Succès total de la pétition de Newropeans pour un Sommet de l'Euroland - par Franck Biancheri

Article publié le 16 octobre 2008
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Article publié le 16 octobre 2008
Les dirigeants de la zone Euro l'ont tous signée à Paris dimanche dernier Annoncée jeudi dernier, la pétition de Newropeans pour la tenue d'urgence d'un Sommet de l'Euroland avait déjà obtenue un succès total trois jours plus tard avec la tenue de ce premier sommet de la zone Euro à Paris. Franchement, aucun mouvement politique en Europe ne peut se targuer d'une telle efficacité démocratique.

Dès l'annonce de cette pétition, les 15 chefs d'Etat et de gouvernement de la zone Euro ainsi que les présidents de la BCE et de la Commission se sont dits « mais c'est bien sûr! ». Et ils ont immédiatement entrepris de nous envoyer en cachette leurs signatures .... s'excusant de n'avoir pas eu le courage politique de faire bien avant ce que nous recommandions pourtant depuis plus de deux ans. Plus sérieusement, nous nous permettons de faire remarquer que Newropeans est la SEULE force politique en Europe qui a clairement exigé la tenue d'un tel sommet pour réagir à l'accélération de la crise. Cela peut paraître anodin, mais gouverner c'est prévoir. Et la politique c'est l'art de gouverner. Nous espérons que les électeurs s'en souviendront dans huit mois, quand les candidats Newropeans solliciteront leurs suffrages aux élections européennes.

Mais, ne faisons pas la fine bouche! A quelque chose malheur est bon. Cette crise aura au moins permis aux dirigeants de la zone Euro de comprendre d'une part qu'ils étaient les dépositaires ultimes de la prospérité des 320 millions de citoyens partageant la monnaie commune européenne; et d'autre part, qu'avec l'Euro ils disposaient d'un formidable instrument pouvant influer directement sur le cours des évènements mondiaux.

D'ailleurs, cet « éveil de l'Euroland » a immédiatement permis de calmer la panique qui était en train d'engloutir le système financier mondial, ce qu'Américains et Britanniques avaient tenté en vain ces dernières semaines. Si aujourd'hui, et pour quelques temps encore, les bourses tombent, il n'empêche que le système bancaire européen est globalement stabilisé pour quelques mois. Les autres membres de l'UE ne s'y sont pas trompés qui ont suivi allègrement le plan de l'Euroland.

Quand à Gordon Brown, dont le pays est au bord de l'effondrement économique et financier, ses pairs lui ont fort diplomatiquement offert de figurer sur les photographies prises avant le début du Sommet de l'Euroland, puis il a dû s'éclipser, laissant les dirigeants de la zone Euro discuter entre eux de la gestion de la zone dont ils sont les seuls responsables.

Quoiqu'en disent les médias britanniques, ce sommet de l'Euroland, sur fond de crise historique du capitalisme anglo-saxon, marque une marginalisation durable du Royaume-Uni en matière de gouvernance européenne. Londres a en effet, durant toutes ces années oeuvré sans relâche pour éviter la tenue d'un tel sommet des dirigeants de l'Eurozone.

Et quoiqu'en disent les médias américains, et leurs perroquets français, ce sommet de l'Euroland constitue une prise d'indépendance radicale de la part des Européens vis-à-vis du tandem Washington/New York, puissance financière tutélaire de l'Europe depuis 1945.

Cela étant dit, soulignons quand même que les dirigeants de l'Euroland ont fait l'Histoire comme M. Jourdain faisait de la prose ... c'est-à-dire sans le savoir. Ils ont simplement réagi à la peur ambiante, en tentant de sauver les meubles. Et l'Euroland leur est soudain apparu (à juste titre) comme la seule porte pouvant déboucher sur une solution éventuelle. Maintenant qu'ils ont franchi cette porte, ils ne savent pas vraiment quoi faire car brusquement ils réalisent qu'ils disposent d'une grande liberté de pensée et d'action, dont ils n'ont jamais appris l'usage (soumis qu'ils étaient depuis des décennies au suivisme des décisions américaines).

C'est bien qu'ils commencent à comprendre que la crise étant bien globale et systémique, il faudra donc remettre à plat tout le système mondial issu des accords de Bretton Woods signés en 1944. mais pour les remplacer par quoi? Là leurs idées semblent très vagues.

Pourtant les Européens, et les dirigeants de la zone Euro en particulier, ont en la matière un rôle historique à jouer, car nous sommes les mieux placés aujourd'hui dans le monde pour, à la fois bien évaluer les changements radicaux des rapports de force qui vont caractériser l'équilibre mondial des cinquante prochaines années (condition sine qua non pour construire un système durable), et apporter un savoir-faire unique en manière de gestion économique, monétaire et financière transnationale (notre propre expérience notamment avec l'Euro). Voilà pour le défi mondial que doit relever l'Euroland.

Mais, d'autre part, au sein de l'UE et de la zone Euro, une grave crise économique s'amorce et il y a un gigantesque défi interne, social et économique. Là aussi, pour l'instant, nos dirigeants semblent perdus. La BCE vient de faire une chose utile et nécessaire en aidant la Banque centrale hongroise. Comme je l'avais écrit ici début 2006, dans les recommandations aux autorités européennes pour faire face à la crise systémique globale, il est essentiel que la zone Euro annonce clairement, par des actes, qu'elle étendra sa protection monétaire et financière à l'ensemble des pays de l'UE qui aspirent à rejoindre l'Euro (Hongrie, Pologne, Tchéquie, Slovaquie, Pays baltes, ..). C'est une question fondamentale de crédibilité pour l'avenir même de l'Euro.

Enfin, les dirigeants de la zone Euro doivent être extrêmement fermes face au Royaume-Uni. Les dirigeants britanniques, Gordon Brown en tête, ont édicté des « critères de convergence » pour décider quand la Grande-Bretagne serait prête à rejoindre la zone Euro. Ces critères doivent être absolument respectés ... et, ironie de l'Histoire, c'est aux dirigeants de la zone Euro de veiller à cela, pour éviter, que pressé par la crise, le Royaume-Uni ne rejoigne l'Euroland pour les mauvaises raisons, dans de mauvaises conditions.

Voilà un lourd programme pour le Sommet de l'Euroland et sa toute nouvelle cellule de crise (bonne initiative là aussi).

Pour s'assurer que le meilleur naisse de tout cela et veiller à ce qu'un contrôle démocratique effectif s'exerce demain sur ce qui est de facto la mise en place d'une gouvernance politique de l'Euroland, Newropeans va maintenir, tout en le modifiant, son projet de pétition.

Cette pétition modifiée sera définie à la réunion Newropeans de Rome le 25 Octobre prochain, et lancée dans la foulée.

Par ailleurs, Newropeans maintient bien entendu sa grande conférence publique à Francfort le 28 Novembre prochain sur la nature (contenu et méthode) de la réponse européenne à la crise mondiale et à ses conséquences dans l'UE.

Franck Biancheri Président de Newropeans