Temps de parole : une spécialité française ?

Article publié le 23 avril 2012
Article publié le 23 avril 2012
Par Loreline Merelle En plein cœur de la campagne présidentielle française, les médias audiovisuels se sont insurgés contre les règles imposées par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, (CSA) et le Conseil Constitutionnel. Café Babel Strasbourg a cherché à savoir comment cela fonctionne chez nos voisins européens.

L'égalité du temps de parole est créditée de tous les maux par bon nombre de journalistes politiques. Si la réglementation des médias est particulièrement contraignante en France, peut-on en conclure à l’exception française? En Europe, la volonté de donner à chaque candidat ou partis une égalité de diffusion dans les médias audiovisuels en période électorale est largement partagée, une chose diffère : la façon de l’appliquer. La Scandinavie, à l’exception de la Finlande, laisse aux médias publics le soin de se contrôler eux-mêmes. Au Danemark, par exemple, la loi interdit la publicité payée en période électorale mais ne précise pas les temps de parole alloués aux partis politiques. Chaque diffuseur a donc la responsabilité de respecter les principes d'impartialité et d'égalité imposés par la constitution. Ce système repose sur la confiance des autorités et de l’électorat vis à vis des médias publics. Cette approche était aussi appliquée en Hongrie jusqu’à ce qu’une loi votée en 2010 par la Fidesz, parti de droite au pouvoir, le restreigne durablement. De l’autre côté de la Manche, c’est plus complexe. Les médias audiovisuels britanniques ont aussi la possibilité de répartir le temps de parole des partis ou candidats comme ils l’entendent. Mais le contrôle et les règles de diffusion sont définis en amont. Un comité spécial (The broadcaster’ liaison group) autorise la diffusion d’un parti en fonction de ses résultats lors des élections précédentes et de son implantation géographique. L’Office des Communications (Ofcom), la principale instance de régulation, détermine quelle chaîne diffusera ce parti en fonction de son implantation. Seule la BBC a sa propre charte de régulation.

Face aux pays du Sud et de l’Est ?

La France n’est pas la seule à confier la réglementation de sa couverture médiatique à un organisme spécialisé. En Italie, l’AGCOM réglemente le secteur et impose aussi aux médias audiovisuels un temps de parole « par conditio ». C'est-à-dire égal pour tous et ils sont préétablis par l’institution. Dans les pays de l’Est, cette forme de réglementation est fréquemment adoptée. C’est le cas en Roumanie avec le Conseil national de l’audiovisuel (CNA) ou encore en Estonie, où les périodes électorales sont encore plus divisées et réglementées qu’en France.

Un modèle européen vs modèle américain

S’il existe donc des organes de régulation pour la radiodiffusion en Europe, Les Etats-Unis considèrent au contraire que la diversité des idées est plus apte à faire jouer les règles de marché. Il n'est donc pas besoin de réglementer le secteur. Seule compte la liberté d'expression garantie par le premier amendement, de même la publication des sondages tout comme la publicité électorale sont autorisées voire favorisées par la loi. Ce système a l’inconvénient, d'une part d’aider les plus gros candidats par rapport aux plus petits, et d'autre part, de donner l'avantage aux candidats les plus riches. Finalement, le choix des systèmes de réglementation à adopter dépend donc de la nature du système électoral et du régime politique des pays qui l'appliquent.

Image : Uschi Dreiucker / pixelio.de