Tanlines : pop du 21ème siècle

Article publié le 30 mars 2012
Article publié le 30 mars 2012
Paris est toujours une des capitales européennes de la musique, de la mode et de la musique tendance. En pleine promotion de son premier disque, Mixed Emotions, nous nous sommes entretenus avec le duo new-yorkais, Tanlines, pour parler d’accords, de danses, d’ordinateurs et de son intention d’être entendu avec force dans les haut-parleurs européenns du printemps.

Nous entrons dans le siège français de la compagnie de disques Beggars Group, située en plein cœur du quartier parisien de Pigalle. C’est un de ces lieux à cheval entre la chambre d’écrivain-bohème et d’artiste frustré et le bar underground « d’accès exclusif aux chemises aux carreaux » : murs couverts de premières de couvertures de revues musicales, tables envahies de CDs, un vieux piano, une guitare sur le sol, affiches promotionnelles jetées partout et une grande enceinte permettant d’écouter les derniers enregistrements des groupes du label discographique.

Jesse Cohen et Eric Emm, les trentenaires de Brooklyn connus sous l’identité de Tanlines nous reçoivent dans une petite pièce. Et la première chose que nous remarquons est qu’ils sont fatigués, très fatigués, mais ils gardent leur look désinvolte très étudié : jeans et chemise dont les cols sont montés à la perfection. Ils ont exactement 24 heures pour accueillir les médias. En plus Eric visiblement épuisé, confie : « nous nous sommes couchés à 4 heures du matin. Nous regardions les Grammys. » Ils se mettent à l’aise sur un canapé rouge et attendent les questions d’un air attentif.

Expérimentations musicales

Certainement la première chose qu’il faut savoir sur Tanlines c’est que, malgré leur nom , ils ne jouent pas seulement en été. La dénomination du groupe est due au hasard : « nous avions besoin d’un nom et nous avons vu cette inscription sur l’arrière d’une fourgonnette. Cela nous a plu parce qu’à ce moment là nous passions beaucoup de temps en studio à jouer, et notre musique est paradoxalement éclairée. Nous étions deux types à l’intérieur d’un immeuble sombre faisant de la musique ensoleillée » explique Jesse qui, en plus d’être le percussionniste, est aussi clairement la voix du groupe, ce lundi.

Décrire la musique de Tanlines n’est pas chose facile. C’est comme un mariage bien assorti entre la version light de Safri Duo et d’Empire of the Sun. Ils refusent de la classer en suivant des patrons rigides. Ce qu’ils savent c’est qu’ils ne font ni de la dance, ni de l’electro : « les gens ne mettent pas en relation ces genres avec des chansons. Notre album est plein de chansons, c’est comme un album pop », soutient Jesse. Et continue : « nous écrivons seulement ce que nous ressentons. » Lui, c’est la percussion, et surtout le rythme, qui est « la première chose que j’écoute dans une chanson », affirme-t-il sous le regard attentif de Eric, voix du duo. Bien que son premier disque sorte sur le marché en mars 2012 parce que « aujourd’hui nous nous sentons prêts », cela fait presque 4 ans qu’ils expérimentent et tentent « des choses différentes à donner au public ». Ainsi, pour résumer l’essence musicale de Tanlines, nous pourrions dire que c’est de la « musique sur laquelle on peut danser, c’est au moins ce que j’entends », plaide Jesse, conscient qu’il arrive sur le terrain de la subjectivité : « cela m’intéresse toujours d’écouter ce que les gens disent sur ma musique parce que chacun écoute une chose différente » argumente Jesse, qui reconnait que « ce qu’est au final la musique, est une combinaison de ce que tu essayais de faire et de ce que les gens pensent que c’est. »

Émotions organiques du 21ème siècle

Mixed Emotions est ce que nous pourrions appeler de la pop du 21ème siècle : expérimentale, electro, visuelle. Le disque suit les lignes maitresses tracées par le duo depuis ses débuts, une combinaison entre réalité et fiction musicales : « je crois qu’une des choses que nous avons fait pour Tanlines est de toujours avoir un mélange de sons organiques et synthétiques. Et quand tu l’écoutes, tu ne peux pas différencier le vrai du faux », affirme Jesse.

Tous deux pensent que cet album se caractérise par l’importance des « sons organiques ». Bien que l’ombre de l’ordinateur plane sur toutes les compositions, ils reconnaissent qu’il n’y a pas besoin d’être geek pour pouvoir écrire sa propre musique : « tout ce que nous avons appris de la technologie est qu’elle nous a aidés à être moins geek et à pouvoir être capable de composer », admet Eric en riant. A ces ingrédients, s’ajoute l’influence des groupes comme « Depeche Mode,Talking Heads,Tears for Fear » et le résultat est un contagieux « Brothers », premier single du disque et sujet pour lequel ils ont une préférence non dissimulée.

« Mon travail n’est pas de vendre des CDs »

Avec de telles chansons, ils espèrent toucher « tout le monde ». « J’aimerais que les enfants dansent sur notre musique ; ainsi que les grands-parents », confie Jesse. Et qu’ils l’écoutent comme bon leur semble, mais qu’ils l’écoutent. « J’adorerais que tous achètent le disque mais nous sommes un nouveau groupe, et je compte d'abord faire écouter notre musique aux gens qui ne nous connaissent pas » parce que, ponctue Jesse, « mon travail n’est pas de vendre des CDs, c’est de faire de la musique et en faire la promotion. »

Ils la feront sur le Vieux Continent, où les deux pensent que « vous dansez beaucoup », bien que « chaque lieux est différent » selon Eric. Ce qu’ils ne peuvent pas cacher est leur passion pour la France, pour différents motifs en général mais un en particulier : « goûtez cette baguette », dit Eric en montrant la demi-baguette de pain restante sur la table. Dans n’importe quel cas, ils sont disposés à jouer partout, « même les lieux dans lesquels on ne nous veut pas » ajoute-t-il en riant. Et, ceux pour qui cela peut intéresser, ils lancent un message : « nous aimerions beaucoup jouer dans des festivals espagnols. » Pour l’instant, ils doivent se contenter d’assister à une réunion de travail à Paris.

Photos : Une © courtoisie de Tanlines;  Texte, courtoisie de la page oficielle Myspace de Tanlines; Vidéos, (cc) axios1/YouTube et tanlinesthe band/YouTube