Sven Schlker dans Le Cercle : « le sentiment faux d'être infiniment libéral »

Article publié le 1 avril 2015
Article publié le 1 avril 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Dans le film Le Cercle (2014), le jeune acteur suisse Sven Schelker tient le rôle de l'artiste de variété Röbi Rapp. Ce fut son premier rôle – et le film a déjà reçu une pluie de récompenses, dont le Teddy Award et le prix du public de la Section Panorama lors de l'édition 2014 de la Berlinale. Cette année, Sven Schelker fait partie des Shooting Stars européennes.

Quand Röbi Rapp et Ernst Ostertag se rencontrent pour la première fois dans le bar où Röbi se produit comme artiste de variété, c'est le coup de foudre. Rapp, joué par le jeune acteur Sven Schenkler, se laisse embarquer dans une relation sérieuse, inhabituelle pour lui. En raison de son engagement croissant pour l'organisation homosexuelle et le magazine Der Kreis (« Le Cercle »), l'enseignant Ernst Ostertag (joué par Matthias Hungerbühler) est confronté à des problèmes toujours plus importants dans le Zurich de la fin des années 1950.

Le film Le Cercle du réalisateur Stefan Haupt, qui fut projeté lors de l'édition 2014 de la Berlinale, raconte, par l'intermédiaire de scènes fictives et documentaires, la véritable histoire de Rapp et de Ostertag, qui sont toujours en couple aujourd'hui, et qui prennent eux-mêmes la parole dans le film. Cette année, Sven Schelker a été promu Shooting Star européenne pour son interprétation saisissante de Röbi Rapp. Nous l'avons rencontré en marge de la conférence de presse de l'European Film Promotion. 

Cafébabel : Le film Le Cercle, dans lequel tu tiens un rôle principal, a raflé de nombreuses récompenses, dont le Teddy Award lors de la Berlinale 2014. Cela fait quel effet, tant de succès ?

Sven Schelker : En fait, avec ce film, toute l'année ça a été une espèce d'ivresse. Le film a été présenté à plus de 80 festivals, y compris à de nombreux festivals LGBT. On a eu énormément de beaux retours positifs. Un jour, un couple gay dans la trentaine est venu vers moi : ils étaient si bouleversés et tremblaient tellement qu'ils n'ont presque pas pu parler. Ils étaient tous deux tout simplement reconnaissants que cette histoire soit racontée comme ça, parce qu'il leur arrive de connaître, aujourd'hui encore, la même situation qu'alors dans la Suisse des années 1950-1960. C'est ça qui a été à peu près le plus fort et le plus beau, de se rendre compte que nous avions eu raison et qu'il était très important de brandir cette histoire et ce sujet.

Cafébabel : Comment t'es-tu préparé pour le rôle de l'artiste de variété Röbi Rapp ?

Sven Schelker : Pendant la phase initiale du film, on s'est entretenus plusieurs fois avec Röbi Rapp et Ernst Ostertag, en se préparant le mieux et de la manière la plus critique possible. La situation était aussi quelque peu particulière, parce qu'on voit souvent les personnages originaux dans le film, créant ainsi une comparaison directe, automatiquement. Avant le tournage, je ne connaissais pas Matthias Hungerbühler, qui joue le rôle de l'enseignant Ernst Ostertag dans le film. En tout cas, il s'agissait aussi d'apprendre à nous connaître mutuellement, et que notre intimité ait l'air la plus naturelle et authentique possible. Ce mix entre documentaire et fiction est un format plutôt spécial. Et c'est pour ça que c'était et que c'est un projet unique en son genre.

Cafébabel : As-tu eu l'impression de devoir imiter à la perfection le vrai Röbi Rapp ou étais-tu complètement libre dans ton jeu ?

Sven Schelker : Ça n'aurait pas été une bonne chose de prétendre imiter ou copier quelqu'un à 100 %, car ça n'est pas possible. Il s'agissait tout simplement de cerner Röbi le plus précisément et le mieux possible pendant la phase de préparation. En nous entretenant, nous n'avons pas parlé que de la thématique du film, mais aussi de la pluie et du beau temps. Je suis acteur moi, pas imitateur. En fin de compte, il s'agissait aussi de me trouver moi-même en lui.

Cafébabel : Est-ce que tu connaissais l'organisation homosexuelle « Le Cercle » avant le tournage du film ?

Sven Schelker : Non, je n'en avais encore jamais entendu parler. C'était même plutôt surprenant, parce que la plupart de mes amis homosexuels, voire tous, connaissent l'histoire. « Le Cercle » était à vrai dire la première organisation homosexuelle au monde. A cette époque, l'homosexualité était encore illégale en Allemagne.

Cafébabel : Selon toi, à quel point le sujet est-il encore d'actualité aujourd'hui, plus de 50 ans après l'apogée et le déclin du « Cercle » ?

Sven Schelker : Le sujet n'a rien perdu de son actualité depuis. En Suisse ou en Allemagne, on a souvent le sentiment faux d'être libéral à l'infini. On croit que les homosexuels sont libres, en fait. Mais il suffit de franchir les frontières nationales et la situation est complètement différente – y compris au sein de l'Europe. A Kiev, il y a bien eu un incident lorsque notre film a ouvert un festival. Vingt-quatre heures plus tard, on a incendié le cinéma. Il y a tout lieu de présumer un mobile homophobe.

Cafébabel : Depuis 2012, tu es membre de la troupe du Thalia Theater de Hambourg. A l'avenir, préférerais-tu être sur les planches ou devant la caméra ?

Sven Schelker : L'idéal serait de pouvoir combiner les deux. Il est vrai que je viens du théâtre et ç'a a été mon premier film jusqu'à maintenant. Pour l'instant, j'ai l'envie extrême et ressens le besoin d'apprendre et d'expérimenter encore plus de choses devant la caméra. Au niveau du travail que l'on peut ou que l'on doit fournir, cela fait une grande différence. On verra bien comment ça coexistera. Mais ça va fonctionner de toute manière, parce que je ferai tout pour que ça fonctionne !