Syd Matters à l'Olympia, un grand rêve et puis s'en va

Article publié le 31 mars 2011
Article publié le 31 mars 2011
par Emmanuel HADDAD 20h10 pétantes. Entrée dans l'antre de Bruno Coquatrix. Après un long couloir, un amphithéâtre en moquette rouge donne sur un bar cossu. On peut y voir les clients de la mezzanine siroter leur bière, c'est plutôt bien foutu malgré la râpe à gruyère rouge qui fait office de plafond. Tout le monde est là. Coca, Cola, Harley et Davidson, Chivas et Régal...
Même Nicolas Feuillatte fait partie des murs de Bruno. Veinard. C'est un mythe dans lequel je pose les pieds sales et le regard seul. Georges Brassens, avant d'être glorifié à la Cité de la Musique, y a frrrredonné ses poèmes pour la première fois, Edith Piaf y a brillé et braillé. Tant d'autres noms d'oiseaux rares sont passés sur cette scène. Mythique on vous dit. Je pousse les portes de la salle mythique et pénètre dans une salle éclairée à la lumière noire. J'y suis enfin.

20h39. Fin de la première partie (dont j'ai dû foirer la moitié, et c'est tant mieux). Une femme lit "Ce qu'aimer veut dire" de Michel Lindon ou plutôt regarde les gens autour d'elle en se plongeant de temps à autre sur un paragraphe noirci de confidences parisiennes. La première partie vous demandez ? Ah, ça a failli tourner au drame. On est passé près de la mini-catastrophe, soit une première partie où 1500 personnes (ou 2500, selon les gens qui savent compter et ceux qui ont la flemme) se limitent à bouger la tête et à taper du pied. Par entrain ou énervement ? Un groupe de cinq mecs rythmés mais aux instrus trop bruyants, trop campés sur leurs machines là, flirtant presque avec David Guetta sous leur lumière noire.

Syd Matters ensemble crédits Myspace Syd Matters Element perturbateur. Une nana, parce qu'une seule suffit, déchaînée en plein milieu d'une foule assoupie, les bras battant de l'air comme en pleine performance de batucada. Elle dépote. Peu à peu, d'autres se laissent happer par sa flamme autour d'elle - rassurez-vous, ce n'est pas une vague bleue - et le mini-miracle efface le mini-désastre d'un coup de baguette de batterie. Ou plutôt une rafale. Dernier morceau annoncé sans gloire par le leader des Bot'Ox, et le batteur commence à défoncer son matos. Il le défonce tandis que le synthé en mode jeux vidéos jusqu'ici passe en mode drum&bass. C'est la nana surchauffée qui avait raison... Mais bien tard.

Syd Matters at night credits Myspace Syd Matters 21h00. Miracle à taille humaine chez Coquatrix. L'oracle débarque mais on ne le voit pas. Rendons hommage aux techniciens de la lumière, bluffants. L'homme apparaît devant les raies lumineuses. Noir chagrin sur blanc cristallin. Jonathan Morali commence son rêve. Il nous raconte des histoires que l'on s'est dites tant de fois mais que l'on a fini par oublier. Dommage. Le grand dadet aux cheveux en pétard et au sourire doux et timide n'est pas du genre à se laisser aller quand il s'agit de rester gosse. Il est carrément bloqué à l'âge qui précède la raison. Incapable de prononcer un mot de plus d'une syllabe au micro quand il termine ses morceaux. Trognon. Julia, tu te rappelles du pommier en fleur ? Entends-tu la lame de fond qui balaie l'océan ? Entends-tu les baleines qui circulent au-dedans ? Brotherocean, son dernier album, nous entraîne dans une pop lo-fi sous-marine qui finit toujours en raz-de-marée et de couleurs. Je plane.

Now you spend your life waiting for a sign

Devant moi, une blonde a déposé sa tête dans le creux de l'épaule de son galant dès les premiers grattements de guitare sèche du chevelu à la voix mélancolique. Elle veut se laisser emporter. Lui ne bronche pas. Homme-statue, il fixe la scène comme un zombie qui attend la mort , une main dans la poche de sa bien-aimée (?). Chaque fin de morceau, elle le regarde, séductrice, lui non, puis elle moins, puis plus rien.

Nous sommes face à un gosse qui rêve. Il rêve qu'il jouerait à l'Olympia quand il serait grand, que ses grands-parents seraient dans le public, des musiciens capables de passer de la guitarre au clavier et à la batterie tout en reprenant ses refrains s'éclateraient à ses côtés. Tout le monde serait pendu à ses rêves. Ou plutôt ses cauchemars. D'être mort, d'avoir une balle dans la tête, de tout le reste. Seule une embardée à la Syd Barrett permet d'échapper à la mort, aux regrets, à sa tristesse d'être lune plus que soleil. Alors il court, il traverse les saisons comme le font les chevaux dans les prairies aux herbes hautes et brûlées. Il court et ne s'arrête pas pour nous parler. Puis il bégaie un "eeeuuh, merci", et il se taille.

Syd Matters, groupe fondé en 2002, label Because Music

prochains concerts : Caen, Orléans, Berlin...