Surmonter la séparation de l'Europe à Chypre

Article publié le 30 avril 2004
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Article publié le 30 avril 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le 1er mai, une partie de l'UE sera occupée par des troupes étrangères: alors que le Sud de Chypre adhère à l’Union, 30 000 soldats turcs resteront au Nord. Une reprise rapide des négociations par l’UE peut aider à surmonter la séparation.

Leader des Chypriotes turcs et adversaire déclaré du projet d'unification, Rauf Denktas a proclamé qu’il n’y a jamais eu de Chypriote sur l'île, mais seulement des Turcs et des Grecs. Le seul vrai Chypriote était l'âne traditionnel du pays, espèce aujourd’hui en voie de disparition.

L'adhésion à l'UE risque de renforcer encore la scission entre les populations grecque et turque. La frontière qui n'est ouverte que depuis un peu plus qu'un an est devenue la frontière extérieure d'une Union européenne qui ressemble de plus en plus à une forteresse. Les 8000 Chypriotes turcs qui travaillent dans la partie sud, craignent des complications dans leur vie quotidienne à cause de "l'euro-séparation".

Un nouveau référendum est possible

Pourtant, l'avenir de Chypre ne réside pas dans une adhésion séparée du Nord de l'île - à l'occasion de l’adhésion éventuelle de la Turquie à l'UE dans les années à venir - , mais dans une reprise rapide et courageuse des négociations. Alvaro de Soto, émissaire spécial de l'ONU pour Chypre, l’a déjà annoncé : un autre référendum est tout à fait possible. Après l'échec diplomatique de Kofi Annan, l'Union européenne doit à présent sortir de sa réserve pour mettre un terme à cette situation étrange dans laquelle se trouve un de ses nouveaux pays membres, tout en évitant de répéter les erreurs du passé. L'échec de la résolution de l'ONU, qui prévoyait des garanties de sécurité pour l'île unifiée, a eu des conséquences désastreuses sur le référendum. Après le veto de la Russie, le plus grand parti grec au Sud de l'île, AKEL (gauche), - indécis jusqu'à ce moment-là - a appelé à voter "non". Les questions de sécurité, c'est-à-dire la peur de l'armée turque, ont joué un rôle décisif pour trois quarts de ceux qui ont voté "non", explique Xenia Constantinou du groupement de jeunes bicommunautaire "Youth Promoting Peace". Pourtant, l’adhésion à l’UE est la meilleure protection contre une agression d’un Etat tiers - mais ce message n'est manifestement pas passé à Chypre.

Instaurer la confiance et éviter des erreurs du passé

Le camp grec n'est pas contre la réunification, il s'est exprimé contre un projet précis. Il ne faut pas répéter les erreurs diplomatiques commises à la veille du dernier scrutin, qui ont amenées les principales figures politiques de l'île - comme le président chypriote grec Papadopoulos ou le parti AKEL – à se prononcer contre le plan des Nations unies. Seule une négociation directe de l'UE avec les hommes politiques de l'île permettrait de trouver une solution qui serait approuvée par les populations.

Pour ce faire, l'UE devrait soutenir directement les mesures en faveur de l’instauration de la confiance entre les deux groupes ethniques. "Les activités bicommunautaires ne sont pas très fréquentes. Mais les jeunes générations pourraient apprendre à vivre et à travailler ensembles," précise Levent Kizilduman, un Chypriote turc qui travaille pour l'ONG "Tech4Peace". Le trafic frontalier ne doit pas diminuer après le 1er mai, au contraire, on devrait faire progresser systématiquement cet échange économique et culturel fragile entre les deux parties de l'île.

L'adhésion de Chypre à l'Union peut être un levier pour amener les hommes au pouvoir à Nicosie à approuver un nouveau projet, pour dissiper les soucis de sécurité des Chypriotes grecs et soutenir la création d'une société civile bicommunautaire. Comme Xenia Constantinou le dit: "Nous devons mettre en question le système de la séparation, nous devons l'ébranler pour arriver à une solution." Pour qu'à l'avenir, il n'y ait pas que les ânes qui puissent se sentir comme de véritables Chypriotes.