Sur la voie des virelangues, la passion des belges pour le bel Paese*

Article publié le 9 avril 2014
Article publié le 9 avril 2014

La re­pré­sen­ta­tion de "Bi­na­rio 2" vient de dé­bu­ter au théâtre Het Klo­khuis d’An­vers, un spec­tacle dé­li­cat qui a no­tam­ment été sé­lec­tionné au Fringe Fes­ti­val de Turin et qui a rem­porté le Prix Off au Fringe Fes­ti­val de Rome. Le scé­na­rio, éla­boré par La Dante, cé­lèbre une grande pas­sion, l'amour belge de la langue, de l'his­toire et des pay­sages ita­liens.

Le scé­na­rio en langue ori­gi­nale est ar­rivé quelques mois à l’avance, avant que «Bi­na­rio 2 : sotto la panca la capra crepa», réa­lisé par Pas­quale Pas­sa­retti et Luigi Morra, se pro­dui­sait fi­na­le­ment au théâtre Het Klo­khuis le 24 et le 25 mars.

Une per­for­mance dé­li­cate qui suit les sou­ve­nirs in­so­lites d’un chef de gare pas­sionné de vi­re­langues. Dès le début de la pièce l’ac­teur a cher­ché à ins­tau­rer un dia­logue avec le pu­blic, opé­ra­tion réus­sie, la par­ti­ci­pa­tion du pu­blic d’An­vers a en effet for­te­ment sur­pris. Ce­pen­dant une ques­tion de­meure, pour­quoi un spec­tacle en langue ita­lienne a-t-il tant ému le pu­blic fla­mand ?

Le texte est fi­na­le­ment tombé dans les mains des écoles de La Dante à An­vers grâce à l’in­croyable tra­vail du pro­fes­seur Emi­liano Bia­gio Man­zillo, ita­lien, vi­vant en Bel­gique de­puis onze ans, tra­duc­teur, pho­to­graphe et met­teur en scène. Il s’est oc­cupé du pro­jet et a réus­sit à as­so­cier pas moins de deux cents per­sonnes, parmi les­quels les pro­fes­seurs et les étu­diants de cinq classes de cours du soir d’ita­lien. Cette pas­sion belge va au-delà d'un simple ap­pren­tis­sage de la langue, elle ar­rive même à don­ner envie à quelques uns d’ache­ter des mai­sons et des mé­tai­ries dans le sud d’Ita­lie.

UNE IDÉE ORI­GI­NALE

«L’idée était de se pen­cher sur l’étude et la dé­cou­verte des vi­re­langues» - ex­plique Man­zillo - «de cette ma­nière, nous avons tra­vaillé les textes en classe, en nous in­té­res­sant sur­tout à la pro­so­die de la langue ita­lienne en se ba­sant sur les ex­traits dis­po­nibles. Puis, nous avons trouvé des vi­re­langues en fla­mand et dans d'autres langues, telle que l’afri­cain, l’al­le­mand, le fran­çais, le rou­main, le russe et  le por­tu­gais. Il s’agit d’une mé­thode lu­dique pour dé­cou­vrir les points en com­mun et les dif­fé­rences entre les langues».

Ils se sont tel­le­ment amu­sés qu’on est ar­rivé à en­re­gis­trer une ving­taine de vi­re­langues en huit mi­nutes, avec les­quels on a dé­cidé de mon­ter un spec­tacle. Les vi­re­langues en fla­mand, par contre, ont été in­sé­rés dans la per­for­mance et ont été ré­ci­tés par l’ac­teur, en fai­sant tom­ber en ex­tase un pu­blic belge très nom­breux. En voici quelques uns:

"Ik mix mijn whisky met een whisky mixer" (Je mé­lange mon whisky avec un mixeur pour whisky);

"Als apen apen na-apen, dan apen apen apen na" (Si les singes singent les singes, alors les singes singent).

ITA­LIE MON AMOUR

Les cours du soir, très po­pu­laires dans la Ré­gion fla­mande et en Bel­gique, as­surent un bon ni­veau d’ap­pren­tis­sage de l’ita­lien, une langue peu em­ployée sur la scène in­ter­na­tio­nale du bu­si­ness et du tra­vail. Pour cette rai­son, nous nous sommes de­mandé d’où ve­nait la pas­sion des belges pour l’Ita­lie? Et ils nous ont eux-même ré­pondu: Ma­thilda, d’An­vers, âgée de 53 ans, a acheté une mai­son dans les Pouilles il y a deux ans et va en Ita­lie au moins six mois par an.  «J’ai com­mencé à étu­dier l’ita­lien à vingt ans et, il y a quelques an­nées, lorsque mon mari m’a pro­posé d’ache­ter une très jolie mai­son dans les Pouilles, nous la­vons pris la dé­ci­sion de par­tir. Pour­quoi ? Je ne sau­rais pas bien l’ex­pli­quer, mais je crois qu’à la base j'ai une pas­sion pour la culture et pour la beauté des pay­sages ita­liens. Et puis, les gens y sont très sym­pa­thiques, nous avons beau­coup d’amis là-bas, des chan­teurs, des poètes, des peintres qui animent nos soi­rées». 

Le cas le plus ré­vé­la­teur est celui de Kris, une peintre qui va ha­bi­tuel­le­ment à Ir­sina, en Ba­si­li­cate, pour par­ti­ci­per en tant que maître de pein­ture à des cours in­ter­na­tio­naux que la Mai­rie or­ga­nise pen­dant l’été. Avec elle il y a tout un groupe de belges qui passent leurs va­cances dans le sud de l’Ita­lie.

Ainsi, nous dé­cou­vrons que les étran­gers voyagent en Ita­lie et animent la culture, tan­dis que beau­coup d’ita­liens choi­sissent d’émi­grer. Et ceux qui res­tent? Cer­tains se donnent du mal, d’autres un peu moins. On le sait aussi en Bel­gique.

*ex­prés­sion pour dé­si­gner l'Ita­lie (NdT)