TEDx Bruxelles, l'imagination au pouvoir

Article publié le 9 décembre 2014
Article publié le 9 décembre 2014

Se défendre contre les tsunamis, fabriquer dans son salon un scaphandre ou un nanomatériau comme le graphème, oui c’est possible. Il s’agit des « ideas worth spreading » au sixième TEDx de Bruxelles, dont le fil rouge était cette année la mise en scène «The Territory and the map ».

Quelques années auparavant on lui avait dit que non, que ce n’était pas possible de recréer en laboratoire un tsunami en échelle, aux vagues aussi longues qu’imprévisibles. Tiziana Rossetto, professeur d’ingénierie sismique, fondatrice et directrice de l’Earthquake and People Interaction Centre à l’UCL (Universitè College of London) n’y a pas cru et a répondu par une question : « et pourquoi non ? » Au contraire : « Pourquoi pas ? » Elle s’est concentrée sur ces deux mots pour ne pas s’arrêter au premier obstacle : l’imagination la technique et une équipe de recherche de l’UCL ont fait le reste. C’est ainsi qu’est né « New Tsunami Generator », le seul instrument au monde capable de reproduire de façon réaliste les vagues anormales d’un raz-de-marée et d’en comprendre les effets sur la côte et les constructions. Mais Tiziana Rossetto ne s’est pas arrêtée là. À l’édition 2014 du TEDx de Bruxelles, elle a présenté au public  « Urban Waves », son nouveau projet.

Le TEDx. Ce n’est pas la conférence habituelle. Oui, il y a une scène et il y a même un public, l’entrée est payante. L’année dernière à Bruxelles, l’évènement avait fait le plein en réunissant plus de 1500 participants et lors de cette sixième édition ce n’était également pas  facile de trouver un fauteuil vide dans l’élégant théâtre du Bozar. Le sigle TEDx signifie « Technology Entertainment Design ». Sur le papier, il s’agit d’une conférence avec de nombreux intervenants. En pratique : c’est un marathon d’idées et de projets qui méritent d’être diffusés (« ideas worth spreading » est la logique de fond) parce qu’ils imaginent, dessinent anticipent le futur à venir. Il suffit d’un quart d’heure pour créer chez le public un élan de stupeur. Le seul absent toléré : l’ennui. La formule TED est ensuite devenue TEDx pour les éditions organisées indépendamment de la « maison mère », mais en gardant toujours  le même esprit. À Bruxelles, le sixième round a été mis en scène en suivant le fil rouge « The Territory and the map ». Nous laissons évidemment de côté les cartes préétablies qui encagent notre conception de la réalité et nous laissons séduire par de nouveaux points de vue.

Non aux approches naïves

Dans le programme de cette édition 2014 à Bruxelles, Tiziana Rossetto était accompagnée de cinq autres chercheurs subventionnés par une bourse et des projets du Conseil européen de la Recherche (ERC). Sur la scène, le professeur Rossetto a relaté son idée fixe, celle des tsunamis dont elle a vu de ses yeux la dévastation causée au Sri Lanka par le raz-de-marée de 2004. Le projet « Urban Waves » continue le travail commencé avec le simulateur de vagues de 70 mètres de longueur et 4 mètres de profondeur, il est désormais actif et fonctionne en Angleterre. Avec Urban Waves, Tiziana Rossetto et son équipe veulent aller plus loin et étudier l’impact des tsunamis sur les bâtiments  mais aussi inventer un moyen de  protéger les zones côtières les plus à risque et les structures sensibles comme les hôpitaux ou les centres nucléaires.

Le professeur affirme que l’on sait encore peu de choses sur les tsunamis : « Presque aucun pays n’est préparé, même ceux qui sont le plus en danger. Mais il y a aussi un risque en Europe qui concerne aussi bien les fjords de la Norvège que la Méditerranée, ou encore l’Italie face à Messine (ville à la pointe de la Sicile, ndlr) » C’est un travail de pionniers : « Nous sommes parmi les premiers, en tant qu’ingénieurs, à travailler sur les effets de ces phénomènes ». Pour Urban Waves Tiziana Rossetto a reçu de l’ERC un financement de 1,9 millions d’euros pour cinq ans. Avec l’ingénierie sismique, elle espère « sauver des vies, et construire un monde plus sûr pour nos enfants ». Elle vit en Angleterre depuis 22 ans et elle dit de son département de recherche que « c’est un endroit très spécial, où j’ai beaucoup de liberté et si je veux construire un générateur de tsunamis on ne me prend pas pour une folle mais on me dit comment pouvons-nous  t’aider ? »

Le pouvoir de l'imagination

Donc pourquoi pas. Pour tracer de nouvelles cartes. Mais le fil rouge de ce TEDx pouvait aussi être « l’imagination au pouvoir », comme celle de Cameron Smith, archéologue américain, professeur à l’Université d’Etat de Portland mais surtout « astronaute autonome ». Il n’a pas pu rentrer à la NASA parce qu’il ne possède pas l'acuité visuelle minimale pour le recrutement, mais rien ne lui a interdit de se construire un scaphandre fabriqué chez lui. Cinq ans se sont écoulés entre l’idée et la réalisation, plus de cent heures de tests, avec de nombreux voyages dans la stratosphère, dans une montgolfière à plus de 15 000 mètres d’altitudes, pour tester un prototype qui lui a coûté « seulement 2 000 dollars au lieu des 10 000 des scaphandres achetés par les gouvernements » et réalisé avec un matériau « qui peut se trouver dans n’importe quel grand magasin ». Il reste une question : Pourquoi ? Facile : « L’équipement officiel est trop cher. J’ai pensé que je pouvais rendre plus simple et moins cher, pour tous, d’aller dans l’espace. Ce scaphandre assure toutes les fonctions de base ». À nouveau, pourquoi ? « Beh, pour donner ma contribution au futur de l’humanité : tôt au tard la colonisation de l’espace se développera. Et peut-être que quelques désastres se produiront sur la terre et nous pousserons vers d’autres planètes. J’ai fait un investissement, une police d’assurance » La prochaine étape ? « Réduire le coût à mille dollars et alléger le scaphandre. Je voudrais qu’il devienne aussi confortable qu'une tenue de footing »

Sur la même scène que Tiziana Rossetto et Cameron Smith, un chercheur comme Jonathan Coleman a dit que oui, oui on peut faire chez soi un nanomatériau comme le graphème, en mixant le graphite d’un crayon avec un peu d’eau et du produit vaisselle. Quelques minutes plus tard, Lina Colucci, danseuse et chercheuse au MIT, entrait en scène sur la pointe des pieds avec une paire de ballerines, pour inviter tout le monde aux Health Hackaton.

Vouloir c’est pouvoir et l’important est d’essayer. On dirait des lieux communs, mais racontés par des personnes pas communes. Au TEDx.