Super Besse à la conquête de Super Besse

Article publié le 10 juin 2015
Article publié le 10 juin 2015

Au festival Europavox de Clermont-Ferrand, Alma Onali a rencontré le groupe biélorusse qui se produisait à la station de ski à l'origine de son nom.

C'est une image surprenante. Un groupe musical biélorusse de trois hommes joue une musique enragée et coldwave dans le bar d'une station de ski du centre de la France, pendant une belle journée d'été. Derrière eux, au mur, Rodolphe le renne fixe l'extérieur, le regard sur les cabines du téléphérique qui s'élèvent lentement au-dessus des vertes cimes de la montagne. Le bar a été ouvert expressément pour l'occasion. Mais que peuvent avoir en commun une station de sports d'hiver française et un groupe colwave biélorusse ?

Eh bien, les deux s'appellent Super Besse.

Super Besse, le groupe, naît de l'union de trois garçons de la capitale biélorusse, Max, Alex et Pavel, il y a approximativement deux ans. Le guitariste Alex, un fan de cyclisme, a découvert le nom Super Besse lors d'une étude de la carte du Tour de France. Selon les membres du groupe, Besse sonne comme « démons » en russe. Ils ne pensaient pas jouer un jour à Super Besse, la ville. Leur rêve le plus fou s'est réalisé lors du festival annuel d'Europavox à Clermont-Ferrand. « Nous sommes absolument émerveillés par ceci », déclare le chanteur Maxim Kulsha au pied de la superbe montagne de Puy de Sancy, où le centre de ski de Super Besse est situé. Les musiciens, modestes, ont étés accueillis par une profusion de cadeaux des municipalités de la région. Profitant du paysage du haut des collines et des vallées de Besse-et-Saint-Anastasie, il est difficile pour eux de croire qu'ils sont arrivés aussi loin. Leur premier album, 63610* est sorti le 25 mai. Et malgré leur nom, Super Besse ne veut pas frôler les cimes. 

« Nous ne voulons pas être trop populaires. Nous préférons rester "underground", de sorte à pouvoir jouer pour ceux qui nous apprécient vraiment. »

Le groupe veut garder la fraîcheur et l'originalité des ses exhibitions – c'est pour cela qu'ils évitent de jouer trop souvent au même endroit.

« Nous sommes allés à Riga trois fois en cinq mois. Nous pensons que c'est trop», dit Max.

Textes russes, vibrations universelles

Clairement influencés par Kraftwerk et Joy Division, la mélancolie traverse leurs mélodies. Sur scène, Max le chanteur utilise l'intégralité de l'espace pour tournoyer avec sa guitare, offrant une performance bourrée d'énergie. Il est impossible de ne pas penser à Ian Curtis ou New Order en les écoutant jouer leurs mélodies, mais Super Besse est plus agressif, plus frénétique que ses prédécesseurs. « Nous ne voulons pas nous focaliser sur le style ou sur les catégories. Quelqu'un d'autre se chargera de définir notre style », dit Max. Les chansons sont en russe. La sonorité de la langue s'accorde parfaitement avec avec leur son post-punk en colère. Mais qu'est-ce qui énerve Super Besse ?

 « Que les gens se fichent des sentiments, de la nature ou les uns des autres. Par exemple, notre nouveau titre, Holod, parle de combien les gens sont froids, mais si tu essayes de faire quelque chose à ce sujet, tu réalises que tu es peut-être plus froid encore », déclare Max.

Super Besse va continuer de jouer en russe. Sinon, craignent-ils, des éléments se perdraient dans la traduction. Les niveaux d'interprétation et les métaphores dans leurs textes sont difficiles à expliquer dans un autre langage, à travers l'atmosphère que ça dégage.

« Nous voulons que notre public comprenne les sentiments dans nos chansons sans comprendre forcément les paroles. »

Selon Max, si Super Besse était un animal, ça serait un glouton. « C'est l'animal le plus étrange. On ne peut pas apprivoiser un glouton. C'est la nature. »

Passion dévorante

L'inspiration peut arriver n'importe quand, n'importe où. Les longues ballades dans la forêt ou l'écoute de musique ne sont pas forcément ce qui marchera. Pour les mecs de Super Besse, travailler dans un bureau est souvent la meilleure source de flow artistique.

« Une fois j'ai écrit deux textes dans un ascenseur, du septième étage au rez-de-chaussée. Travailler aide à se rafraîchir l'esprit, je ne veux pas penser musique tout le temps », explique Max.

Une des meilleures choses dans le fait de faire de la musique, c'est que l'on peut soit la faire soit la brûler.  La créativité nécessite souvent de la détente. « Vous savez, Gogol a écrit un magnifique roman d'initiation intitulé "Les Ames mortes". Il a écrit même une suite a ce roman mais il l'a brulée. Personne ne l'a jamais lu. Nous avons brulé, nous aussi, nos chansons. Nous les fignolons au mieux, ensuite nous les abandonnons, et personne ne les entendra jamais. »

Leur plus grande peur est d'arrêter de se soucier de leur musique. « J'ai remarqué que certains musiciens finissent par s'ennuyer de leur musique, ils jouent sans passion. Je ne le conçois pas », dit Max.

Super Besse - « Голодная Река »

Écouter : Super Besse - 'Musique pour les filles'