Sziget : Le plus gros festival de musique européen se met au vert

Article publié le 26 août 2016
Article publié le 26 août 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L'année dernière, j'ai entendu un groupe de Français regretter que le Sziget Festival ne fasse aucun effort pour faire participer ses szitoyens à la cause écologique avant de déclarer qu'ils ne reviendraient plus. Dommage pour eux : ils seraient surpris de voir ce qu'ont fait les organisateurs pour rendre le plus grand festival de musique européen plus vert, et « better, faster & stronger. »

L'édition 2016 du festival de Sziget était plus colorée, sexy et odorante que jamais : peu étonnant quand on sait que 496 000 personnes (soit environ la moitié de la population de Budapest) ont visité l'Île de la liberté sur les sept jours de l'évènement. Un tel monde, ça fait du bruit, et ça produit d'autant plus de déchets. Pourtant, au cafébabel de Budapest, on n'a pas été si dérangé par l'odeur.

Le centre de recyclage assure

Au fil des jours, nous avons pu apercevoir de plus en plus de poubelles colorées un peu partout. En y regardant de plus près, nous nous sommes rendu compte que les organisateurs avaient opté pour du jaune pour les produits recyclables comme le plastique et le métal, et du vert pour les poubelles pour les mégots. Un soir, nous avons découvert une tente habritant le centre de recyclage, juste de l'autre côté du champ, en face de notre stand de cafébabel Budapest. Ce poster nous a accueillis...

... tout comme une dizaine de personnes en train de préparer des décorations ou des bijoux faits en matériaux recyclés, et un groupe de volontaires qui travaillaient pour le stand.

« C'est la première fois que nous voyons une tente de recyclage dans un festival, et on adore ! » s'enthousiasment Judith et Emma, szitoyennes pour la première fois, en provenance de Barcelone, et qui sont en pleine préparation d'un sapin de Noël pour la prochaine fête thématique du campement.

« On se sert de nos propres déchets pour faire la décoration, et cette fois-ci, on n'en avait pas assez, alors on est venues ici pour utiliser ce que les gens y avaient apporté », explique Emma, 29 ans. « On recycle à Barcelone, c'est facile, et il y a des poubelles de tri des déchets partout. Pourquoi ne pas le faire ici aussi, puisque l'environnement, c'est important ! » s'amuse Judith en nous montrant son arbre de Noël violet recyclé.

« Le centre de recyclage est plein en permanence, et lors des concerts, je vois beaucoup d'objets qui ont été fabriqués ici », nous explique fièrement Adrienn, volontaire de 24 ans. Elle ne savait pas qu'elle atterrirait là en tant que volontaire quand elle s'est inscrite, mais elle en est ravie !

« Les gens réagissent très positivement à ces centres. Il y en a trois sur le site, et beaucoup y viennent demander des sacs poubelle. L'échange des bouteilles est aussi très populaire. C'est devenu une routine pour les visiteurs, » explique Adrienn. « Vous pouvez venir ici avec vos affaires abîmées, et on essaie de les réparer ensemble. Vous pouvez aussi donner vos affaires à des associations caricatives qui aident les réfugiés, ou avoir accès au wifi pendant 15 minutes en l'échange de deux canettes ou bouteilles en plastique. Certains d'entre nous s'installent même près des poubelles de tri et vous offrent une pomme quand ils vous voient y mettre un déchet ! »

Pour vendre à Sziget, il faut se mettre au vert !

Les szitoyens ne sont pas les seuls à être encouragés à respecter l'environnement, c'est aussi le cas des vendeurs. Un groupe de personnes fait le tour jour et nuit pour les fournir en poubelles à verre, et en sacs poubelle pour l'aluminium et les bouteilles en plastique. Cette année, les stands de nourriture ont dû fournir leurs clients avec des assiettes en carton et des couverts en bois à la place des sets en plastique. Le programme Green Partner, qui a également fait ses débuts cette année, a noté chaque vendeur et stand de nourriture à la fin du festival, et a offert des tickets pour l'édition de Sziget de l'année prochaine aux gagnants.

Se débarrasser des déchets

Eszter et Csilla, toutes les deux 19 ans, représentent l'un des groupes les plus utiles de travailleurs sur l'Île de la liberté : l'équipe de ramassage des déchets ! Leur travail consiste à parcourir la zone du festival et à ramasser tous les déchets qu'ils trouvent par terre. Ils le font huit heures par jour, et en échange, ils ont un salaire, de la nourriture et un endroit où s'installer sur le campement, ainsi que la gratitude des szitoyens.

« Nous sommes employées par une entreprise travaillant pour Sziget », expliquent-elles, un peu timides pour parler de leur travail. « On travaille beaucoup, mais on est assez bien payées. Et puis, on a souvent des repas gratuits venants des stands dont on nettoie l'accès. Les szitoyens sont contents que nous soyons là, ils nous sourient et proposent souvent de jeter leurs déchets directement dans nos poubelles quand ils passent.

« Des étrangers un peu éméchés nous font des câlins et de grands sourires ; on entend 'merci' en anglais plus souvent que dans notre langue maternelle... »

Un long chemin reste à parcourir

Eszti et Emese sont aussi des hongroises de 19 ans, et elles visitent l'Île de la liberté pour la seconde fois de leur vie.

« Les poubelles de tri sont une nouveauté cette année, et nous apprécions particulièrement que Sziget fasse l'effort de passer au vert ! Il y a même des publicités pour les actions écologiques sur la scène principale avant les concerts, c'est comme ça qu'on a su ce qui se faisait ! » Les filles ajoutent cependant que si l'idée est très bonne en théorie, en pratique, il y encore des problèmes qui restent à régler. Le matin-même, elles ont trouvé un paquet de cartes déchirées devant leur tente, alors que la poubelle n'était que deux mètres plus loin.

Si elles passent à côté d'une poubelle de tri, elles y mettent leurs bouteilles vides, mais elles ne les gardent pas pour les cadeaux. « On a vu le centre de recyclage, mais on n'y est pas encore allées, on n'avait rien à leur donner. »

Sziget a encore beaucoup de travail à faire avant d'être aussi vert que les autres festivals. Mais dans un futur proche, les toilettes sèches faites en matériaux recyclés domineront l'Île de la liberté, et le festival déjà bien coloré et sexy sera encore plus vert (et peut-être un plus plus odorant). Même si on peut toujours rajouter de la sciure...