Sud-Soudan : quatre ans d'indépendance au milieu de la violence, du sang et de la corruption.

Article publié le 29 juillet 2015
Article publié le 29 juillet 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Quatre ans ont passé depuis l'indépendance du Sud-Soudan mais le pays fait face à une énorme crise humanitaire depuis le déclenchement de la guerre civile, en décembre dernier. L'impasse politique due à la corruption est le souci majeur de ce pays riche en pétrole mais qui reste également l'un des pays les moins développés au monde.

Le 9 juillet, à l’occasion de l’indépendance du Sud-Soudan à Khartoum, la haute représentante Federica Mogherini, Neven Mimica, le commissaire européen pour la coopération internationale et le développement, ainsi que Christos Stylianides, le commissaire européen pour l’aide humanitaire et gestion de crise, ont partagé quelques réflexions et démontré leur engagement envers le peuple soudanais. « De véritables négociations de paix sont le seul moyen de faire évoluer la situation et elles doivent être relancées rapidement. L’Union européenne apporte son soutien aux efforts de paix qui seront faits et reconnaît les étapes qu'il reste à franchir. Mais ce n'est pas assez et c'est trop lent. Le gouvernement et les chefs de l’opposition campent sur leurs décision de ne pas vouloir s’engager sérieusement ou même de mettre fin à la violence utilisée comme moyen afin d’atteindre leurs objectifs », ont déclaré les représentants européens.

La Commission européenne estime qu’environ 4,1 millions de personnes sont actuellement dans une situation où leur vie est menacée et ont réellement besoin de soins médicaux urgents. Depuis l'éclatement du conflit, environ 1,6 million de personnes ont été obligées de partir et plus d’un demi-million (590.000) de personnes vivent dans des pays voisins. Face à une situation aussi critique, l’Union européenne a octroyé, avec les États Membres, environ 217,5 millions d’euros d'aide en 2015. 

Un pays en proie à son passé

Il y a quatre ans, après un référendum organisé sur la base de l’accord de paix global (APG), le Sud-Soudan, qui compte 8,26 millions d’habitants et qui reste l’un des plus gros producteurs de pétrole d’Afrique, est officiellement devenu un État. Reconnu comme la plus jeune nation au monde, mais également comme le plus beau triomphe du progrès africain depuis la fin de l’apartheid en Afrique du Sud, ce pays d'Afrique centrale fait désormais face à une sérieuse crise humanitaire qui a commencée en décembre 2013. La communauté internationale a été blâmée pour son manque d’efficacité afin d’assurer au Sud-Soudan une transformation vers une nation démocratique et stable.

Plus que dans toute autre partie d’Afrique, le Soudan est défini par la guerre civile. Il a été gouverné par l’empire Ottoman puis est entré dans le 20e siècle à l’aide d’un arrangement discriminatoire réalisé par les Égyptiens et les Anglais. Les efforts coloniaux pour la modernisation se sont concentrés sur la partie nord du pays, tandis que le sud servait à l’exploitation des terres et à l’esclavage.

Le 15 décembre, un conflit armé a éclaté au coeur de l’autorité gouvernementale du Sud-Soudan, le palais présidentiel à Juba, la capitale. Cet affrontement, qui a opposé d'une part les officiers de l’armée loyaux au président Salva Kiir, d’origine Dinka, et d'autre part, les soldats mécontents qui soutenaient l’ancien député Riek Machar, d'origine Nuer, s'est transformé en une tragique guerre civile qui a fait 50.000 morts. Kiir a accusé Machar de tentative de putsch alors que Machar blâmait le président d’essayer de le tuer. Les Dinka et les Nuer sont les deux tribus les plus important et les plus peuplées du Sud-Soudan : rivales depuis longtemps, elles se sont battues pour une terre et des ressources au moins depuis le 19e siècle.

La corruption au Sud-Soudan, quoi d’autre ?

Néanmoins, il y a plus de chose derrière la religion que ce que l’on pourrait penser. Selon Global Witness, une ONG qui cherche à mettre en évidence la corruption, il n’y a aucune preuve que les revenus issus du pétrole au Sud-Soudan reviennent à ceux qui en ont le plus besoin. Source de revenu la plus importante, seulement 5% de ce budget ont été utilisés pour la santé, l’éducation et les infrastructures réunies. L’industrie pétrolière est sans aucun dout la source de ce conflit et plusieurs batailles ont eu lieu dans le but de contrôler l'exploitation de l’or noir.

Suite à ces conflits armés, le gouvernement du Sud-Soudan a passé des mois à mettre en place des lois afin de s’assurer que le secteur pétrolier ne soit plus source de corruption ou de conflit. Cependant, depuis décembre 2013 et le début du conflit, tout le travail accompli pour améliorer la transparence gouvernementale est tombé à l’eau.

En avril dernier, le Sud-Soudan a reçu un prêt de 500 millions de dollars de la Banque Nationale du Qatar (BNQ), ce qui signifie que le pays africain devra rembourser environ 781 millions, intérêts compris, sur une période de sept ans. Bien entendu, le gouvernement a suggéré de rembourser en nature (approvisionnement en pétrole) puisque l’argent en liquide pourrait manquer. Le problème de cet accord est la certitude que l’argent investi n’ira pas au pays (besoin des habitants) ni aux infrastructures mais dans les poches du gouvernement. Il s'agit d'un bon exemple de pays parasite, un pays qui choisit de vivre grâce au soutien financier des autres pays plutôt que de vivre de ses propres ressources naturelles dans le but d’enrichir le pays et ses habitants.

Impasse politique

Le 29 mai dernier, le president Kenyatta a proposé un plan pour fusionner le processus de paix de l’Autorité Intergouvernementale pour le Développement (AIGD) et le processus de réunification du MLPS (Mouvement de Libération du Peuple Soudanais). Mais en raison de différends entre le président Kiir et l’adjoint du chef de l’État Machar, le processus de fusion a été bloqué le 28 juin à Nairobi.

Cette impasse politique a coûté des vies de centaines de Sud-soudanais puisque le conflit continue dans les provinces d'Équatoria et de Bahr el Ghazal.

Le 30 juin, les Nations unies ont publié un rapport sur la situation des droits de l'homme dans le pays révélant de très nombreux viols et enterrements de femmes vivantes. Pourquoi la communauté internationale reste silencieuse face à de telles atrocités ? Pourquoi certaines vies comptent mois que d’autres ?