrent désormais à la coalition internationale pour éviter qu'un tel scénario ne se reproduise. Comment aujourd'hui mettre un terme au djihadisme et à l'influence grandissante de l'Etat islamique au Sahel et en Europe? L'intervention militaire serait-elle une solution envisageable et véritablement efficace alors même que les précédentes campagnes en Afghanistan, Irak, et en Libye n'ont fait qu'empirer la situation ? Rien n'est moins sûr pour Jean-Yves Ollivier, spécialiste des relations internationales en Afrique qui émet depuis l'intervention française au Mali de larges réserves sur notre capacité à éradiquer ces milices par les armes.

Produit d'une accumulation de tensions et de conflits non résolus en Irak et dans l'ensemble de l'Afrique subsaharienne, l'EI dispose à ce jour de beaucoup d’argent, d’un armement important, d’une base géographique étendue, de soutiens locaux, et d’effectifs provenant de plusieurs pays occidentaux. "L'organisation dispose de moyens financiers déjà quasiment illimités grâce à la contrebande de pétrole", soulignait dans ce sens Jean-Yves Ollivier, et l'arrêter ne semble donc pas chose aisée.  

En effet, si vouloir stopper la progression de l’EI et favoriser le rétablissement de l’autorité du gouvernement irakien est légitime, l'idée défendue par certains prônant l'éradication par la force armée du mouvement Daesh paraît peu valable aujourd'hui. Le terrorisme a bien cela de terrible qu'il ne suffit pas de lui couper la tête pour s'en débarrasser et comme à chaque fois, de multiples groupuscules survivront et se propageront toujours plus en profondeur, multipliant les exactions aux quatre coins du Sahel. 

L'intervention française au Mali en est l'exemple le plus récent. Car si l'intervention de l'armée fut dans ce cas un succès relatif, permettant au pays de sortir d'un conflit de plus en plus sanglant, elle n'a pas pour autant mis fin aux actes de terrorisme dans la région. Les attentats djihadistes se multiplient encore aujourd'hui dans le nord du Mali. "Les têtes de l’hydre djihadiste repoussent. Les Américains, qui ont l’habitude de ce travail de Sisyphe qu’est la lutte anti-terroriste, appellent cela "tondre le gazon". Il faut passer et repasser régulièrement", expliquent Jean-Yves Ollivier dans le nouvel Obs. 

Mais alors que faire ? Affaiblir le régime d'Al Assad ou rétablir un régime digne de ce nom en Irak sont désormais des impératifs pour tenter de ralentir la progression de Daesh. La réponse au défi de l’EI ne pourra être que politique. Elle doit être recherchée par une nouvelle conférence internationale sous l’autorité de l’Organisation des Nations unies. 

Pour Paul Quilès, Ancien ministre de la Défense, qui s'exprimait dans l'Humanité, "la poursuite indéfinie de la guerre civile nourrit l’extrémisme" et il est donc nécessaire aujourd'hui de "reprendre les négociations sans préalable entre toutes les forces syriennes (à l’exception des mouvements terroristes) et avec la participation de toutes les puissances intéressées, en vue d’un partage du pouvoir, conforté par de nouvelles élections sous contrôle international".