Suisse : les patrons vont banquer

Article publié le 4 mars 2013
Article publié le 4 mars 2013
Les Suisses ont voté oui dimanche, par une large majorité, à l'initiative populaire contre les rémunérations abusives. Les actionnaires devront à l'avenir approuver la rémunération des patrons, ce qui limitera le versement de rétributions et de bonus excessifs.
Si certains chroniqueurs y voient une victoire sur l'arrogance et la cupidité, d'autres soulignent la nécessité d'établir une réglementation à valeur internationale.

Il Sole 24 Ore – Italie : gare aux opérateurs migrateurs

Pour lutter contre les excès du monde financier, il serait plus judicieux d'établir un cadre international unique plutôt que d'adopter des règles nationales, écrit le journal économique libéral-conservateur Il Sole 24 Ore : « Marché mondial, règles locales : cela crée la confusion. Malgré toutes les promesses, on est encore loin d'une réglementation nouvelle pour les systèmes bancaire et financier. Les initiatives ne manquent pas. Les États-Unis ont ainsi leur Dodd-Frank-Act, l'Europe ses directives contre la spéculation. … C'est bien le problème. Le caractère 'local' de toutes ces initiatives risque de créer des asymétries dangereuses, car il pourrait désavantager les banques et les entreprises de certains pays concurrents, et favoriser la migration d'opérateurs financiers dans des zones internationales 'protégées', et peu réglementées. L'initiative de Bruxelles visant à plafonner les bonus des banquiers, et la votation suisse contre les rétributions abusives des patrons des sociétés cotées en bourse, sont les récents exemples de cette cacophonie. »

(Article publié le 03.03.2013)

Der Standard – Autriche : faire école en Europe

Les Suisses donnent enfin le bon exemple, estime le quotidien de centre-gauche Der Standard après la votation sur la régulation des revenus des patrons : « Car habituellement, la plupart des votants de ce pays riche votent dans le sens des puissants lobbys économiques. Mais lors de ce mémorable 3 mars, ils n'ont plus suivi les prescriptions des lobbys. Ceux-ci avaient appelé à rejeter l'initiative et avaient engagé beaucoup d'argent pour cela, en vain. Face à l'arrogance, la cupidité et l'impudence des patrons, les Suisses n'ont pas eu de mal à dire oui. Depuis des années, les dirigeants de grands groupes helvétiques se reversent entre eux des salaires exorbitants et des primes abusives. Parallèlement, ils licencient massivement les simples employés. … Avec leurs énormes revenus, ces patrons déconnectés des réalités détruisent la confiance des salariés normaux dans l'économie de marché. Une dimension que les grands patrons, dans leur aveuglement, n'ont pas reconnue. Il faut que l'exemple des Suisses fasse école en Europe. Cela profiterait à notre système économique. »

(Article publié le 04.03.2013)

Le Temps – Suisse : concernant l'argent, l'helvète tique

Le succès de l'initiative populaire montre que le peuple en a assez des rémunérations exagérées des grands patrons, estime le quotidien libéral Le Temps : « C'est un triomphe populaire. Un succès historique dans l'exercice de la démocratie directe et une victoire personnelle exceptionnelle. Un tel résultat oblige le Conseil fédéral et les Chambres à une exécution rapide des buts de l'initiative. Son succès n'est pas une surprise mais son ampleur interpelle. Il traduit le ras-le-bol du peuple face aux excès de grands patrons et aux récompenses démesurées, comme celle envisagée par Novartis [d'un montant de 58,3 millions d'euros] pour son président Daniel Vasella à l'heure du départ. Le peuple suisse dit, aussi, son malaise envers des multinationales dont l'image est trouble. »

(Article publié le 04.03.2013)

De Morgen – Belgique : Vote du peuple, The Helvète Underground

La large approbation par les Suisses de l'initiative populaire contre les rémunérations abusives témoigne moins d'une jalousie sociale que d'un rejet généralisé de la coterie des grands patrons et des banquiers, écrit le quotidien de centre-gauche De Morgen : « Les banquiers de la City de Londres, qui menaçaient la semaine dernière encore de délocaliser leurs activités en Suisse, après la proposition de l'UE visant à restreindre les bonus, se retrouvent pris au dépourvu. … L'envie joue-t-elle encore un rôle dans ce rejet massif des parachutes dorés et des méga-bonus ? Cela dénote-t-il une société de la jalousie ? Peut-être. Mais les initiateurs de ces règles accrues ne sont certainement pas des seconds couteaux. … Il est évident qu'une grande partie de la société a un problème avec la mentalité des grands patrons et des banquiers, pour lesquels 'tous les billets sont gagnants'. Il convient d'être amplement rétribué si l'on est compétent et que l'on travaille dur, mais il y a des limites à tout. Ce principe est incontestable. »

(Article publié le 04.03.2013)

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