Tchernobyl : pourquoi l'OMS désinforme les citoyens ?

Article publié le 27 avril 2011
Article publié le 27 avril 2011
Selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le bilan humain de Tchernobyl serait d'une cinquantaine de morts et 400 irradiés. L'Académie des Sciences de New-York en dénombre 985 000. Militants écologistes et eurodéputés de groupe Verts/ALE avancent que les chiffres de l'OMS résultent d'un accord passé en 1959 avec l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA).
Au lendemain de la catastrophe de Fukushima, la révision de cet accord semble être une condition nécessaire à l'information des citoyens en matière de nucléaire.

L'accord entre l'AIEA et l'OMS donne autorité à l'AEIA en ce qui concerne les informations diffusées par l'OMS ainsi que l'orientation de la recherche scientifique pour les matières relatives au nucléaire et aux radiations. Eloi Glorieux, spécialiste des questions nucléaires pour Greenpeace, considère que cet accord est une « aberration reconnue allant à l'encontre des objectifs constitutionnels de l'OMS, qui sont de promouvoir la santé publique au niveau mondial ». L'implication de l'AIEA en matière de radiation jette donc un doute sur la neutralité des informations transmises par l'OMS en matière de radiation.

De Tchernobyl à Fukushima : main mise sur l'information

D'après Christophe Elain, membre du collectif IndependentWHO qui œuvre pour l'indépendance de l'OMS par rapport à l'AIEA, « l'OMS est encore moins bien préparée aujourd'hui à un accident nucléaire comme celui de Fukushima, qu'elle ne l'était à l'époque de Tchernobyl ». Selon lui, « la lacune des recherches en matière de radiation, la fermeture, en 2000, d'un bureau régional de l'OMS consacré au développement d'un plan d'action dans les situations d'urgence et la minimisation des informations concernant les catastrophes nucléaires sont directement attribuables à l'autorité qu'exerce l'AIEA sur l'OMS». Comment garantir alors que les informations relatives aux conséquences de la catastrophe de Fukushima ne subissent pas le même traitement que celles de Tchernobyl ?

  (Illustration: (cc)ssoosay/flickr)

Trop d'intérêts pour ouvrir les vannes en Europe

Au lendemain de la catastrophe de Fukushima, l'inquiétude étant à son comble face aux conséquences de l'accident, l'Union européenne a préparé sa réponse. Au Parlement européen, une résolution adoptée le 6 avril 2011 demande que « les autorités japonaises, l'AIEA et l'exploitant de la centrale nucléaire de Fukushima, Tokyo Electric Power Company (TEPCO), à faire preuve de transparence et à fournir des informations en temps réel sur l'évolution de la situation à Fukushima, en particulier en ce qui concerne les niveaux de radioactivité à l'intérieur et à l'extérieur de la zone d'exclusion ». Une proposition de résolution initiale présentée par le groupe des Verts/ALE dénonçait les risques de conflits d'intérêts entre l'OMS et l'AIEA. Elle mentionnait, notamment, que l'accord entre l'AIEA et l'OMS « empêche l'OMS de prendre des initiatives ou des mesures pour réaliser ses objectifs, à savoir la préservation et l'amélioration de la santé ». Mais ces articles n'ont pas été retenus dans la résolution commune.

De son côté, le Conseil européen ne s'est actuellement prononcé que pour la vérification de la sûreté des centrales nucléaires européennes par la réalisation de tests de résistance. En coulisse, les pressions des industries énergétiques ne suffisent pas à expliquer cette position. En réalité, peu d'Etats membres ont intérêt à voir s'effacer le nucléaire du paysage énergétique et cadenassent les décisions en matière de futur énergétique. La France se positionne à la deuxième place des producteurs mondiaux d'énergie nucléaire dans le monde, juste derrière les Etats-Unis et avant le Japon. L'Allemagne et la Suède figurent respectivement à la sixième et dixième place.

L'article de Marie Verwalghen a été publié initialement sur le blog de cafebabel.com à Bruxelles.

Plus d'informations sur Tchernobyl et l'OMS sur le site d'independenceWHO.

Illustrations : Avec la courtoisie de (cc)ssoosay/flickr